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La « rentrée » s'annonce difficile en Espagne


Septembre apparaît comme le mois de tous les dangers pour l'Espagne, qui attend désormais clairement l'aide de la Communauté Européenne pour sortir de l'ornière économique et financière. Après de courtes vacances, le gouvernement de Mariano Rajoy reprend son rythme de réformes pour anticiper les exigences de ce sauvetage annoncé.


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Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy (photo : Moncloa)
Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy (photo : Moncloa)
ESPAGNE. La rentrée 2012 commence mal pour les Espagnols, qui devront désormais supporter un taux de TVA majoré de 18 à 21%, à compter du 1er septembre 2012. La TVA réduite, qui s’applique notamment aux services touristiques et à l'hôtellerie, augmente dans le même temps de deux points, de 8 à 10%. Seul reste inchangé le taux de TVA « super-réduit » de 4% (pour les produits alimentaires de première nécessité, médicaments, livres et journaux).

Le coup est d'autant plus rude que certaines activités voient même ce taux de TVA augmenter d'un coup de treize points, de 8 à 21%, notamment les salons de coiffure, les cinémas, les fleuristes ou encore... les services funéraires. De quoi nourrir l'ironie des nombreux vacanciers espagnols qui s'attardent encore sur les côtes de la péninsule.

Même si l'humour vire rapidement à la critique, comme chez ce concessionnaire automobile de Minorque (Baléares), qui redoute les trois points supplémentaires de TVA : « cette mesure ne va servir à rien, elle ne permettra pas même à l’État d'augmenter ses recettes, parce que cette augmentation va freiner encore davantage la consommation. La situation est désespérante : tout le monde perd de l'argent, et on se demande si on ne ferait pas mieux de mettre la clé sous la porte ; nous n'enregistrons plus de bénéfices depuis 2008, et il est trop tard pour appliquer ce genre de mesures qui ne vont faire que nous enfoncer davantage ». Il est vrai que le secteur automobile connaît, dans cette région d'Espagne, une baisse constante des ventes depuis vingt-cinq mois.

Une économie en panne

Une dégradation qui va largement au-delà du secteur l'automobile, et qui concerne tout le pays, comme l'indiquent les chiffres de l'Institut National espagnol de la Statistique (INE  ) : après la baisse de l'économie enregistrée au premier et second trimestre 2012 (-0,3 et -0,4%), les indicateurs restent au rouge. L'INE a révélé ainsi en août que le chiffre d'affaires global du secteur industriel espagnol a chuté de 6,7% en juin 2012 (par rapport à la même période l'an dernier). De fait, le gouvernement espagnol mise aujourd'hui, dans ses prévisions les plus optimistes, sur une baisse du PIB de 1,5% à la fin de l'année.

Et lorsque le ministre de l'Économie, Luis de Guindos, tente de rassurer en soulignant l'excédent de la balance commerciale avec des pays comme la France, les transporteurs routiers répondent en rappelant la difficulté à trouver des marchandises pour remplir leurs camions qui reviennent vers la péninsule. Car le problème numéro un de l’économie espagnole reste une consommation atone, en grande partie à cause d'un taux de chômage qui frise le quart de la population active. Et rien n’indique, sur ce plan, une amélioration à court terme. D'autant que nul n'est épargné par les mesures d'austérité de Mariano Rajoy, pas même les fonctionnaires, qui devront se serrer un peu plus la ceinture en renonçant dès cette année à la traditionnelle « prime de Noël », correspondant au treizième mois. D'où le mécontentement généralisé qui pourrait se traduire par des mouvements de protestations dans les rues ces prochaines semaines.

Sous le regard des marchés financiers

Un système bancaire très fragile (photo : F. Matéo)
Un système bancaire très fragile (photo : F. Matéo)
Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, semble cependant plus préoccupé par les rumeurs des marchés financiers que par une éventuelle explosion sociale. Et ici aussi, l'unanimité semble de mise : l'Espagne demandera très probablement dans le courant du mois de septembre 2012 le soutien de la Communauté Européenne (à travers le Fonds Européen de Stabilité Financière) pour faire face à ses difficultés économiques et financières. L'un des communiqués les plus explicites en ce sens concerne une note de Goldman Sachs à l'attention de ses clients, où la banque américaine estime que l'Espagne est le prochain pays qui réclamera cette aide européenne, et qui en acceptera les conditions...

Bien que ce texte précise qu'il ne devrait pas y avoir de changement au moins jusqu’à mi-septembre : « Les autorités espagnoles attendront certainement de voir ce que leur propose la Banque Centrale Européenne lors de la réunion du 6 septembre, avant de décider si elles demandent le soutien du Fonds Européen de Stabilité Financière ». Même si la banque n'est pas directement présente en Espagne, les informations de Goldman Sachs peuvent être ici considérées d'autant plus fiables que la banque dispose en Europe de solides affinités -dont le président de la BCE, Mario Draghi- qui sont aussi des prescripteurs de premier rang en matière économique et financière. Comme le démontre le documentaire réalisé par Jérôme Fritel et Marc Roche (avec la collaboration de notre correspondante en Grèce, Angélique Kourounis), diffusé le 4 septembre 2012, à 20h50, sur Arte (« Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde »).

Nouvelle réforme du système bancaire

Les autres grands analystes financiers coïncident avec le diagnostic de Goldman Sachs, à l'instar de Citigroup, qui considère de son côté que l’État espagnol aura besoin, au minimum, de 92 mrds € cette année. L'aide nécessaire pourrait atteindre 306 mrds € d'ici 2014. Une grande partie de cette enveloppe serait consacrée à remettre à flots les banques espagnoles actuellement en situation de faillite, ou plus radicalement à les liquider.

Le gouvernement de Mariano Rajoy a déjà pris les mesures pour mettre en œuvre cette éventualité, en élargissant les compétences du FROB (fonds de Restructuration Ordonnée Bancaire), dépendant de la Banque d'Espagne, qui aura désormais les moyens d'appliquer unilatéralement les stratégies les plus radicales, y compris de prononcer la liquidation de certaines banques.

La banque d'Espagne, à travers le FROB, pourra également décider de tronçonner les actifs des banques en difficulté pour pouvoir en vendre une partie, afin d'isoler les « actifs toxiques », notamment les biens immobiliers qui plombent le système bancaire espagnol. Une sorte de nationalisation temporaire qui ne dit pas son nom, mais que l’État espagnol ne pourra probablement pas assumer sans l'aide du Fonds Européen de Stabilité Financière. Ce qui, à coup sûr, ne se fera pas sans compensation. En ce sens, l'ombre d'une solution « à la grecque » plane chaque jour un peu plus sur l'économie espagnole.


Mardi 28 Août 2012

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1.Posté par santillanna le 29/08/2012 09:16
Il est grand temps pour le peuple des sans grades de ne plus se laisser dicter les lois; ils ne sont en rien responsables des crises ( ce sont les politiciens de droite et de gauche).
Espérons que ce ne sera pas qu'en Espagne; nous attendons les Italiens , les Portugais et surtout les Français .

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