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La France irrigue timidement avec l’eau usée



Dans le Haut-Var une expérimentation a rendu des résultats encourageants. Mais la réglementation très restrictive empêche de généraliser l’utilisation agricole d’eaux réutilisées, comme en Espagne et Italie. Seule une sécheresse sérieuse pourrait faire changer la situation.


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A Pourcieux (Var) au sortir d'une station d'épuration sur lit de roseaux, l'eau usée est rendue au ruisseau, où il est possible de puiser l'eau d'irrigation des champs proches. mais l'utilisation directe au sortir de la Step sera, elle, prohibée (photo MN)
A Pourcieux (Var) au sortir d'une station d'épuration sur lit de roseaux, l'eau usée est rendue au ruisseau, où il est possible de puiser l'eau d'irrigation des champs proches. mais l'utilisation directe au sortir de la Step sera, elle, prohibée (photo MN)
FRANCE. 32% des Français ne consommeraient pas de produits agricoles si la culture en était irriguée avec des eaux usées, même traitées.
 
L’enquête a été diffusée par le Commissariat Général au Développement Durable à toute fin juin 2014. Mis à part le peu de confiance du public pour ces eaux issues de stations d’épurations, le principal frein au développement de leur utilisation est réglementaire.
 
Un arrêté du 2 aout 2010, d’abord préoccupé par le besoin de se garantir contre toute présence de bactéries coliformes met la barre très haut, ce qui élève le coût de ces eaux. Ponctionner dans la nature est moins cher.
 
« Les préventions sanitaires sont compréhensibles, en particulier pour le maraîchage ; mais nous devrions anticiper le changement climatique, car les ressources deviendront plus irrégulières » commente Gilles Mallamaire, chargé des projets d’épuration à l’Agence Régionale de l’Environnement. « En tout cas, les exigences réglementaires sont bien plus importantes en France qu’à l’étranger ».
 
Une politique de subventionnement rend l’eau usée trois fois moins chère que l’eau prélevée dans le milieu en Israël. Et l’Espagne utilise près d’un million de mètres cubes par jour d’eaux usées pour son agriculture.

 Les fraises de Huelva, qui inondent toute l’Europe du Nord, ne sont pas irriguées autrement.
 
« Ils irriguent des cultures d’exportation et nous en consommons éventuellement les produits en France, alors qu’on ne peut utiliser ces eaux en France même » fait remarquer Bruno Molle. 

Un vrai potentiel de réutilisation en Corse

Ecofilae a identifié 1000 ha en Corse possiblement irrigables avec des eaux réutilisées, essentiellement pour la défense contre l'incendie (photo MN)
Ecofilae a identifié 1000 ha en Corse possiblement irrigables avec des eaux réutilisées, essentiellement pour la défense contre l'incendie (photo MN)
Animateur du Laboratoire d’Études et de Recherches sur les Matériels d’Irrigation pour l’Irstea (Institut National de Recherche en Sciences et Technologies Environnement et Agriculture) d’Aix-en-Provence, ce chercheur conçoit que la question soit délicate.
 
« L’utilisation des eaux usées pose notamment la question de l’irrigation par aspersion qui pourrait diffuser dans l’air des éléments qu’on ne tient pas à y voir, mais doit-on vraiment contrôler les eaux réutilisables plus que les eaux de baignade ? »
 
Pour lui selon l’utilisation de l’eau usée, les méthodes de son traitement, et la méthode d’irrigation, on devrait pouvoir utiliser ces eaux pour certaines cultures.
 
Si la réutilisation d’eaux usées pour l’agriculture est tentée en France, c’est jusqu’à présent dans les îles, là où la ressource en eau est rare et dépend des précipitations.
 
Le bureau d’études montpelliérain Ecofilae a ainsi réalisé un recensement des zones agricoles potentiellement irrigables avec des eaux usées réutilisées en Corse. 1000 ha pourraient l’être dans le contexte de la réglementation restrictive actuelle. « C’est une eau qui d’ailleurs peut-être stockée, et utilisée s’il le faut pour la protection des forêts contre l’incendie » précise Bruno Molle.

Le Var, territoire d’expérimentations

Car la réglementation française autorise dans certaines circonstances l’irrigation des golfs, ou de forêts exploitées à fréquentation réglementée, avec des eaux usées. Le Sivom de Cavalaire sur mer (Var) a investi en 2011 pour un étage biologique de sa station d’épuration en vue de faciliter ces usages. Un golf est aussi irrigué avec des eaux usées à Ste-Maxime, également dans le Var.
 
Les expériences sur de véritables zones de cultures vivrières sont cependant rarissimes.
 
L’une d’entre elles vient cependant de rendre des résultats encourageants dans le Haut Var. Quatre agriculteurs ont participé à une étude sur un an, menée par la Société du Canal de Provence. Celle-ci les a fait connaitre en juin 2014, à l’occasion du renouvellement d’un contrat de partenariat avec le Parc Naturel Régional du Verdon.
 
« Les eaux usées, au sortir de la station d’épuration de Régusse, s’écoulent sur une pente naturelle vers une rivière, la Bresque. Nous les avons captées après deux kms à l’air libre, pour les canaliser vers des cultures fourragères et céréalières » résume Jacques Béraud, chef de projet à la SCP.
 
Au cours de leur voyage, ces eaux reçoivent des micro-organismes présents dans les terres traversées et les rayons UV de la lumière solaire, qui contribuent à l’épurer.
 
« Il s’agit de 500 m3/jour qui permettent d’irriguer 50 ha de cultures diverses, surtout vigne et fourrages » précise Jacques Béraud ; « c’est une eau riche en éléments nutritifs, azote et phosphore en particulier ».

La prise de conscience dépendra d’évènements climatiques difficiles

Jacques Béraud (SCP) suit une expérience en Haute Provence : 50 ha irrigués avec des eaux usées. Résultats biologiques inréressants (photo MN)
Jacques Béraud (SCP) suit une expérience en Haute Provence : 50 ha irrigués avec des eaux usées. Résultats biologiques inréressants (photo MN)
L’expérimentation devrait être poursuivie et étendue, une aide a été demandée pour ce faire auprès de l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée.
 
Si les organismes spécialisés prennent date, c’est pour ne pas être pris au dépourvu quand les premiers évènements climatiques difficiles feront sentir leurs effets en France méditerranéenne.
 
Mais avant ce traumatisme annoncé, peu de choses changeront en France, fait remarquer le CGDD. Les Français « n’ont généralement jamais subi les conséquences d’une sécheresse, car l’eau potable est l’usage qui est préservé en priorité en cas de crise. En effet, une majorité [de Français, NDA] pense que la quantité d’eau disponible en France est suffisante et le sera également à l’avenir ».
 
Mais ils pourraient déchanter. Selon l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée, qui vient de communiquer sur la question, « les dernières conclusions scientifiques du GIEC (Groupement intergouvernemental sur le Changement Climatique) confirment que le changement climatique s’accentue. C’est particulièrement vrai sur les rives de la Méditerranée, point chaud au niveau mondial, ou encore dans les massifs montagneux. »

Si l'eau ne manquera pas à proprement parler, des tensions apparaîtront alors entre ses divers usagers : agriculture, énergie, utilisation domestique et industries.
 

Mercredi 9 Juillet 2014


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