Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée


La Banque mondiale tire la sonnette d'alarme


Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’Afrique du Nord est considérée comme la deuxième zone la plus vulnérable aux risques climatiques à l’échelle mondiale. La banque Mondiale vient de publier au début de l'été 2011 une étude sur « l’adaptation au changement climatique et la résilience aux désastres naturels dans les villes côtières d’Afrique du Nord » présentée dans le cadre des programmes du Centre de Marseille pour l'Intégration en Méditerranée (CMI).


            Partager Partager

L'aménagement de la vallée de Bouregreg soulève de vives inquiétudes en raison des risques d'inondations (photo DR)
L'aménagement de la vallée de Bouregreg soulève de vives inquiétudes en raison des risques d'inondations (photo DR)

MEDITERRANEE. Rédigée sous la direction de l'urbaniste Anthony Bigio, auteur collaborateur du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), l'étude réalisée par la Banque Mondiale sur « l’adaptation au changement climatique et la résilience aux désastres naturels dans les villes côtières d’Afrique du Nord » vient d'être présentée au CMI. « La Banque Mondiale se préoccupe depuis déjà plusieurs années de la menace que fait planer le changement climatique sur les pays de la rive sud de la Méditerranée » explique Anthony Bigio. « Les catastrophes naturelles de type inondations et érosion côtière, ont des effets de plus en plus dévastateurs, particulièrement dans les villes. Or les grandes cités côtières représentent une part très importante du PIB des pays arabes ».

Ces villes à forte croissance démographique font face à des risques concrets qui s’intensifieront au cours des prochaines décennies à mesure que les conséquences du changement climatique se feront sentir davantage. La région Mena (Afrique du nord et Moyen-Orient) souffre d'une augmentation du nombre de désastres naturels. La moyenne annuelle de trois catastrophes dans les années 1980 a atteint le chiffre de quinze en 2006. Sur les 276 désastres naturels recensés depuis vingt cinq ans dans la région, 120 ont eu lieu pendant les derniers cinq ans.

L'étude porte sur trois villes, Alexandrie, Casablanca et Tunis, et sur la vallée de Bouregreg au Maroc, située en bordure de Rabat. Cet oued inhabité fait l’objet d’un vaste projet de développement urbain. Les rédacteurs du document ont dressé un tableau de la situation de ces quatre sites à l’état actuel et à l'horizon 2030, analysant leur degré d’exposition aux désastres naturels, aux phénomènes climatiques extrêmes et à l'influence des changements climatique sur ces derniers. Ces deux années de travail permettent aujourd'hui d'évaluer les risques et les coûts des pertes potentielles, d'envisager les réformes à mettre en place et les investissements à réaliser pour permettre aux villes de protéger leurs populations.


faire appliquer les règles

Les inondations en zones fortement peuplées vont se multiplier. Photo DR
Les inondations en zones fortement peuplées vont se multiplier. Photo DR

« Notre travail débouche sur l’importance de nouvelles règles d'urbanisme » souligne Anthony Bigio. « qui devront être appliquées pour que la croissance urbaine à venir prenne en compte ces risques. Les Etats doivent maîtriser leur espace urbain et punir les abus. D'autres leviers, comme la construction d’infrastructures de transports, permettent également de détourner l'urbanisation d'une zone dangereuse et l'orienter vers des zones sûres. Ils sont particulièrement efficaces pour des villes très étalées comme Tunis, Casablanca ou Alexandrie. Les décisions finales reviennent aux gouvernements. L’étude consigne aussi notre perplexité sur certaines opérations où visiblement des intérêts privés l'emportent sur l'intérêt public. Les grands projets de Tunis constituent de bons exemples. Ils avaient été décidés souvent par le palais présidentiel, après accord avec des promoteurs internationaux, sans tenir compte de l'avis des urbanistes locaux. Fort heureusement, la donne a changé et va peut-être permettre de réviser ces projets. Je pense en particulier aux dossiers localisés au nord de la ville ou près du lac sud. Ces zones souffrent d'un fort risque de submersion marine et se prêtent mal à d'importantes opérations immobilières. »

La situation de Tunis se duplique un peu partout au sud de la Méditerranée en raison d'une très forte pression immobilière. Quand elles existent, les règles d'urbanisme restent souvent lettre morte. En 2010, les villes côtières de la région accueillaient une population d’environ 60 millions d’habitants. Elle dépassera probablement 100 millions en 2030, exposant ainsi aux risques de plus en plus d'habitants et d’activités économiques. Alexandrie, Casablanca et Tunis, dont les populations totalisaient environ 10 millions d’habitants en 2010, abriteront 15 millions de résidents en 2030.


+ 20 cm en 2030

Les auteurs de l'étude tablent sur une élévation du niveau de la mer liée au changement climatique de 20 cm à l’horizon 2030, avec des épisodes orageux beaucoup plus violents. Tunis, sans doute la ville la plus exposée, va voir les risques d'instabilité des sols et de submersions marines passer de moyens à élevés, ceux d'inondations et d'érosion côtière d'élevés à très élevés. Casablanca est principalement concernée par l'érosion côtière et les inondations, Alexandrie par la submersion marine, la pénurie d'eau et l'érosion côtière. Les clignotants vont passer à l’orange ou au rouge dans la vallée du Bouregreg en matière de submersion marine et d'inondations.

