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L'an 1 du Hirak algérien


Le 22 février 2020, le Hirak (mouvement populaire en arabe), né voici tout juste un an pour crier son refus d’un cinquième mandat du Président Abdelaziz Bouteflika, soufflera sa première bougie.


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Les manifestations pacifiques se poursuivent tous les vendredis (photo : DR)
Les manifestations pacifiques se poursuivent tous les vendredis (photo : DR)
ALGÉRIE. Voici un an exactement, le vendredi 22 février 2019, les Algériens commençaient à marcher dans les rues des villes du pays pour dire non au cinquième mandat annoncé officiellement par les autorités du pays. Quelques jours après, le mardi 26, les étudiants choisissaient à leur tour ce jour de semaine pour effectuer une marche hebdomadaire avec les mêmes revendications. Une année après, ces manifestations toujours importantes, mais résolument pacifiques, se poursuivent chaque vendredi aux quatre coins du pays.

Au refus du cinquième mandat s’ajouteront la dénonciation de la corruption endémique gangrénant le pays, le retour à la souveraineté populaire, les droits démocratiques et un changement de régime.

En un an, le Hirak (mouvement populaire en arabe) a obtenu d’importants acquis et remodelé en profondeur le paysage politique, même si le pouvoir reste solidement en place. Brisant la peur, le mouvement a réimposé un droit de manifester formellement interdit dans la capitale depuis 2001 et empêché de fait dans le reste du pays, à l’exception des wilayas de Bejaia, Tizi Ouzou et Bouira où le rapport de forces permettait aux manifestants de marcher dans la rue.
Le mouvement ne se contenta pas de cet acquis. La mobilisation populaire continue et de plus en plus massive a contraint Abdelaziz Bouteflika à renoncer à se présenter à l’élection présidentielle du 18 avril 2019 puis à l’annuler et à limoger le gouvernement du Premier ministre Ahmed Ouyahia.

Le "Hirak béni"

Ces décisions ont exacerbé les conflits au sein du pouvoir, ce qui a amené le Haut commandement de l’armée, alors dirigé par feu le général de corps d’armée et vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah, à pousser Abdelaziz Bouteflika à la démission.
Deux anciens Premiers ministres (Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal) ainsi que des ministres, fonctionnaires, hommes d’affaires, responsables de la police et hauts gradés de l’armée  ont été mis en prison. Le frère et ex-conseiller du président Bouteflika ainsi que les deux patrons des services de sécurité des trois dernières décennies, les généraux Mohamed Mediène et Athmane Tartag ont été emprisonnés et jugés par un tribunal militaire.
Le Hirak a empêché la tenue du scrutin présidentiel fixé au 4 juillet par Gaïd Salah, l’homme fort au pouvoir à cette époque, et Abdelkader Bensalah, ex-président du Conseil de la nation (sénat) propulsé, en vertu de la Constitution, au poste de chef de l’Etat par intérim.

Le pouvoir a réagit  alors en annonçant, à la rentrée de septembre, la tenue d’une troisième élection présidentielle le 12 décembre 2019. La répression de manifestants (interpellations, arrestations, condamnations…), l’empêchement de manifestations dans certaines villes ou la fermeture partielle des voies d’accès à la capitale les vendredis contribueront à réduire quelque peu l’ampleur des manifestations hebdomadaires. Une partie des marcheurs ont adhéré à ce scrutin, ce qui a renforcé ce recul.
La mobilisation reprendra cependant de plus belle à compter du mois de novembre sans pouvoir toutefois empêcher la tenue du scrutin considérée par les manifestants comme un passage en force.
Boycotté en Kabylie, le scrutin du 12 décembre a vu le taux d’abstention connaître un nouveau pic historique dans le reste du pays et à l’étranger (Europe,  Amérique du Nord, pays arabes…). Mais Abdelmadjid Tebboune  a été proclamé vainqueur et a remplacé  ainsi Abdelaziz Bouteflika au poste de président de la République.

Cela n’a  pas empêché pas la mobilisation populaire de se poursuivre et de connaître un nouveau regain là où elle avait régressé. Aujourd’hui, le président, son Premier ministre Abdelaziz Djerad et tous les membres de son gouvernement remercient à chacune de leurs interventions le « Hirak béni », bien que celui-ci refuse de leur accorder la moindre légitimité et demande un changement de régime.

Les autorités lâchent du lest

Le Hirak réclame un changement de système (photo :DR)
Le Hirak réclame un changement de système (photo :DR)
L’empressement des autorités à saluer le Hirak et à réitérer leur volonté d’améliorer la situation sociale des couches déshéritées, de défendre l’économie nationale face aux prédateurs et de réviser la Constitution pour aller vers la démocratie vise à retisser un lien de confiance entre la population et le pouvoir, car les Algériens n’acceptent plus l’ancienne gouvernance.
Une course de vitesse est donc lancée entre, d’une part, des autorités qui multiplient les signes de bonne volonté dans l’espoir de désamorcer la crise et, d’autre part, un mouvement populaire qui ne faiblit pas et qui crie sa méfiance basée, en particulier, sur le maintien de détenus en prison, la condamnation d’autres, l’interpellation continue de marcheurs, l’empêchement par les forces de polices de manifestations dans certaines villes moyennes…

Les mesures annoncées par le gouvernement, si elles vont dans le bon sens, devront être portées au crédit du Hirak qui, en maintenant sa pression, contraint les autorités à lâcher du lest à défaut de négocier l’ouverture d’une transition démocratique unanimement revendiquée par les manifestants.

Acia Kaci, à ALGER
Vendredi 21 Février 2020

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