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L'ambassadeur de France en Grèce veut rassurer les investisseurs


Christophe Chantepy, ambassadeur de France en Grèce, évoque pour econostrum.info les investissements français dans ce pays.



Christophe Chantepy (photo : Ambassade de France en Grèce)
Christophe Chantepy (photo : Ambassade de France en Grèce)

econostrum. info : La Grèce entre dans sa huitième année de récession, n’est ce pas une utopie de vouloir faire venir des investissements français ?
 
Christophe Chantepy : Lors d'un forum en novembre 2016*, nous avons invité une grande partie de l’écosystème français de l’innovation, les start-ups, incubateurs, pole de compétitivité, laboratoires universitaires, etc... Ils sont venus ici pour rencontrer l’écosystème grec de l’innovation. Ceci étant, les prévisions actuelles de croissance pour 2017 pour la Grèce ne parlent pas de récession mais au contraire d’une croissance de 2,7%.
 
Ce ne sont que des prévisions...
 
CC : Ce que je veux dire c’est : Est-ce que l’économie va commencer à décoller ou continuer d’être flapie. Il existe peut être toujours une part d’utopie dans le volontarisme. Parce que c‘est du volontarisme. Je m’explique. Lorsque le président Hollande est venu en octobre 2015 ici, il a fait une promesse à la Grèce, celle de faire en sorte que les investisseurs viennent ou reviennent en Grèce. Et pour ceux qui y sont, qu’ils développent leurs investissements. Et cette promesse nous nous employons, ici à l’ambassade, à la concrétiser.

Donc, c’est du volontarisme. Cela veut dire que nous décrochons notre téléphone car nous y croyons et nous prenons le temps de convaincre les investisseurs français de venir en Grèce.
 
Avec quels arguments ?
 
C.C. : Nos arguments étaient de dire que premièrement le secteur de l’énergie et de l’environnement, l’énergie verte, l’isolation, est un des quatre-cinq secteurs sur lesquels la Grèce a un potentiel très fort, et deuxièmement que c’est le moment de venir parce que, grâce aux efforts effectués par la Grèce pour sortir de ses problèmes budgétaires, avec le troisième programme d'aide, les perspectives pour la Grèce s’éclaircissent.

La place de la Grèce dans la zone Euro n’est plus posée. Les finances publiques sont tenues. Tout ceci permet de restaurer pour les investisseurs un climat de confiance et de se dire : Je reviens dans ce pays, parce qu’il ne risque plus de retomber, comme il est retombé plusieurs fois depuis le début de la crise, dans des difficultés insurmontables.

Des entreprises ont été quasiment convaincues, il a fallu en convaincre d'autres. Parmi celles qui sont venues, je ne parle pas des très grandes, je parle des entreprises de taille intermédiaire, donc 500-600-1000-2000 salariés donc pas de taille internationale mais de taille nationale, française, il y en a deux ou trois qui nous ont dit:  "Ok, on vient pour voir, mais sans garantie d’achat".
Après la journée qu’elles ont passées ici, le soir elles nous ont dit : "nous sommes vraiment très contents d’être venus, parce que nous avons noué des contacts prometteurs". Après, il faudra voir sur quoi cela débouche.


"Il faut éclairer l'avenir"

Qu'est-ce qui séduit le plus les entreprises françaises ?
 
C.C. : Quand on appréhende la Grèce depuis huit ans uniquement à travers la presse, on n’y voit qu’une succession de catastrophes, de problèmes, négociations sans fin, donc l’image de la Grèce est une image totalement réductrice faisant totalement abstraction du potentiel réel des entreprises grecques et collectivités locales grecques. Même si elles n’ont pas beaucoup d’argent, elles disposent d'une grande capacité du point de vue intellectuel avec des laboratoires de recherche et des innovations. En une journée ils ont découvert tout ça, la vraie Grèce, la Grèce qui n’est pas que celle des problèmes budgétaires, de la dette, des négociations sans fin. Et ils se sont dit mais là il y a des partenaires qui sont, potentiellement, super intéressants. Parce que c’est un secteur qui est porteur en Grèce parce qu’il y a des compétences, des envies de faire .On peut faire des choses ensemble.
 
