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L'émissaire de l'Onu pour le Sahara occidental démissionne officiellement pour "raisons de santé"


Alors qu'Horst Köhler a démissionné de son poste d'émissaire de l'Onu pour le Sahara occidental, certains accusent le Maroc, la France et les États-Unis de lui avoir mis des bâtons dans les roues pour l'empêcher de mener à bien sa mission. Outre ses problèmes de santé, ceci aurait joué dans sa décision de se retirer.


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La Minurso veille au cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario (photo : Onu/Martine Perret)
La Minurso veille au cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario (photo : Onu/Martine Perret)
MAROC. C'est par un appel téléphonique à Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, mercredi 22 mai 2019, que Horst Köhler a présenté sa démission de ses fonctions d'émissaire de l'Onu pour le Sahara occidental. L'ancien président allemand (2004 à 2010) occupait ce poste depuis juin 2017. S'exprimant le lendemain depuis New York, Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général, précisait qu'Horst Köhler (76 ans) a justifié son départ pour des "raisons de santé". "Le secrétaire général a vivement regretté la démission mais a déclaré comprendre parfaitement la décision et adresser ses meilleurs voeux à M.Köhler", soulignait-il. Tout en précisant qu'Antonio Guterres lui "exprimait sa profonde gratitude pour ses efforts constants et intensifs, qui ont jeté les bases d'un nouvel élan du processus politique sur la question du Sahara occidental".

Parmi les réussites de l'émissaire figure l'organisation de deux tables-rondes à Genève (décembre 2018 et mars 2019) réunissant l'ensemble des parties concernées (Maroc, Front Polisario, Algérie et Mauritanie), alors que les discussions se trouvaient au point mort depuis six ans. Une troisième devait se tenir avant l'été 2019. Les quatre belligérants ont tous rendus hommage à son action, regrettant son départ.

"Sans soutien unanime au sein du Conseil de sécurité"

Le Polisario revient, vendredi 24 mai 2019, sur cette démission, évoquant, en plus des problèmes de santé du diplomate, une autre cause : l'impasse de sa mission. Interrogé par le journal Sputnik, Mhamed Khadad, membre de la direction et responsable des relations extérieures du Polisario, affirme qu"il faut bien signaler que depuis sa nomination au poste d'envoyé spécial du secrétaire général de l'Onu, beaucoup d'obstacles ont été érigés sur sa route." Il parle notamment de la volonté d'Horst Köhler d'associer l'Union africaine et l'Union européenne à la solution du conflit en indiquant que "malheureusement son travail a été entravé et carrément saboté par l'attitude du gouvernement français qui à New York ne voulait pas que le mandat de la Minurso (NDLR : Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental) soit réduit à six mois." Et de poursuivre, "c'est la France qui a pesé de tout son poids pour l'Union européenne signe de nouveaux accords incluant le territoire du Sahara occidental en violation flagrante des décisions de la Cour de justice de l'Union européenne."

Mhamed Khadad accuse également la France et les Etats-Unis d'avoir empêché l'émissaire d'obtenir un consensus au conseil de sécurité pour faire voter une résolution. "Au bout du compte, M.Köhler s'est trouvé sans soutien unanime du Conseil de sécurité, sans soutien de l'Union européenne, en plus du travail de sape méthodique mené par le Maroc pour empêcher que l'Union africaine joue son rôle dans la résolution du conflit qui n'a que trop duré", conclut le dirigeant du Polisario.

Implication de la diplomatie marocaine ?

Le journal marocain Yabiladi met aussi son grain de sel en parlant de "la pression du Maroc" et de l'attitude du Royaume chérifien "toujours opposé au désir clair de Köhler d'impliquer l'Union africaine dans le règlement de ce conflit régional". Son confrère et compatriote Le 1.ma en titrant : "Sahara : Horst Köhler n'a pas démissionné pour des raisons de santé". Le site attribue son départ au vote de la résolution 2468 par le Conseil de sécurité du 30 avril 2019, vécu comme un échec personnel. "Le Maroc a réussi à faire barrage à toute tentative d'intégration du contrôle des droits de l'homme, aussi bien dans les prérogatives de la Minurso que dans les Missions de l'Union africaine", publie le média marocain. Cette résolution, outre le prolongement jusqu'au 31 octobre 2019 du mandat de la Minurso -  garante d'un cessez-le-feu signé entre le Maroc et le Front Polisario en septembre 1991 -, appelle à trouver une solution politique à ce conflit. Le 1.ma s'étonne également de la rapidité de réaction de Nasser Bourita, ministre marocain des Affaires étrangères, à l'annonce surprise de la démission de l'émissaire onusien. Il la trouve "révélatrice de l'implication de la diplomatie marocaine dans cette décision".
Selon les informations recueillies par Yabiladi, "Nasser Bourita aurait effectué un très discret voyage aux Etats-Unis la semaine dernière, où il aurait exprimé le refus catégorique de Rabat de poursuivre le processus de négociation avec Köhler".

Le prédécesseur d'Horst Köhler, Christopher Ross, avait également démissionné en 2017 après huit ans à ce poste.

Le conflit qui oppose le Maroc et le Sahara occidental (ancienne colonie espagnole jusqu'en 1976) dure depuis quarante-quatre ans. Rabat considère ce territoire de 266 000 km² et de 603 000 habitants (chiffre 2017) comme une de ses provinces, le Front Polisario et sa République arabe sahraouie démocratique (RASD) autoproclamée réclame un référendum d'autodétermination, et l'Onu le classe sur sa liste des "territoires non autonomes" depuis 1963. La Mauritanie a renoncé à toute revendication depuis 1979. Le Maroc contrôle 80% du Sahara occidental et le Front Polisario les 20% restants.


Vendredi 24 Mai 2019

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