Au total, entre 2010 et 2030, chacune des trois villes sera exposée à des pertes potentielles d'un coût largement supérieur à un 1 mrd$ alors que le projet d’aménagement de la vallée du Bouregreg au Maroc mettra en danger ses habitants, si les risques identifiés ne sont pas pris en compte. Plus grave, toutes les données scientifiques prévoient une augmentation significative des conséquences du changement climatique pour 2050 et au-delà. La situation ne fera donc qu'empirer.

« Les décideurs vont devoir opérer des arbitrages entre ne pas construire dans des zones sensibles ou bâtir en protégeant contre les risques naturels et climatiques» estime Anthony Bigio. « Tout reste possible techniquement, mais il ne faut pas oublier que les infrastructures de protections ont un coût, généralement financé par la collectivité. Il convient également de savoir où placer la barre. Faut-il protéger les quartiers concernés d'évènements arrivants tous les dix ans, cinquante ans, cent ans ? Tout est question de rapport coûts/bénéfices. Pour un développement urbain tout neuf et de haut standing, comme dans la vallée de Bouregreg, une protection centennale apparaît judicieuse. Sur des zones déjà urbanisées, cela mobiliserait des budgets trop importants. A Casablanca, par exemple, mettre la barre à vingt ans constituerait déjà un progrès considérable. »


Trois types d'actions

Trop de projets immobiliers récents négligent le risque d'inondation. Photo DR
Trop de projets immobiliers récents négligent le risque d'inondation. Photo DR

La réduction des risques passe par trois types d'actions à mettre en œuvre simultanément. Pour commencer, prendre en compte l'évolution de la situation climatique dans les plans d’urbanisme. Deuxièmement, améliorer l'information du public, les systèmes d’alerte rapide et de communications, et le fonctionnement des institutions résponsables. Enfin, réaliser des infrastructures urbaines de protection et de drainage. Les deux premières séries de mesures s'avèrent les plus efficaces et les moins gourmandes en investissements. En revanche les dernières supposent des enveloppes budgétaires souvent très lourdes. Leurs coûts peuvent même s'avérer plus élevés que ceux des dommages qu'elles permettent d'éviter. « Cependant, ces mesures peuvent pourtant se justifier, par exemple, en termes de la valeur du patrimoine situé dans les zones concernées » précise l'étude.

« Notre travail a bien été réalisé en collaboration avec les autorités nationales de chaque pays » affirme Anthony Bigio. « Elle a impliqué une dizaine d'agences par pays, générant un dialogue étroit à tous les niveaux. Il faut comprendre que les décideurs se posent beaucoup de questions. Un responsable égyptien m'a ainsi demandé si Alexandrie allait s’effondrer. Un autre, Tunisien cette fois, m'a fait remarquer qu'il avait de l'eau dans son salon en cas d'inondations. Nous entrons maintenant dans une seconde phase. Les intervenants nationaux doivent s'approprier cette étude pour passer à l'action, en sélectionnant les interventions prioritaires. La Banque Mondiale pourrait alors jouer un rôle de partenaire technique et financier.»


Gérard Tur

Mercredi 13 Juillet 2011

Lu 5633 fois




Dans la même rubrique :
< >

Lundi 29 Octobre 2018 - 14:17 Fermeture du port de Bastia

Vendredi 26 Octobre 2018 - 09:07 Séisme marin en Méditerranée occidentale



1.Posté par boualem le 13/07/2011 12:50
Encore une intox du GIEC. Une de plus...

2.Posté par Troubadour le 15/07/2011 08:14
La solution est de construire des villes nouvelles à l'intérieur des terres ! Même en plein désert ! Même si cela parait compliqué, les solutions existent !

3.Posté par Mohammed le 15/07/2011 21:04
Qu'est ce que vous êtes en train de consommer messieurs de la banque mondiale ? Le temps vous prouvera votre tort, actuellement ce qui se passe dans le couloir des tornades dans le Midwest américain est au moins 20 fois plus grave et se répète chaque année en comparaison aux catastrophes naturelles qui se répètent chaque décade en Afrique du nord !

4.Posté par Bergheul le 17/07/2011 17:23
Bonjour,

Je vous remercie pour la réalisation de ces études, je voudrais savoir si l'Algérie est dans le même cas que les pays cités dans les études?

Merci pour votre réponse

5.Posté par Gérard Tur le 18/07/2011 16:34
Bonjour,

Les études n'ont pas porté sur l'Algérie. Mais globalement il semble que toutes les villes cotières dont l'urbanisation est mal controlée sont dans le même cas. Les villes grandissent trop vite.


Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.




Suivez-nous
Facebook
Twitter
Rss
YouTube

RÉFLEXION

Concentration industrielle en Europe : une nécessité autant qu'une opportunité pour la Défense

Frédéric Dubois, ingénieur, diplômé en relations internationales (en disponibilité de la fonction publique)
avis d'expert


Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA




LE Guide euroméditerranéen des financements et de la coopération 2019
Guide euroméditerranéen des financements et de la coopération
 30,00 € 
  Prix Spécial | 19,00 €
FICHES FINANCEMENT - FICHES PAYS - ANNUAIRE











À propos d'Econostrum.info


Econostrum.info est un média indépendant qui traite au quotidien l'actualité économique des pays riverains de la Méditerranée. Coopération économique, actualité des entreprises par secteur (Industrie, Services, Transport, Environnement, Finances), dossiers thématiques, actualité des aéroports, compagnies aériennes et maritimes (nouvelles destinations)... sont traités et analysés par une équipe de journalistes présents dans le bassin méditerranéen.