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La BAD se penche sur les perspectives économiques en Afrique du Nord


La Banque africaine de développement livre dans un focus régional de son dernier rapport 2018 une analyse fouillée des perspectives et problèmes économiques de six pays d'Afrique du Nord. Sont évoqués la macroéconomie mais aussi ses liens avec la pauvreté, les inégalités et l'emploi ainsi que le secteur agricole et la sécurité alimentaire.



Le bureau régional de Tunis de la BAD a supervisé le focus Afrique du Nord du rapport annuel de la banque (photo : F.Dubessy)
Le bureau régional de Tunis de la BAD a supervisé le focus Afrique du Nord du rapport annuel de la banque (photo : F.Dubessy)
AFRIQUE DU NORD. Pour la première fois, la Banque africaine de développement (BAD) accompagnait, mardi 13 mars 2018, de cinq focus régionaux (Afrique du Nord, Afrique de l'Ouest, Afrique centrale, Afrique de l'Est et Afrique du Sud) son rapport annuel sur les perspectives économiques du continent africain.

Le document de cinquante-quatre pages réalisé à Tunis et couvrant l'Algérie, l'Égypte, la Libye, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie, s'intéresse aux corrélations entre évolution macroéconomique et pauvreté, inégalité et emploi ainsi qu'à la production agricole et la sécurité alimentaire. Il met en évidence "les difficultés d'ordre structurel auxquelles sont confrontés les pays d'Afrique du Nord et analyse les tendances concernant la pauvreté et les inégalités et leur lien avec le chômage et la croissance".

La BAD estime la croissance du PIB réel en Afrique du Nord à 4,9% contre 3,3% en 2016. Un chiffre supérieur à la moyenne africaine (3,6%) qui positionne l'Afrique du Nord comme la zone la plus performante du continent après l'Afrique de l'Est. Les perspectives de croissance pour 2018 et 2019 sont positives grâce aux réformes entreprises dans tous les pays. La BAD prévoit une croissance moyenne de 5% en 2018 et de 4,9% en 2019.

Niveaux insoutenables du chômage des jeunes

L'Afrique du Nord fait preuve de résilience depuis les printemps arabes (graphique : BAD)
L'Afrique du Nord fait preuve de résilience depuis les printemps arabes (graphique : BAD)
"Cette performance en hausse est due en grande partie au volume plus important que prévu de la production et de l’exportation de pétrole de la Libye, lesquelles ont généré une forte croissance du PIB de 55,1%, à la faveur de l’amélioration de la situation sécuritaire résultant des efforts conjoints d’aide régionale et internationale dont a bénéficié le pays", modère la banque. "La croissance en Afrique du Nord a également bénéficié de l’amélioration de la croissance du Maroc par rapport à l’année précédente (4,1% en 2017 contre 1,2% en 2016) due principalement à la hausse de la productivité agricole, résultant des effets positifs combinés d’une bonne saison des pluies et de la mise en œuvre du Plan Maroc vert. La croissance de l’Afrique du Nord a en outre été stimulée par la stabilité de la bonne performance de l’Égypte (croissance du PIB d’environ 4%), qui a été alimentée par les effets positifs de son programme de réformes macroéconomiques et structurelles", résume la BAD.

Le rapport 2018 sur l'Afrique du Nord évoque des "niveaux insoutenables de chômage des jeunes et leur faible participation économique" avec une moyenne de 30,5% de taux de chômage chez cette population (deux fois la moyenne mondiale). Il l'attribue à une "qualité des emplois assez faible, en raison de la grande part d'entreprises dans le secteur informel". Environ 40% des emplois non agricoles en Afrique du Nord se situent dans le secteur informel.
Mais aussi au "décalage entre l'éducation et la base de compétences de la population jeune et d'autre part la demande de main-d'oeuvre hors du secteur public". 60% des diplômés universitaires se trouve au chômage en Égypte et 31% en Tunisie.

Dans ses recommandations sur le sujet, la BAD appelle à des politiques différenciées et adaptées aux économies de ces pays. Certains ( Égypte, Maroc et Tunisie) bénéficient d'un vaste secteur manufacturier, alors que d'autres (Algérie, Libye, Mauritanie) demeurent tributaires de leurs ressources naturelles et doivent introduire des politiques pour accroître la diversification économique.
Tous se rejoignent par contre sur des défis communs : "la médiocre transformation structurelle, le fort chômage des jeunes et le faible niveau des échanges intrarégionaux", comme le souligne le rapport.

Importance de l'agriculture familiale dans la réduction de la pauvreté

L'agriculture intimement liée à la réduction de la pauvreté en milieu rural (sources : OADA)urce OIT)
L'agriculture intimement liée à la réduction de la pauvreté en milieu rural (sources : OADA)urce OIT)
"La consommation calorique des pays d'Afrique du Nord dépend environ pour moitié des importations de denrées alimentaires et, au vu de la rareté des terres et de la pénurie d'eau, cette dépendance risque de perdurer dans un avenir proche", soulève la BAD qui en appelle à une politique cohérente avec les objectifs de sécurité alimentaire et de réduction de la pauvreté en milieu rural.

"Les politiques sociales en Afrique du Nord sont trop tributaires du maintien des prix à un faible niveau, assuré par un mélange de contrôle des prix et des subventions", regrette la banque. Une problématique primordiale alors que 40% de la main-d'oeuvre mauritanienne et marocaine et 30% de l'égyptienne travaillent dans le secteur agricole. Un secteur qui pèse de 2% en Libye à 15% en Égypte et au Maroc du PIB national. Et de 3% des emplois en Libye à 38% en Mauritanie. Mais surtout des exploitations gérées par des familles à 55% (Algérie et Tunisie), 70% au Maroc et même 98% en Égypte, toutes de très petites tailles en moyenne. D'où l'importance de l'agriculture familiale, source majeure de revenus des ménages, dans la réduction de la pauvreté.

Dans ce contexte, la BAD suggère une stratégie durable de sécurité alimentaire comprenant une hausse de la production alimentaire - par des mesures renforçant les incitations pour les producteurs locaux - pour diminuer progressivement la dépendance aux importations. Tout ceci passe, selon le rapport Afrique du Nord 2018 par "une augmentation des réserves alimentaires en utilisant les marchés financiers pour réduire les risques; le soutien aux petits exploitants et aux familles d'agriculteurs pour accroître la production alimentaire nationale et élever leurs revenus; favoriser la création d'associations de producteurs indépendants pour permettre aux exploitants de se faire entendre et d'accéder plus facilement aux marchés; mettre en place des système de protection sociale ciblant les populations pauvres en milieu rural au moyen de transferts de fonds".

voir le rapport Afrique du Nord 2018 de la BAD




Mardi 13 Mars 2018



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