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La Confédération nationale du tourisme du Maroc réclame 1,7 milliard de dirhams pour relever le secteur dès 2022


Un rapport interne de la Confédération nationale du tourisme préconise une série d'aides et d'accompagnements au secteur pour limiter les pertes à 46 milliards de dirhams contre 138,5 milliards attendues sans ce plan. Et ainsi relancer dès 2022 cette industrie essentielle au pays au lieu de repousser cette résilience à 2024.


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Le secteur touristique devra investir pour retrouver au plus vite son niveau de 2019 (photo : F.Dubessy)
Le secteur touristique devra investir pour retrouver au plus vite son niveau de 2019 (photo : F.Dubessy)
MAROC. Un rapport interne de la cellule de crise de la Confédération nationale du tourisme (CNT) du Maroc, dévoilé par la presse locale jeudi 23 avril 2020, tire la sonnette d'alarme et appelle à l'action. Le secteur très sinistré par la crise du coronavirus dispose des capacités pour se relever complètement dès 2022, à condition de mettre en place d'urgence tout une batterie de préconisations détaillées dans ce texte. Sans l'adoption des mesures suggérées par ce plan, le niveau d'activité de 2019 ne pourrait de nouveau être atteint qu'en 2024.

Le secteur du tourisme souffre depuis le 16 mars 2020 et la décision de fermeture des frontières, jusqu'à nouvel ordre. Alors que la plupart de leurs salariés se trouvent en chômage technique, ses entreprises survivent en recourant aux divers dispositifs annoncés, mi mars 2020 par le gouvernement marocain, via son Comité de veille économique (CVE), pour limiter l'impact de la crise dans l'économie. Il s'agit notamment de la suspension du paiement des charges sociales (cotisation CNSS - Caisse nationale de sécurité sociale) et d'un moratoire pour le remboursement des crédits bancaires. Dès sa première réunion, le CVE indiquait que le tourisme et l'industrie textile étaient les deux secteurs les plus lourdement touchés.

La CNT pointe l'insuffisance de ces mesures et souligne qu'elles ne sont valables que jusqu'à fin juin 2020. Or, comme le précise son rapport, "tous les acteurs du secteur devront affronter une période très difficile jusqu’à décembre 2020 (9 mois) et une reprise timide et graduelle à partir d’avril 2021". Ses membres craignent une baisse de 39% du nombre de touristes.
Leur rapport propose donc une série de préconisations reposant sur trois piliers : la nécessité de maintenir l'outil de production, un plan de sauvegarde des emplois, une relance publique du tourisme interne, international et de la compétitivité.

Des mesures fiscales étendues

D'abord, la CNT veut limiter les faillites, éviter la rupture de chaîne de valeur (hôtellerie, restauration, agences de voyages, réseaux de distribution...) et maintenir les emplois. Sous peine de conséquences sur la compétitivité même de l'offre touristique du Maroc et sur l'ensemble de l'économie marocaine. Ceci passe par des mesures d'encouragements de l'Etat comme des banques et des assurances.
Ainsi, le rapport suggère de porter le report, déjà acquis de trois mois, de toutes les échéances de crédit des entreprises touristiques à douze mois minimum. Il réclame également aux banques une facilité de caisse avec un taux préférentiel de 2% maximum. Les compagnies d'assurances sont de même sollicitées pour réajuster le plafond des polices et reporter les échéances des salariés en perte de revenus. 

Parallèlement, le texte demande des mesures d'encouragement comme le report des échéances de facture d'eau et d'électricité à 2021 avec un étalement des paiements sur douze mois, la suspension, pendant douze mois, des ATD (Avis à tiers détenteur - mécanisme de recouvrement des créances publiques) pour reconstituer les capacités financières des entreprises concernées et le report des déclarations et paiement de toutes les obligations fiscales (TVA et acomptes Impôt sur les sociétés - IS) pour 2020.

Renforcer la promotion en local et à l'international

Ensuite, la CNT souhaite que les aides allouées aux emplois les plus vulnérables - comme celles des indépendants, des femmes et des jeunes -, soient sauvegardés et que le pouvoir d'achat de la classe moyenne soit préservé. Elle préconise une exonération des charges sociales et fiscales (IR, CNSS ..) de douze mois pour les entreprises maintenant 80% des effectifs. Aujourd'hui, elle ne couvre que trois mois et ne concerne que les sociétés se trouvant à l’arrêt. Autre avantage demandé, le maintien des prestations sociales des salariés, la mise en place d’un dispositif autorisant les entreprises conservant 80% des emplois à payer leur salarié sur la base du net, et la défiscalisation des départs en retraite anticipée pour les salariés proches de cette échéance.

Enfin, car toutes les sollicitations précédentes ne serviraient à rien sans, le rapport réclame un plan de relance du tourisme. Au niveau local, avec un budget public de promotion pour stimuler la demande locale, une révision du calendrier scolaire pour étaler la saison, le redémarrage des lignes intérieures de la compagnie aérienne Royal Air Maroc (RAM) et la création de crédits vacances et de chèques vacances défiscalisés. Au niveau international, là aussi un budget additionnel de promotion sera nécessaire, de même qu'une enveloppe de co-marketing pour inciter les compagnies aériennes à reproposer la destination. Il faudra aussi rassurer les touristes sur les conditions sanitaires dans le pays et mettre l'accent de plus en plus sur la digitalisation de la promotion.

Pour parachever le tout, et relancer la compétitivité, les autorités marocaines devront créer un fonds de soutien au secteur pendant deux ou trois ans, proposer un accompagnement aux hôteliers envisageant de rénover leur établissement et lancer une plate-forme e-learning pour mettre à niveau les professionnels du secteur.

1,7 milliard de dirham investis pour économiser 46 milliards

La CNT budgétise l'ensemble de ces mesures à 1,7 milliard de dirhams (158 M€) d'argent public dont 1,2 milliard (111 M€) en sauvegarde du secteur et 500 millions en relance. 1,7 milliard à mettre en face des 46 mrds (4,3 mrds€) de pertes évitées. Elle calcule en effet que sans un tel plan, l'industrie touristique perdra 138,5 milliards de dirhams (12,8 mrds€) de recettes touristiques en devises en trois ans, soit 57,8 milliards en 2020 (-74% par rapport à 2019), 51,1 milliards en 2021 et 29,7 milliards en 2022. Avec ces aides et accompagnements proposés, le recul serait limité à "seulement" 92,6 milliards (51,3 milliards en 2020; 33,4 milliards en 2021; 7,9 milliards en 2022).

"La crise a fait chuter les arrivées des touristes, les investissements directs étrangers (IDE) et les transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE) qui sont les trois les principaux pourvoyeurs de devise pour le royaume", indiquait dans un note, publiée mi-avril 2020, CDG Capital. La société de gestion collective spécialisée sur les marchés financiers, filiale du groupe CDG, évoquait alors plus spécifiquement un recul possible de - 40 à - 80% des recettes touristiques en 2020.

Le secteur touristique représente au Maroc quelque 3 500 entreprises d'hébergement, 500 de restauration, 1 500 sociétés de transport touristique, 1 450 agences de voyages et 1 500 loueurs de voitures. Selon l'Observatoire marocain du tourisme, le pays a recensé 13 millions d'arrivées aux frontières en 2019, un chiffre en hausse de 5,2% par rapport à 2018 grâce à une progression de tous les principaux marchés émetteurs : Italie (+9%), Royaume-uni (+8%), France (+6%), Espagne (+6%).


La rédaction
Vendredi 24 Avril 2020

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