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La Femip veut promouvoir la mesofinance en Méditerranée


Segment de financement des entreprises situé entre les start-ups et les grandes PME, la mesofinance touche les entreprises de taille intermédiaire, celles qui connaissent le plus de difficultés à trouver des financements. Pour la Banque européenne d'investissement et son bras armé en Méditerranée, la Facilité euro-méditerranéenne d'investissement et de partenariat, développer la mesofinance permettrait d'agir efficacement sur la création d'emplois. Une réunion dédiée à la mesofinance a permis de faire le point sur le sujet à Garmath près de Tunis.


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Philippe de Fontaine-Vive veut passer à l'action (photo F.Dubessy)
Philippe de Fontaine-Vive veut passer à l'action (photo F.Dubessy)

Orienter les institutions de microfinance vers le financement des PME, persuader les banques de développer des stratégies de développement appropriées pour le financement des PME, mettre l'accent sur l'accompagnement du chef d'entreprise et créer des outils de financement innovants. Voici les principaux points préconisés par l'étude sur la mesofinance commandée à la Frankfurt School of Finance & Management par la Banque européenne d'investissement (BEI), à travers le Fonds fiduciaire de la Facilité euro-méditerranéenne d'investissement et de partenariat (FTF - FEMIP).

Ces résultats développés et analysés à Gamarth (Tunisie) mardi 4 mars 2014 permettent de mesurer le « potentiel de la création d'emplois par la mesofinance dans les pays partenaires méditerranéens », thème retenu de l'enquête réalisée dans trois pays (Égypte, Jordanie et Tunisie).

 

La mesofinance, comme son étymologie l'indique, s'adresse à des très petites et petites entreprises dont les besoins en financements (entre 2 000 et 100 000 €) demeurent trop importants pour recourir à la microfinance, mais pas assez pour bénéficier de suffisamment de crédits auprès des banques au regard de leur solvabilité. Un chaînon manquant dans le financement des entreprises.

Pour Bernd Balkenhol, expert senior de la Frankfurt School of Finance & Management, "l'accompagnement coûte cher et personne ne veut le payer. Mais il est absolument nécessaire pour parler la même langue avec la banque." L'étude révèle en effet comme contrainte à la mesofinance pour les PME, un langage financier peu maîtrisé ou compris. Ce handicap figure aux côtés de freins comme des compétences de gestion limitées, une vision à court terme, une gestion personnalisée (en particulier dans les entreprises familiales) et les difficultés à faire enregistrer des titres fonciers.
Pour les banques, l'enquête évoque des outils d'appréciation du risque pas adaptés aux PME, l'absence de bureaux de crédits, l'utilisation limitée de la centrale de risques, les réticences face aux innovations et la culture bureaucratique.

53% des PME interrogées sur les défis de l'accès au financement pointent le manque de garantie, et, pour la même proportion, des taux d'intérêt trop élevés. À 44%, les chefs d'entreprises jugent les procédures trop longues et compliquées et regrettent à 30% la bureaucratie. 11% d'entre eux se plaignent de la corruption et autant craignent de ne pas pouvoir rembourser leur prêt.


Mena manque de 600 000 créations d'emplois par an

Houssein Mouelhi, pdg de la BTK, reconnaît être mal outillé pour répondre aux demandes des Pme (photo F.Dubessy)
Houssein Mouelhi, pdg de la BTK, reconnaît être mal outillé pour répondre aux demandes des Pme (photo F.Dubessy)

Mieux financer les PME et donc faciliter, voire accélérer, leur développement permettrait, selon l'étude allemande, de résoudre une bonne partie du problème de l'emploi dans la région Moyen-Orient/Afrique du Nord (Mena). "Le problème majeur dans le financement à moyen terme, deux à quatre ans, du matériel empêche la productivité d'augmenter et se ressent sur le développement de l'emploi" souligne Bernd Balkehnhol. Les pays rattachés à cette zone géographique généreraient environ 1,2 million d'emplois par an, mais avec un manque de 600 000 postes compte tenu du nombre des nouveaux entrants sur le marché du travail.

«Comme en Europe, la création d'emplois en Méditerranée va venir des PME. Or, les banques n'arrivent pas à les accompagner. L'idée n'est pas d'importer une malle européenne avec des solutions, mais de tester des solutions innovantes pour développer ce financement. La réalité sociologique est différente partout, mais les ressorts restent les mêmes" constate Philippe de Fontaine-Vive, vice-président de la BEI.
 

