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La Chambre régionale des comptes Paca fustige le coût de la Villa Méditerranée


Un coût de construction triplé par rapport aux estimations, un coût de fonctionnement trop élevé à cause des prestations extérieures et une vocation indéterminée, la Villa Méditerranée reçoit un carton rouge de la part de la Chambre régionale des comptes Provence-Alpes-Côte d'Azur.


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La Villa Méditerranée n'aura vécu que quatre ans (photo : F.Dubessy)
La Villa Méditerranée n'aura vécu que quatre ans (photo : F.Dubessy)
BOUCHES-DU-RHÔNE. Alors qu'elle s'apprête à changer de vocation pour devenir un musée accueillant la reproduction de la grotte Cosquer, la Villa Méditerranée se trouve de nouveau sous les feux de la rampe. Un rapport de la Chambre régionale des comptes Provence-Alpes-Côte d'Azur (CRC Paca), rendu public vendredi 20 octobre 2017 et portant sur la période 2011 à 2014, pointe son coût de construction, son fonctionnement et même son rôle jamais réellement défini. "La vocation de cet ouvrage a souffert d'une indétermination qui n'a jamais été levée jusqu'à la dissolution, le 31 décembre 2014, de la régie créée pour en assurer la gestion. La
coexistence d’un objectif culturel vouant le bâtiment à être un lieu d’exposition et de rencontres culturelles et d’une vocation institutionnelle, en faisant le siège de la politique de coopération euro-méditerranéenne, n’a pas permis à la collectivité de
définir précisément l’orientation de la Villa", indique la CRC.

Ardemment désiré par le président socialiste de la région de l'époque, Michel Vauzelle qui l'a inauguré en avril 2013 à Marseille, la Villa Méditerranée est sévèrement critiquée. La construction de ce bâtiment à l'architecture insolite (un immense porte-à-faux au dessus de l'eau) aura coûté plus de 62 M€ HT. Pour un coût prévu de 20 M€, s'étonne la CRC qui enfonce le clou : "l'estimation de l'enveloppe financière prévisionnelle était donc irréaliste".

1,13 M€ de dépenses pour 0 € de recettes

Répondant à ce rapport par communiqué, la nouvelle présidence Les Républicains du Conseil régional, qui a hérité de la propriété des lieux, a précisé que le coût de construction s'était élevé à 73,5 M€ et son coût de fonctionnement à 4,8 M€ par an. "L'édifice a ainsi déjà coûté plus de 100 M€", dévoilait le texte en accord avec les conclusions de la Chambre régionale des comptes.

Charges de fonctionnement, que le rapport de la CRC caractérise par "les poids importants de prestations de service pour assurer la mise en sécurité, la maintenance et l'entretien du bâtiment". Ces tâches représentaient 1,7 M€ de dépenses contre 1 M€ pour les dépenses de personnel, soit près de 48% des charges à caractère général en 2014.

Les recettes tirées de l'exploitation du site n'ont atteint au total que 292 152 € sur les deux premières années d'ouverture. Le projet tablait sur des recettes de billetterie de 1,77 M€ à 2,22 M€. Chiffres revus à la baisse en janvier 2013 avec 361 200 € prévus en 2013 et 247 680 € en 2014. Nous en sommes encore très loin !
La CRC met en avant deux expositions ("plus loin que l'horizon" et "Echelles des temps") qui - avec un total de 267 092 visiteurs tous gratuits - n'ont apporté aucune recette de billetterie pour un montant de dépenses engagées de 1,13 M€.

Et pourtant... En 2013, la Villa Méditerranée a reçu quatre-vingt quinze demandes de privatisations payantes mais n'en a validé que deux. En 2014, sur 120 demandes, seules six ont reçu une réponse favorable. En parallèle, la Chambre régionale de comptes note que sur les deux années concernées, respectivement vingt-six et trente manifestations ont obtenu une occupation à titre gratuit.

"Pour tenir compte des caractéristiques sociologiques de la ville de Marseille et de l'objectif participatif assigné à la Villa, je n'ai pas souhaité en faire un objet élitiste, mais au contraire favoriser son appropriation par le plus grand nombre. Tel est le sens de la politique tarifaire sociale retenue", se défend Michel Vauzelle dans un courrier à la CRC.

Une Villa Méditerranée mal aimée

Depuis janvier 2015, après la dissolution de la régie, la gestion a changé de main pour être confiée à l'Avitem, l'Agence des villes et territoires méditerranéens durables. Le GIP rendra les clefs fin novembre 2017, date à laquelle la Villa Méditerranée fermera ses portes pour préparer sa future vocation. La Région en conservera la propriété, n'ayant pas réussi à la vendre comme promis lors de la campagne électorale de Christian Estrosi qui a laissé depuis la présidence à Renaud Muselier. Une dernière manifestation se déroulera le 21 novembre 2017 sur le thème "la Méditerranée du futur".

L'installation de la reproduction à une échelle de 90% de la grotte Cosquer - une grotte préhistorique sous-marine ornée de 200 dessins rupestres découverte en 1995 dans les Calanques de Marseille - va demandé 20 M€ d'investissements. La facture sera prise en charge à 50% par les collectivités publiques (Région principalement) et à 50% par le privé. La région Paca recevra un loyer et un intéressement sur la billetterie.

Désireux de proposer une alternative à ce projet, Michel Vauzelle avait tenté d'y implanter le bureau de l'Assemblée parlementaire méditerranéenne. Mais sans succès. L'instance représentant les vingt-sept parlements nationaux des pays riverains de la Méditerranée restera à Malte. Lors du vote de ses membres en février 2017, seules 51 voix approuvaient ce transfert sur 82 suffrages exprimés. La majorité absolue se trouvait réunie, mais ce genre de décision exige la majorité des 4/5e.

Dans la réponse aux conclusions de la CRC, L'ancien président de la région Paca regrette amèrement le nouveau destin du bâtiment. "La Villa Méditerranée à Marseille a été combattue, dès son projet, par les autorités locales marseillaises. Les critiques ne se sont tues que pendant l'année 2013 de Marseille capitale européenne de la culture. Auparavant, les longs combats que j'ai conduits pour trouver un emplacement à la Villa ont fini par la confiner dans un minuscule espace contigu au MuCEM Saint-Jean, telle une annexe. Dans ces conditions, la Villa a été, comme le souhaitaient les autorités locales, incomprise, critiquée ou ignorée par les médias locaux et parisiens", conclu-t-il.

Lire aussi : La Villa Méditerranée à la recherche de son nouveau destin

Marseille détricote sa vocation méditerranéenne 1ère partie : Les villas de la discorde

Lundi 23 Octobre 2017

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