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L'intégration avance en Méditerranée, mais à vitesse réduite


Rédigé le Jeudi 27 Mai 2021 à 14:31 | Lu 3961 commentaire(s)


L'intégration économique en région Méditerranée reste inégale (photo : ©econostrum.info)
L'intégration économique en région Méditerranée reste inégale (photo : ©econostrum.info)
MEDITERRANEE. Confié par l'Union pour la Méditerranée (UpM) à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la publication du premier rapport sur l'intégration régionale en Méditerranée va servir de base pour mesurer son évolution. Il s'appuie sur des indicateurs spécifiques couvrant cinq domaines : le commerce, les finances, les infrastructures, la circulation des personnes ainsi que la recherche et l'enseignement supérieur. "Il va être périodique et nous permettre d'entrer plus en profondeur dans la compréhension de toutes ces problématiques", annonce Carlos Conde, chef de la division Moyen-Orient Afrique à l'OCDE.

Ce document de 198 pages, financé par la coopération allemande (Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit - GIZ), dresse un constat préalable repris, jeudi 27 mai 2021, par Nasser Kamel "J'avais l'impression que l'intégration n'avançait pas, mais elle a augmenté dans la région, même si les progrès demeurent lents et inférieurs au potentiel de la région en matière de capacités et de ressources."

Le secrétaire général de l'UpM note aussi que "la situation s'est améliorée. L'économie des pays du Sud, axée voici dix ou quinze ans sur les hydrocarbures et l'agriculture, s'est diversifiée pour pénétrer les économies du Nord en exportant davantage de produits semi-finis et finis." Il cite notamment le Maroc et son industrie automobile, l'électromécanique en Égypte. Une évolution constatée également dans les relations Sud/Sud entre le Maroc et l'Égypte, et entre ce dernier pays et la Turquie.

L'UE assure 95% des exportations intérieures

Les avancées s'avèrent cependant inégales. "En matière de commerce, par exemple, les pays des sous-régions des Balkans occidentaux et d’Afrique du Nord se sont intégrés plus étroitement au reste de la région de l’UpM, tandis que le Levant (Liban, Palestine et Jordanie) et Israël sont restés bien en deçà de leur potentiel", révèle le document.

Certains chiffres masquent des réalités. Ainsi, en 2018, les pays de l’UpM ont exporté près de deux fois plus de marchandises vers d’autres pays de l’UpM que vers le reste du monde et le marché intrarégional, dont l'importance est restée relativement constante depuis 1996, représentait plus de 20% du commerce mondial. Mais, ces échanges demeurent concentrées sur la rive Nord de la Méditerranée. L'Union européenne représente plus de 95% des exportations intérieures de marchandises et 93% des exportations extérieures.

Au-delà des constats, le rapport contient des recommandations pour faire avancer l'intégration régionale. Pour Nasser Kamel, "la méthodologie appliquée est scientifique, mais orientée vers des politiques et des mesures devant être prises par les États membres pour combler les lacunes." Carlos Conde parle de "construction d'une architecture des politiques publiques" et souhaite que les dirigeants des pays méditerranéens se posent également la question de savoir "quelles sont les conditions nationales nécessaires pour pouvoir s'intégrer ?"

Un potentiel commercial inexploité dans la région

"Plusieurs initiatives politiques des pays de l'UpM sont possibles pour libérer le potentiel commercial inexploité dans la région, comme le renforcement d’une collaboration sur les réglementations commerciales, y compris l'adoption d'accords de commerce des services plus ambitieux, et l'homogénéisation de procédures, telles que l'adoption de règles d'origine communes. Cependant, l'amélioration de l'environnement général du commerce, y compris l'accès aux transports et au financement, pourrait rester inefficace en l'absence de diversification industrielle", préconise le rapport.

Deux handicaps freinent encore l'intégration : "l'insuffisance d'infrastructures de transport et de connectivité énergétique et l'absence de vision commune sur la mobilité humaine en tant que moteur de l'innovation et de la croissance dans la région". En 2020, la Banque mondiale estimait qu’au cours des cinq à dix prochaines années, la région Mena devra investir plus de 7 % de son PIB régional annuel dans l’entretien et la création d’infrastructures. Le trafic de fret entre les pays de la région Mena ne représente que 5% du trafic total de fret en Méditerranée, tandis que le trafic entre les ports européens est de 70% et qu'entre l'Europe et l'Afrique du Nord, il n'atteint que les 15%.

"Ce rapport vient nous dire qu'il faut faire davantage", souligne Nasser Kamel, rejoignant Carlos Conde qui affirme que "l'intégration est la meilleure option politique."




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