Les PME des pays partenaires de la Femip* représentent plus de 85% des entreprises formelles, plus de deux tiers de l'emploi total et contribue à hauteur de 60% au PIB. Or, 63% de ces sociétés ne disposent pas d'accès aux financements classiques et seulement 10% des crédits globaux des banques dans la région Mena concernent des PME.


D'où l'importance de sensibiliser le milieu bancaire sur la mesofinance mais aussi les gouvernements. La Femip suggère de mener des actions pilotes pour améliorer l'accès au financement des PME dans les pays partenaires méditerranéens. Déjà la banque luxembourgeoise propose quatre outils : les lignes de crédits aux PME, les prêts aux grandes entreprises, les prises de participation et l'aide à la micro-finance. Reste à combler le vide avec la mesofinance. "Il demeure difficile à amener les banques au-delà des entreprises matures et connues. Et il demeure difficile d'accompagner des entrepreneurs qui se lancent ou développent considérablement leur activité, mais se retrouvent seuls" affirme Philippe de Fontaine-Vive.

Le vice-président de la BEI propose donc trois recommandations à la lumière du rapport livré par la Frankfurt School of Finance & Management : "créer de nouvelles modalités de distribution du financement par crédit-bail (leasing) pour les équipements et les moyens de production, agir sur une meilleure relation prêteur-emprunteur, et explorer des approches novatrices pour combler le chaînon manquant de la mesofinance." Et de poursuivre : "il faut passer du temps des études à l'action et lancer dès cette année des projets ! Nous n'avons plus le temps d'attendre le développement économique et social." C'est le message qu'il portera les 1er et 2 avril 2014 à Athènes lors de la réunion informelle des ministres européens des affaires économiques et financières (conférence).

"La mesofinance est devenue le terrain de quelques institutions de microfinance cherchant à diversifier leurs actifs. Dans la pratique, cette réorientation nécessite des changements organisationnels (des guichets dédiés aux PME), l'élargissement des produits et services (leasing, prêt à long terme), et parfois des alliances avec des banques ou d'autres établissements financiers" explique Bernd Balkenhol.


La Tunisie pilote pour la mesofinance

Des actions pilotes en terme de mesofinance devant être menées par la BEI, la Tunisie semble le terrain le plus favorable.

Pour Nourredine Zekri, secrétaire d’État tunisien à la coopération internationale, "les TPE et les PME qui représentent 90% du tissu économique tunisien sont appelées à jouer un rôle déterminant. Mais, malgré leur dynamisme et la mise en place d'un système généreux d'incitations fiscales et financières, ces entreprises restent fragiles et les dispositifs présentent des limites." Yassine Oussaifi, chargé d'affaires à Tuninvest, insiste d'ailleurs sur la nécessité de faire "évoluer le plafond de prêt accordé par les institutions de microfinance (IMF) pour dépasser les 20 000 dinars (9 200 €), et de permettre aux IMF de recourir à l'épargne pour renforcer leur capital."

"L’État doit répondre à toute défaillance dans le financement des TPE/PME. L’État tunisien a créé différents financements et plusieurs mécanismes, mais on ne sait plus qui fait quoi. Tout est éparpillé entre plusieurs intervenants. Il faut une synergie entre ses mécanismes" demande Souhir Taktak, PDG de la BFPME (Banque de financement des PME) qui verrait bien son organisme, fort de sa mission d’intérêt général, devenir l'interlocuteur unique pour les chefs d'entreprises. "Le souci des banques reste de maîtriser la PME. Pour être honnêtes, nous ne savons pas encore le faire ! " reconnait Hussein Mouelhi, PDG de la Banque tuniso-koweïtienne
 

Pour la Tunisie, le vice-président de la BEI se fixe comme calendrier de fournir "un soutien sans précédent dès le 1er semestre 2014. Je reviendrai avant la fin juin pour finaliser tout cela " assure-t-il.

* Algérie, Égypte, Gaza-Cisjordanie, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Syrie (depuis novembre 2011 toute activité est suspendue avec ce pays) et la Tunisie.


Frédéric Dubessy, à GAMARTH (Tunisie)
Lundi 10 Mars 2014

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