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L’opacité des modalités d’accès au crédit pénalise les Pme marocaines


Le Maroc a réussi avec succès le passage vers une économie libérale en multipliant les accords commerciaux ces dernières années. Cependant, les Pme du pays sont pénalisées par une inégalité tant de la fiscalité que des modalités d’accès au crédit. Des chercheurs viennent d’établir un lien direct entre ces difficultés d’accès et leur productivité, dans le cadre d’un rapport remis au Femise en juillet 2010. Zoom sur l’environnement des affaires au Maroc.


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Les banques doivent mettre en place un mécanisme qui leur accorde davantage de visibilité auprès des comptes des entreprises. (Photo F. Dubessy)
Les banques doivent mettre en place un mécanisme qui leur accorde davantage de visibilité auprès des comptes des entreprises. (Photo F. Dubessy)
MAROC. Libéraliser une économie ne suffit pas… Encore faut-il que les entreprises puissent recourir au crédit de manière égale pour se développer, investir, innover ou prévoir des actions de formation ou de recherche. Au Maroc, il existe un « véritable problème d’allocation des ressources qui freine la compétitivité des entreprises », fait valoir Patricia Augier, directrice-adjointe du Centre de Recherche en Développement Economique et Finances Internationales (DEFI) à l’Université de la Méditerranée.

Co-auteure d’un rapport remis au Femise en juillet 2010 (recherche Femise FEM33-23) intitulé « Intégration poussée et productivité des entreprises » aux côtés de chercheurs marocains et britanniques, elle met en avant, au fil des 127 pages du document, l’impact et le rôle de l’environnement économique sur la productivité des entreprises. Avec pour critères, la qualité du système bancaire marocain, le développement des infrastructures et le cadre réglementaire et administratif.

CRITERES D'ATTRIBUTION DES PRETS A REVOIR

Les crédits sont généralement accordés aux entreprises qui exportent ou ayant un fort pouvoir de lobbying.(Photo F. Dubessy)
Les crédits sont généralement accordés aux entreprises qui exportent ou ayant un fort pouvoir de lobbying.(Photo F. Dubessy)
Patricia Augier démontre la nécessité pour le royaume chérifien d’améliorer le système comptable des entreprises et insiste sur la transparence des comptes. « Il faut mettre en place un mécanisme qui offre aux banques une meilleure visibilité et qui leur donne la capacité de prendre des risques.

Les établissements financiers doivent modifier leurs critères d’attribution des prêts
», martèle Patricia Augier qui a constaté en outre que ce problème d’allocation n’apparaît pas pour le groupe des entreprises ayant leurs comptes certifiés.. Et de soulever un paradoxe : Les crédits sont généralement accordés aux grandes entreprises, celles qui exportent ou qui possèdent des capitaux étrangers ou un fort pouvoir de lobbying…. A l’inverse, les Pme endettées connaissent des difficultés de financement. Sans compter qu’au Maroc, les garanties bancaires sont généralement des hypothèques sur les biens mobiliers et immobiliers personnels. Un véritable obstacle au développement des affaires !

Autre constat mis en évidence dans le rapport. L’écart de productivité des entreprises d’un même domaine d’activité ou d’une même région. « Les Pme peuvent subir la concurrence des entreprises du secteur informel et des écarts notables de la fiscalité locale qui crée un manque de visibilité. L’hétérogénéité de la fiscalité et les lourdeurs administratives touchent surtout les petites entreprises. Celles qui généralement n’exportent pas ou qui ne possèdent pas de capitaux étrangers», ajoute Patricia Augier. Fruit d’une année de recherches, le rapport est disponible sur le site du Femise et du DEFI.

English version

Article écrit en partenariat avec le femise

Mardi 7 Septembre 2010