Vous parlez de certains secteurs de l’économie qui sont très positifs, mais il existe quand même de gros points noirs de l’économie : la dette, 180% du PIB, le chômage, qui est encore à 24% un des plus hauts taux d’Europe. Comment les investisseurs passent outre ces deux éléments ?
 
C.C. : Le chômage en lui même n’est pas un obstacle pour les investisseurs . En Grèce les jeunes et les moins jeunes ont des compétences, ils sont qualifiés, Quant à la question de la dette et de la soutenabilité de la dette, je dirai qu’il faut arrêter de s’obnubiler là dessus. La question est : Est-ce qu'un pays se trouve capable, avec ce qu’il produit chaque année, de rembourser la part de dette qu’il doit rembourser chaque année, les intérêts de la dette et, éventuellement, un peu du capital. Là se situe la question essentielle. Et là, effectivement, pour les investisseurs, il s'agit d'un vrai questionnement. Un pays dont la dette n’est pas soutenable, est un pays qui potentiellement se trouve en faillite, et donc les investisseurs se disent : dans un pays en faillite, que va-t-il se passer ?

Il est extrêmement important d’apporter des garanties pour démontrer que la dette grecque est soutenable. La France souhaite discuter du problème de la dette grecque au-delà des mesures de court terme, c’est à dire au-delà de la fin du troisième programme à la fin 2018. Et qu’on en discute tout de suite. Il faut éclairer l’avenir. Les investisseurs ont besoin qu’on leur apporte la démonstration mathématique qu'au-delà de 2018, il n'existera pas de problème de soutenabilité de la dette grecque.

"Il faut des mesures à moyen terme"

Les investisseurs sont rassurés par ce léger toilettage ?
 
C.C. : Ca les rassure déjà, bien évidemment, mais il est clair que, si vous faites un investissement dans un pays ce n'est pas que pour deux ans. Donc, les investisseurs demandent la démonstration qu'au-delà des mesures de court terme existent des mesures de moyen terme.

Votre argument massue pour l’investisseur est de dire que la Grèce restera dans la zone Euro. La question est réglée, la Grèce s’est donnée les moyens d’y rester, c’est donc un boulevard pour vous ?
 
C.C.: Ce n’est pas un boulevard. Des mouvements sociaux restent encore possible comme en France ou ailleurs. Un entrepreneur sait faire avec ça. La question de savoir en revanche si la Grèce reste ou non dans la zone Euro demeurait une question absolument fondamentale. Et cette question a été réglée depuis l'été 2015. Elle s’est posée à un moment où, en vingt-quatre heures il pouvait être décidé que la Grèce sortait. Par le gouvernement grec, d’abord. A ce moment là, la question dans sa pureté s’est posée et la réponse a été apportée politiquement au plus haut niveau de l’ensemble des dirigeants de la zone Euro. Donc elle est réglée.

Difficultés à travailler avec l'administration grecque

De quoi se plaignent le plus les investisseurs français ou d’autres pays de la zone euro ici en Grèce? Qu’est ce qui les empêche d’être plus performants, qu’est ce qui les bloque ?
 
C.C.: Ce qui pouvait freiner des investisseurs français qui ne connaissent pas la Grèce était de se dire : vous êtes gentils mais tout ce que je lis depuis huit ans sur la Grèce n’est qu’une succession de catastrophes et d’incertitudes, surtout d’incertitudes : Est ce qu’ils vont boucler la première revue, la deuxième revue, puis demain la troisième, après demain la quatrième, je ne sais pas combien il y en aura.

