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La Commission européenne débloque 33,43 M€ pour rapprocher les deux communautés chypriotes


Rédigé par , le Lundi 25 Juillet 2022 - Lu 1946 fois


Chypre est séparée en deux depuis 1974 (photo: DR)
Chypre est séparée en deux depuis 1974 (photo: DR)
CHYPRE. La Commission européenne a adopté, lundi 25 juillet 2022, un programme d'action annuel en faveur de la communauté chypriote turque. Doté d'un montant annuel de 33,43 M€, il agrège tout un pan de mesures destiné à "soutenir le développement économique, la réconciliation et l'instauration d'un climat de confiance, dont une aide substantielle destinée à la mise en œuvre du train de mesures relatives à l'AOP Halloumi/Hellim", commente Elisa Ferreira, commissaire européenne à la cohésion et aux réformes.

En avril 2021, la Commission a déjà publié un paquet de deux mesures concernant le Halloumi (Χαλλούμι en grec et Hellim en turc). Le nom de ce fromage emblématique de l'île méditerranéenne est désormais enregistré par l'Union européenne comme appellation d'origine protégée (AOP). Ceci va éviter toute imitation de sa recette ou l'utilisation abusive de son dénomination au sein de l'UE et apportera des avantages économiques à Chypre.

Les producteurs de la communauté chypriote turque en bénéficie également, à condition que le fromage et le lait à partir desquels il a été fabriqué respectent toutes les normes de l'UE en matière de santé animale et de santé publique. En 2022, l'aide européenne va donc permettre de renforcer la sécurité alimentaire et l'hygiène dans le process, moderniser les exploitations laitières, améliorer la qualité des produits, augmenter les rendements de laits de brebis et de chèvre et éradiquer les maladies animales.

Jeter un pont entre les deux communautés

Ce programme annuel, dont l'objectif avoué est bien de faciliter la réunification future, accorde un financement au Comité des personnes disparus et au Comité technique sur le patrimoine culturel. Il comprend le maintien d'une aide à l'énergie verte et à l'environnement en lien avec le Pacte vert pour l'Europe. Les universitaires chypriotes grecs et turcs bénéficieront également d'un soutien pour suivre conjointement un enseignement au sein du réseau United World College (UWC) dans le cadre d'un programme bicommunautaire de bourses.

"Le programme continuera d'encourager les échanges commerciaux de part et d'autre de la ligne verte (NDLR: qui sépare les deux parties de l'île) en développant une pêche durable et compétitive. Enfin, il contribuera à relever les défis du développement économique et à améliorer l'employabilité des jeunes en investissant dans des mesures relatives à l'enseignement et à la formation professionnels", précise un communiqué de la Commission européenne. Le texte indique également que cette aide vise à "instaurer un climat de confiance en jetant des ponts entre les deux communautés. Par conséquent, l'accent est mis en particulier sur l'intégration économique de l'île et sur l'amélioration des contacts" entre Chypriotes grecs et turcs.  

656 M€ déjà alloués à Chypre

Après une tentative d'annexion en 1974 par la dictature des colonels en Grèce et l'intervention de la Turquie qui a envahi sa partie nord, Chypre est coupée en deux (voir encadré ci-dessous). D'un côté la République de Chypre (1,26 million d'habitants), membre de l'Union européenne depuis mai 2004. De l'autre, la République turque de Chypre du Nord (RTCN) autoproclamée en novembre 1983 et reconnue seulement par la Turquie qui soutient financièrement et militairement ses 315 000 habitants.

Entre 2006 et 2022, la Commission européenne a alloué 656 M€ à des projets dans le cadre des différents programmes annuels d'aide. ""Notre programme d'aide a montré qu'il apportait des avantages concrets importants à la population chypriote et qu'il restait plus pertinent que jamais (...) Je suis convaincue que cela contribuera aux efforts déployés en faveur de la réunification de Chypre, qui est (son) objectif final", assure Elisa Ferreira.

Lire aussi :L'UE va investir plus d'1 mrd€ à Chypre dans le cadre de sa politique de cohésion sociale

Voir notre enquête sur la partition de Chypre

Quatre ans entre l'indépendance de Chypre et sa division

Quatre ans seulement après avoir acquis son indépendance du Royaume-Uni en août 1960, l'histoire commence déjà à s'emballer à Chypre. Cette île méditerranéenne, aux voisins séculairement antagonistes (elle a appartenu à l'Empire ottoman jusqu'à la fin de la première guerre mondiale), vit sa première fracture en 1964 avec de violentes tensions entre ses citoyens de langue grec et de langue turque.

Garants de son indépendance en 1960 par traité, le Royaume-uni, la Grèce et la Turquie se pressent alors à son chevet. Les deux derniers un peu trop violemment au point de provoquer une scission entre le Sud et le Nord en 1974. Sur les cartes elle se matérialise alors sous la forme d'une ligne verte (ligne Atilla pour les Turcs du nom de leur commandant des forces d'occupation Attila Sav). Cette zone dématérialisée est contrôlée par les Casques bleus de la Force des Nations unes chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP - 904 hommes) créée en 1964.
 
En février 1975 l'"État fédéré turc de Chypre" voit le jour. Il deviendra en 1983, la République turque de Chypre du Nord (RTCN) autoproclamée et reconnue seulement par la Turquie.
 
À l'origine de cette poussée de séparatisme et de cette ligne de cessez-le-feu de 180 km de longueur déguisée en "pseudo" frontière, se trouve des frictions tout au long des années 60 entre les deux communautés, qui créent des étincelles. Jusqu’à l'embrasement favorisé, le 15 juillet 1974, par le vent soufflé sur les braises encore incandescentes par le régime autoritaire d'Athènes avec un coup d’État, via la garde nationale, pour remplacer le président chypriote Makàrios III (Mikhaíl Khristodoúlou Moúskos, archevèque et primat de l'église de Chypre) par un autre plus favorable à l'annexion de Chypre par la Grèce.
 
Doctrine émanant du ministère grec des Affaires étrangères, l'Énosis (du grec "Union") est née en 1878 durant la colonisation anglaise de Chypre, visait à réunir à la Grèce toutes les îles et régions où les Grecs se trouvaient majoritaires.

Le contre-feu sera allumé par la Turquie, cinq jours plus tard. Se parant des termes du traité de garantie et donc de sa volonté de protéger les intérêts de la minorité turque, Ankara envoyait son armée envahir le Nord de l'île. Ce fut le chant du cygne de la dictature des colonels, car cette crise scella sa fin et l'arrivée d'un régime démocratique.

Mais à Chypre, l'onde de choc se poursuivi avec, entre 1974 et 1975, un chassé-croisé entre les Chypriotes grecs résidant (quelque 200 000) dans ces 37% de Chypre désormais contrôlés par les Turcs et les Chypriotes turcs habitant dans l'autre partie. Sans compter ceux s'exilant en Grande-Bretagne et l'arrivée de colons turcs (93 000 recensés en 2003), venus d'Anatolie, dans le Nord. Ces exodes internes et externes pèsent toujours dans les négociations avec le problème des réparations et du retour.
 
Depuis, et malgré la condamnation par une résolution de l'Onu en novembre 1983, le Nord de l'île est gouverné par la RCTN sécurisée par la présence de 30 000 soldats turcs sur son sol.

En 1977, l'Onu avait tenté d'amorcer un processus politique qui depuis a fait long feu. 2017 aura marqué le dernier espoir en date avec des pourparlers (le sixième round) infructueux.

F.D.

 




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