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L'accord entre Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar relance l'espoir d'une réunification de la Libye



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LIBYE. "Les deux parties se sont entendues sur la nécessité de mettre fin à la période de transition à travers des élections générales mais aussi sur les moyens de préserver la stabilité de la Libye et d'unifier ses institutions." C'est par ce simple tweet que la Mission d'appui des Nations unies en Libye (Manul - UNSMIL) a annoncé, jeudi 28 février 2019, l'accord conclu entre Fayez al-Sarraj, chef du gouvernement d'union nationale (GNA) et le maréchal Khalifa Haftar lors d'une conférence secrète à Abou Dhabi sous l'égide de Ghassan Salamé, émissaire des Nations unies pour la Libye.

Le premier tente, à partir de Tripoli et avec l'appui de la communauté internationale, de régner sur la totalité de la Libye. Mais n'administre effectivement qu'une partie de l'Ouest du pays à cause d'un Parlement rival implanté à Tobrouk.
Fayez al-Sarraj doit son siège aux Accords de Skhirat paraphés dans cette ville marocaine en décembre 2015 considérés depuis décembre 2017 comme caduque par le maréchal Khalifa Haftar. Il déclarait d'ailleurs à l'époque, "tous les corps issus de cet accord perdent automatiquement leur légitimité, contestée déjà dès le premier jour de leur fonction." Le texte prenait effectivement fin deux ans après sa signature.

Depuis, libre cours a été laissé à la compétition sur le terrain entre les deux adversaires politiques. L'un s'avoue bien impuissant à exercer son autorité, menacé qu'il est jusque dans sa capitale (voir l'épisode ubuesque de l'évasion de prisonniers en septembre 2018), l'autre fascine par ses conquêtes et sa main-mise sur la ressource pétrolière (voir plus bas), avec une influence qui ne cesse de croître.
Il avait donc beau jeu d'indiquer ne pas vouloir rencontrer le chef du GNA, "parce qu'il ne contrôle pas la situation à, Tripoli et surtout parce qu'il n'a rien à offrir", déclarait-il encore le 25 février 2019 au site The Libyan adress.

L'enjeu pétrolier déterminant pour l'avenir économique du pays

La réunion de Paris fin juillet 2017 prévoyait des élections avant la fin de l'année 2018. L'échéance est désormais fixée avant la fin de l'année 2019 (photo : Gouvernement d'union nationale libyen))
La réunion de Paris fin juillet 2017 prévoyait des élections avant la fin de l'année 2018. L'échéance est désormais fixée avant la fin de l'année 2019 (photo : Gouvernement d'union nationale libyen))
Le maréchal reste tout puissant dans l'Est à la tête de son Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée - tout en poussant désormais vers le Sud-Ouest et la région du Fezzan, pour chasser les jihadistes (qu'il a déjà réussi à déloger de Benghazi durant l'été 2017) et les trafiquants - et contrôle notamment les champs pétroliers. Ces ressources essentielles à l'avenir économique du pays demeurent des enjeux de pouvoir de la part des belligérants.

Mardi 26 février 2019 encore, la NOC (Compagnie nationale libyenne du pétrole), à l'issue d'une rencontre à Abou Dhabi entre son président Mustafa Sanalla et Fayez al-Sarraj, publiait un communiqué demandant la reprise de la production du champ pétrolier de Sharara, fermé pour "cause de force majeure".
Depuis récemment tombé aux mains de l'ANL, le pétrole n'y coule plus depuis décembre 2018. "Le champ est fermé en raison de la présence d'un groupe de civils, d'une milice armée et de plusieurs militaires", précisait le patron de la NOC. "Les garanties et dispositifs de sécurité annoncés précédemment sur le site doivent être mis en oeuvre pour empêcher de nouveaux actes d'agression et de violence à l'encontre des travailleurs du secteur pétrolier libyen. En aucun cas, les menaces futures pour le personnel ne seront tolérées", insistait-il. Tout en précisant qu'il "souhaitait obtenir l'assurance du commandement de l'Armée nationale libyenne que tous les mandats d'arrêt en attente seront exécutés et que les parties recherchées seront retirées du terrain." Mustafa Sanalla réitère d'ailleurs son message sur "la tolérance zéro de la NOC vis-à-vis de l'extorsion de fonds."

