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L'émergence du financement islamique en Espagne



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Les possibilités de financement se mesurent en Espagne en « plusieurs dizaines de millions d'euros » selon Najia Lotfi, fondatrice et présidente du Centre d’Études et de Recherche en Économie et Finances Islamiques.


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Najia Lotfi, fondatrice et présidente du Centre d’Études et de Recherche en Économie et Finances Islamiques (photo F.Dubessy)
Najia Lotfi, fondatrice et présidente du Centre d’Études et de Recherche en Économie et Finances Islamiques (photo F.Dubessy)
ESPAGNE. Le financement islamique vient de naître officiellement en Espagne, après deux ans de gestation. Deux ans de travail acharné pour Najia Lotfi, fondatrice et présidente du Centre d’Études et de Recherche en Économie et Finances Islamiques (CEIFI selon les initiales en espagnol). Cette structure créée en 2013 sert de matrice pour développer une activité inexistante jusqu'ici en Espagne : « Notre premier objectif, c'est la promotion et la sensibilisation au financement islamique, à travers des formations notamment », explique Najia Lotfi, qui a défriché le terrain en faisant sa thèse sur ce thème à Barcelone, où elle enseigne aujourd'hui à ses étudiants les bases de ce type de financement, tout en assurant le développement du CEIFI. Avec l'inauguration en 2015 du premier instrument opérationnel de financement islamique en Espagne, la coopérative CoopHalal, grâce à l’appui d'une trentaine de partenaires.
 
C'est donc en ce sens la véritable naissance du financement islamique en Espagne, puisque cette coopérative a vocation à mettre en relation les entrepreneurs et les bailleurs de fonds, en assurant la « labellisation » des projets sélectionnés. À travers d'abord « la vérification de la conformité avec la charia », explique la présidente de CEIFI, « dont l'absence de tabac, d'alcool ou d’armement, et plus généralement de tout élément qui peut nuire à l'être humain et l'environnement, pour être en accord avec les bases islamiques ». Cette certification est réalisée en partenariat avec le cabinet marocain Al Maali, à Casablanca. CoopHalal examine bien sûr parallèlement la viabilité économique du projet.  

« Un premier pas qui en appelle beaucoup d’autres »

Deux mois seulement après sa création, CoopHalal a déjà concrétisé un premier projet : un futur restaurant d'Alicante qui profitera d'un prêt de 10 000 € de la part de la coopérative. « C'est un petit dossier », reconnaît Najia Lotfi, « mais c'est un premier pas qui en appelle beaucoup d’autres ». Car le soutien à cette entreprise a valeur de test pour des centaines de bailleurs de fonds qui seraient prêts à s’engager en Espagne, selon la présidente de CoopHalal. L'objectif est même clairement déterminé : « Disposer d'un million d'euros d'ici un an ou deux ». Avec l'appui d'investisseurs originaires essentiellement du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord.

C'est pour cela que le CEIFI travaille aussi activement, dans le cadre de son activité de « recherche », à mettre sur pied des propositions d'adaptation juridiques et fiscales pour permettre aux banques islamiques de s'intégrer dans la législation espagnole. « C’est un type de financement qui est par exemple pénalisé aujourd’hui dans le cas d'un prêt immobilier, puisque la démarche oblige l'acquéreur à passer par l'intermédiaire d'une banque islamique, ce qui représente une double transaction au regard de la législation espagnole actuelle, et génère donc une double imposition ; de fait, dans ce schéma, le financement islamique n'est tout simplement pas viable d'un point de vue concurrentiel et économique ». Najia Lotfi ne prend pas l'exemple au hasard, puisque le secteur immobilier espagnol est l’un des segments qui intéresse le plus les investisseurs concernés par le financement islamique. Un marché où les propriétaires (dont les banques espagnoles et leurs stocks d'invendus) attendent anxieusement que la reprise se concrétise. Et ici, les dossiers se mesurent en dizaine de millions d'euros. Le CEIFI travaille ici en partenariat avec le cabinet d'avocats catalan Roca Junient, dans l'optique de déposer une proposition de loi pour faire évoluer la législation espagnole.  

Première police d’assurance « takaful »

Un partenariat avec le groupe mutualiste catalan Mussap (photo CEIFI)
Un partenariat avec le groupe mutualiste catalan Mussap (photo CEIFI)
Ces contingences n'empêchent pas cependant le CEIFI de faire évoluer la cause du financement islamique en Espagne sur le terrain aussi de la distribution de produits d'assurance. C'est tout le sens du partenariat qui vient d'être signé entre CoopHalal et le groupe mutualiste catalan Mussap : il s'agit de la première police d’assurance « takaful », concernant le rapatriement des cadavres au pays d'origine. « Toute l'originalité de ce produit d'assurance, c'est qu'il a plusieurs dimensions puisqu'il peut être également rémunéré ». Les cotisations perçues par Mussap seront en effet investies au sein de CoopHalal et pourront éventuellement générer des bénéfices qui seront, dans ce cas, reversés aux assurés. Le groupe mutualiste Mussap étant commissionné en tant que gestionnaire de ce produit d'assurance.

« Là aussi, l'initiative a valeur de test puisque nous avançons en terrain vierge », ajoute la responsable du CEIFI, laissant ainsi entendre les possibilités de développer cette offre vers d'autres segments lus classiques, comme l'assurance automobile par exemple. Le directeur général de Mussap, Lluis Cañabate, confirme cet optimisme : « Les principes du financement islamique coïncident parfaitement avec notre philosophie, c'est une logique de répartition des bénéfices en total accord avec la logique mutualiste. »

Une économie solidaire et sociale

Sergi Jimenez, secrétaire général de CoopHalal : « « Nous ne sommes pas une banque, mais un mouvement coopératif » (photo Francis Matéo)
Sergi Jimenez, secrétaire général de CoopHalal : « « Nous ne sommes pas une banque, mais un mouvement coopératif » (photo Francis Matéo)
Pour cela, le financement islamique devra d'abord outrepasser des difficultés liées à son nom en Espagne : « Le terme n'est pas forcément tout de suite compréhensible, et peut prêter à des confusions malheureuses », convient Najia Lotfi, qui milite aussi pour faire prendre conscience que ce mode de financement s'applique autant aux petits qu'aux grands projets, et pas seulement bien sûr pour des entrepreneurs musulmans. « Ce que nous voulons, c'est un autre modèle économique qui entre dans le cadre de l'économie solidaire et sociale, mais avec la spécificité islamique », ajoute la présidente du CEIFI. Confiance, transparence et justice (à travers notamment la répartition du résultat) sont ici les maîtres mots. « Nous ne sommes pas une banque, mais un mouvement coopératif, ce qui est très important, même si cela n'entrave en rien notre capacité opérationnelle », souligne Sergi Jimenez, secrétaire général de CoopHalal. : « Ce qui ne nous empêcherait pas d’avoir éventuellement des participations dans d'autres organismes financiers agréés selon les règles de la charia.»
 
Najia Lotfi voit même plus loin : « Notre troisième grand axe de réflexion concerne la création d'une société de consulting pour répondre directement et rapidement à toutes les questions des créateurs d'entreprises qui veulent accéder au financement islamique en Espagne ». Cette structure permettra également aux entreprises espagnoles de développer plus aisément leurs activités sur les rives sud et est de la Méditerranée, pour mieux travailler avec des banques locales selon les règles du financement islamique.  

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Article réalisé en partenariat avec largusdelassurance.com
 

Mardi 15 Septembre 2015

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