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La Berd baisse ses prévisions de croissance pour les économies du Sud et de l'Est de la Méditerranée


Un rapport de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement prévoit une croissance du PIB de 4,4% en 2019 et 4,8% en 2020 contre 4,3% en 2018 dans les pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée.


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Les voyants de l'industrie dans les pays Semed devraient repasser au vert en 2020 (photo : F.Dubessy)
Les voyants de l'industrie dans les pays Semed devraient repasser au vert en 2020 (photo : F.Dubessy)
MEDITERRANEE. Dans un rapport, rendu public le 6 novembre 2019, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) s'affirme moins confiante sur ses prévisions de croissance économique dans les régions du Sud et de l'Est de la Méditerranée (SEMED) qu'en mai 2019. Selon cette dernière étude, la croissance devrait se situer à 4,4% en 2019 et 4,8% en 2020 contre 4,3% en 2018. Il s'agit donc d'une révision à la baisse de respectivement 0,2 et 0,3%.

Pour justifier ce constat, l'institution argue de préoccupations politiques et sécuritaires au Liban et en Tunisie, d'une contraction du secteur agricole au Maroc et d'un retard dans le déploiement des réformes en Jordanie.

La Jordanie devrait connaître une croissance modérée avec une augmentation de 2,1% de son PIB en 2019 et de 2,3% en 2020. Les services financiers, suivis des transports, des communications et du secteur industriel, demeurent les principaux moteurs de cette croissance. Les arrivées touristiques continuent à progresser pour la troisième année consécutive tout en restant encore à 75% du chiffre record de 2010. L'inflation cède du terrain (-0,3% en septembre 2019). A noter que le rapport ne prend pas en compte la démission du gouvernement d'Omar al-Razzaz, survenue début octobre 2019 sous la pression de la rue, alors que le document se trouvait déjà sous presse. Le Premier ministre a bien l'intention de rempiler et ainsi de reprendre la main pour imposer les mesures d'austérité exigées par le Fonds monétaire international (FMI). Ce qui pourrait changer la donne.

Le Liban englué dans les retards de réformes

Le manque de pluie a perturbé le secteur agricole au Maroc (photo : F.Dubessy)
Le manque de pluie a perturbé le secteur agricole au Maroc (photo : F.Dubessy)
La croissance libanaise devrait, elle, stagner en 2019 à +0,2%. Elle est principalement animée par la consommation des ménages, le tourisme (grâce à la levée de l'interdiction de voyager au Liban dans plusieurs pays du Golfe) et les exportations. Une contraction est attendue en 2020 du fait de l'instabilité politique tant nationale que régionale synonyme de retards dans l'adoption de réformes structurelles, sur l'énergie et sur la fiscalité, pourtant cruciales et toujours entravées par la rue libanaise qui réclame, depuis le 17 octobre 2019, le départ des hommes au pouvoir. Fin octobre 2019, la démission du Premier ministre Saad Hariri ouvre la voie à un remaniement ministériel qui plonge encore plus le pays dans l'incertitude.

Les réserves en monnaies étrangères connaissent leur plus bas niveau depuis sept ans, même si elles demeurent élevées avec 30,6 mrds$ (27,7 mrds€) en août 2019, soit la couverture de plus de neuf mois d'importations. L'inflation reste modérée à 1,2% après un pic à 7,6% en juin 2018 .

Le Maroc a connu un ralentissement de sa croissance au premier semestre 2019 et va perdre 0,3% de points de croissance sur l'année complète (+2,7%) par rapport à 2018. Principale cause, comme en 2018, une chute de 3% du secteur agricole par manque de pluies, contre-balancée par une progression de 3,5% des autres secteurs. Tout devrait redémarrer en 2020 (+3,3%), grâce justement à une reprise du secteur agricole adossée à une forte progression du secteur minier, des industries automobiles et aéronautiques et des arrivées touristiques. L'inflation reste mesurée à 0,3% en septembre 2019 avec des prix bas sur l'alimentation, le pétrole et les lubrifiants.

Un rebond en 2020 pour l'économie tunisienne

Le rapport de la Berd prédit une forte chute à 1,5% de croissance en 2019 pour la Tunisie contre 2,5% en 2018. La banque l'explique par une baisse des industries de fabrication et le déclin des industries d'extraction malgré l'expansion des services commerciaux - principalement le tourisme - les services financiers et de communication et l'agriculture. Là encore, des retards dans la mise en oeuvre des réformes structurelles, durant notamment la période élective pleine d'incertitudes (septembre et octobre 2019) du scrutin présidentiel - qui a porté au pouvoir Kaïs Saïed - suivie des législatives, a joué également.
L'inflation décroit mais demeure élevée en septembre 2019 (+6,7% contre 7,7% lors du pic de juin 2018). Les prix de l'alimentation et du tabac expliquent ces chiffres. La politique monétaire de la Banque centrale de Tunisie et l'appréciation du dinar tunisien aident cependant à maintenir les pressions inflationnistes sous contrôle.  

Les élections passées, l'économie tunisienne s'oriente vers un rebond dès 2020 avec une prévision de hausse de 2,6% du PIB. Le rapport de la banque le justifie par "la reprise des moteurs traditionnels de la croissance, l'augmentation des exportations, la mise en oeuvre de réformes de l'environnement des affaires pour attirer des IDE (Investissement directs étrangers) et une plus grande certitude politique, aux niveaux national et régional".

Reste que la Berd ne masque pas les risques possibles du retour des manifestations pour des revendications sociales et économiques, susceptibles de perturber la production et ralentir l'application des réformes.

1 mrd€ injecté par la Berd dans les pays Semed

Le renforcement des exportations en Egypte contribue à l'embellie égyptienne (photo : F.Dubessy)
Le renforcement des exportations en Egypte contribue à l'embellie égyptienne (photo : F.Dubessy)
L'Égypte prend a rebrousse-poils ce constat général et se distingue. La Berd envisage une croissance de 5,9% pour ce pays en 2020, soit 0,3 points de plus que sa précédente prévision. En Égypte, le renforcement accru du secteur du tourisme et des exportations, les grands projets publics de construction ainsi que le réengagement des investisseurs privés nationaux et étrangers associées à la mise en oeuvre de réformes de l'environnement des affaires et de politiques macroéconomiques prudentes, contribueront à l'embellie. Son PIB va atteindre son plus haut niveau de croissance depuis onze ans pour l'année fiscale 2018-2019 (+5,6%), tandis que l'inflation annuelle affiche (4,8% à septembre 2019 contre 33% en juillet 2017), son plus bas taux depuis sept ans grâce à l'appréciation de la livre égyptienne et le ralentissement de l'inflation sur les produits alimentaires.

Depuis l'extension de ses compétences à cette région en septembre 2012, la Berd a injecté près d'1 mrd€ dans les pays Semed : Égypte (97 projets et 5,21 mrds€ investis), Maroc (57 projets et 1,93 mrd€ investis), Jordanie (45 projets et 1,4 mrd€ investis), Tunisie (41 projets et 869 M€ investis), Liban (8 projets et 493 M€ investis). De la ferme éolienne au Maroc aux producteurs tunisiens d'huile d'olives en passant par les produits laitiers égyptiens.

Voir le rapport complet de la Berd sur les Perspectives des économies régionales (en anglais)

Vendredi 8 Novembre 2019

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