En plein chaos depuis huit ans et la chute suivie de l'assassinat de Mouammar Kadhafi, la Libye se trouve divisée en deux parties, sans compter les nombreuses milices qui sèment le désordre.

Les Émirats arabes unis prennent la main sur le dossier

Fayez Al-Sarraj a rencontré à Dubaï le Cheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, vice-président et premier ministre des Emirats arabes unis et souverain de Dubaï, et le Cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, vice-présdient du gouvernement et ministre des Affaires présidentielles (photo GNA)
Fayez Al-Sarraj a rencontré à Dubaï le Cheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, vice-président et premier ministre des Emirats arabes unis et souverain de Dubaï, et le Cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, vice-présdient du gouvernement et ministre des Affaires présidentielles (photo GNA)
Après plusieurs échecs -  le dernier en novembre 2018 à Palerme - les deux hommes ont décidé à Abou Dhabi des "moyens de maintenir la stabilité dans le pays et d'unifier ses institutions", comme l'indique la Manul, et surtout d'un calendrier devant mener à des élections générales, maintes fois promises. Elles pourraient se dérouler en 2019 comme le souhaitent l'Onu et l'Union africaine.
En mai 2018 à Paris, ils s'étaient quittés avec un accord simplement oral - conclu par une déclaration conjointe publiée mais non signée par les intéressés - pour organiser cette présidentielle et ces législatives le 10 décembre 2018. Il n'en a rien été. La poursuite du conflit et aussi un blocage politique ont eu raison de la bonne volonté de Ghassan Salamé, qui a préféré renoncer à son agenda.

Selon l'Onu, en vertu de la nouvelle entente, une grande conférence nationale devrait se tenir fin mars 2019 vers Tripoli.

Après le Maroc, la France et l'Italie, le salut pourrait donc venir des Émirats arabes unis qui ont désormais pris la main sur le dossier.  Et ceci n'est pas neutre. Face aux échecs précédents, la diplomatie émiratie - qui semble avoir, elle, avoir misé sur le bon cheval en soutenant Khalifa Haftar -, ouvre la voie à une solution pour la réconciliation en Libye et la fin du conflit.

Un nouveau gouvernement d'unité, issu des urnes, assurerait de "mettre fin de la période de transition", comme l'indique la Manul, et donc la réunification de la Libye. Reste que les scrutins vont être difficiles à organiser dans une Libye morcelée.

D'autant plus que le combat politique ne devrait pas se résumer à un affrontement entre les numéros un du GNA et de l'ANL. Un nom bien connu pourrait bien jouer les trouble-fête : Saïf al-Islam Kadhafi. Le fils du colonel - amnistié par le Parlement de Tobrouk, opposé au gouvernement d'union nationale, et condamné à mort par contumace par la justice de Tripoli et réclamé par la Cour pénale internationale - a déjà fait savoir, en mars 2018 via l'un de ses soutiens à Tunis, qu'il serait candidat à la présidence.
Une ambition confirmée en décembre 2018 avec la présentation d'un programme lors d'un voyage à Moscou de deux des membres de son bureau politique. Ils défendaient d'ailleurs la feuille de route de Ghassan Salamé et le fait que "les élections sont le seul moyen de sortir de l'impasse."
Relâché de sa prison de Zintan (Est du pays) en juin 2017, Saïf al-Islam (46 ans) vit depuis caché.

Lire aussi : La guerre civile à Tripoli rouvre les cicatrices de l'histoire


Vendredi 1 Mars 2019

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