Ils commencent progressivement par être rassurés car le gouvernement grec, qui plus est un gouvernement de gauche, met en place des mesures, respecte la signature apporté sur l’accord de l’été 2015. Parfois ça traine un peu, ça grince on l’a vu, mais les choses avancent. Le troisième programme est en train d’être mis en place. Financièrement les choses sont tenues, les rentrées fiscales augmentent, le surplus budgétaire primaire se trouve au rendez vous et plus qu’au rendez vous. Ceci a permis au gouvernement grec de consentir un petit avantage sur les retraites les plus faibles en fin d’année. Preuve que les finances publiques de la Grèce sont tenues.

Nous faisons aussi notre boulot, à l’ambassade. Nous prenons le temps de convaincre les entreprises françaises avec de vrais arguments. Quant à celles qui sont là, je les rencontre régulièrement, il n’y a qu’une chose, qui, pour elles demeure toujours encore un peu compliqué, les responsables politiques grecs de la majorité de l’opposition le savent, c’est la difficulté de travailler avec l’administration grecque. Des progrès sont faits, d'autre restent à faire. Le gouvernement grec travaille à la réforme de son administration, mais il reste encore beaucoup de lenteurs et de lourdeurs. Ce problème constant et préoccupant ressort dans toutes les discussions.

"Le travail de codification des lois est engagé"

Et la rétroactivité des lois ?
 
C.C. : Ce n’est pas tant la rétroactivité des lois que globalement, mais c’est liée à la question de l’administration, la difficulté à trouver la bonne norme de droit applicable à un problème particulier. Un travail a été engagé mais c’est toujours un travail de très longue haleine de codifier les lois.

Ce ne sont pas les fonctionnaires français qui vont aider la Grèce à faire ce genre de travail ?
 
C.C.: Notamment, oui. La France se trouve en première ligne, pour l’aide, l’assistance technique sur les questions de réformes de l’Etat, de l’amélioration de l’administration. Le ministère grec de la réforme administrative y travaille mais la tâche reste énorme. La France avait pris un retard dans la codification des lois, voici vingt-cinq, trente ans. Et pour rattraper son retard elle a mis quinze ans. Les entreprises, mais aussi les particuliers, ont souvent du mal a trouver le bon texte de loi applicable.

Les intervenants dans le monde des affaires me disent que leur plus gros obstacle n’est pas tant la bureaucratie que l’instabilité juridique. Et tout le monde me parle de la rétroactivité des lois fiscales.
 
C.C.: Il y a d’une part la difficulté de trouver la bonne norme, ensuite, effectivement l’instabilité. Mais, autant je vois très bien quel est le problème du maquis des lois qui n’ont pas été codifié, abrogés proprement, donc la difficulté de trouver la bonne loi, autant la question de l’instabilité législative, notamment fiscale, reste peu en cause. Les entreprises françaises me parlent plutôt des difficultés à trouver le bon interlocuteur au sein des administrations et obtenir des réponses aux questions qu’ils leurs posent.

Si je suis entrepreneur français comment me convaincre d'investir en Grèce ?
 
C.C.: Ayez exactement le même comportement que si vous envisagiez d'investir dans n’importe quel autre pays développé. Donc ne vous dites pas "oh, c’est la Grèce", par rapport à la France, l’Italie ou le Portugal. Allez y, et ayez les mêmes réflexes que vous auriez partout : Dans quel secteur je veux investir, quel secteur est porteur en Grèce ? En gros, est-ce un secteur dans lequel il existe du potentiel de développement, vais-je y trouver des compétences, des interlocuteurs compétents ?
Donc, il faut se poser exactement les mêmes questions et puis apprendre, comme lors d'un investissement dans n’importe quel pays, en tenant compte de spécificités locales, en s'informant des règles sociales, fiscales, environnementales...
Aujourd'hui il n’y a plus aucune raison pour qu’un investisseur français, allemand ou anglais se dise, "ouh là là, la Grèce, je vais attendre". Très objectivement.



* 1er Forum franco-hellénique des affaires et de l'innovation organisé les 24 et 25 novembre 2016 à l'Institut français de Grèce à Athènes par l'ambassade de France et la chambre de commerce et d'industrie France-Grèce.


Propos recueillis par Angélique Kourounis, à ATHÈNES


Vendredi 3 Mars 2017



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