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L'UGTT et l'UTICA signent un "contrat social" avec le gouvernement tunisien


Rédigé par , le Mardi 16 Août 2022 - Lu 831 fois


Le dialogue a repris entre le président tunisien et le secrétaire général de l'UGTT (photo: DR)
Le dialogue a repris entre le président tunisien et le secrétaire général de l'UGTT (photo: DR)
TUNISIE. Jeudi 11 août 2022, Patrick Petit, expert international spécialisé en politique budgétaire auprès du Fonds monétaire international (FMI) a confirmé, auprès de Sihem Boughdiri Nemsia, ministre tunisienne des Finances, l'engagement de son institution à appuyer la Tunisie en matière de réforme fiscale.
Le lendemain, le gouvernement tunisien et les principaux syndicats de salariés et de commerçants, la puissante Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) en tête, trouvaient un accord pour entamer, dès lundi 15 août 2022, les négociations sur les réformes économiques demandées par le FMI en échange de son soutien. La Première ministre, Najla Bouden, a même parlé d'un "contrat social" conclu avec Noureddine Taboubi, secrétaire général de l'UGTT, et son homologue Samir Majoul de l'Union Tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat (UTICA), pour relever les défis nationaux.

Ces annonces successives permettent d'éclaircir la voie menant à un déblocage de l'aide de 4 mrds$ demandée au FMI par la Tunisie.

Après une interruption fin juillet 2021 en réaction à la décision du Président de la République tunisienne Kaïs Saïed de limoger son Premier ministre et de suspendre l'Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), le FMI avait repris, en novembre 2021, les discussion avec le FMI pour obtenir le déblocage d'un nouveau prêt indispensable pour ses finances. L'encours de sa dette publique a atteint 79,4% du Produit intérieur brut à la fin 2021 et devrait se situer à 80% à la fin 2022.

Simplifier le système fiscal

Plongé en pleine crise politico-économico-sociale, le pays doit absolument amorcer des réformes, notamment fiscales, qu'il faut bien financer par un programme d'aide. Côté politique, le Président Kaïs Saïed vient d'emporter une victoire, fin juillet 2022, dans les urnes, un an après avoir pris les pleins pouvoirs. Même si elle se trouve contestée à cause d'un faible taux de participation (30,5%). Son référendum a toutefois permis de faire approuver le projet de nouvelle constitution destiné à préparer les élections législatives du 17 décembre 2022. Il dispose donc de coudées un peu plus franches pour avancer son programme destiné à, enfin, faire entrer son pays dans l'après-révolution.

Sihem Boughdiri Nemsia a indiqué à Patrick Petit vouloir mettre en place des mécanismes adéquats afin de simplifier le système fiscal, moderniser l'administration fiscale et généraliser la numérisation des services destinés aux contribuables.

Agir sur le levier du système fiscal permettrait d'encourager les investissements, notamment en rendant le pays plus attractifs pour ceux venus de l'étranger. Ceci améliorerait le positionnement de la Tunisie sur la scène internationale, comme l'indique le représentant du FMI que rencontrait la ministre tunisienne des Finances. Cette dernière assure également que ces mesures participeront à la lutte contre l'évasion fiscale et l'économie parallèle.

Difficile d'adopter les réformes sans l'UGTT

Il faudra aussi s'attaquer à un autre fléau récurrent. Selon le FMI, "la masse salariale de la fonction publique en Tunisie est l'une des plus élevée au monde". L'avis date de 2018, alors qu'elle représentait 46% du budget de l'Etat, mais demeure d'actualité. En octobre 2021, un rapport du Centre d'Étude et de Réflexion sur le monde francophone (CERMF) estimait que la Tunisie allait faire "une entrée remarquée et historique" dans le Top 10 des pays africains les plus endettés avec une dette publique équivalente à 90,20% de son PIB.

L'accord signé avec l'UGTT, qui ne cessait de demander à être associée aux décisions gouvernementales et s'abstenait de toute relation avec le Président Kaïs Saïed depuis mai 2022, va permettre d'avancer plus sereinement vers l'aide du FMI. Le syndicat critique depuis plusieurs mois les réformes économiques proposées par le gouvernement tunisien -  réduction des subventions, gel des salaires dans le secteur public et restructuration des entreprises publiques - pour satisfaire aux exigences de l'institution de Bretton Woods et obtenir ses subsides.

Rien ne pourra se faire contre la volonté de ce syndicat, auteur de la chute du Président Zine el-Abidine Ben Ali en janvier 2011 et co-récipiendaire du prix Nobel de la paix en octobre 2015 en récompense à sa participation au dialogue national ayant permis de sortir de la crise post-révolution. L'UGTT peut bloquer le pays par un simple mot d'ordre de grève, comme l'a montré le récent mouvement du 16 juin 2022 destiné à protester contre la détérioration de la situation matérielle des salariés et de leurs conditions de vie.

L'agence internationale de notation Fitch relevait d'ailleurs dans une de ses études qu'il serait "très difficile" d'"adopter les réformes politiques et économiques sans le soutien de l'UGTT".

Le FMI considère cette organisation comptant environ 500 000 adhérents dans un pays de 11,9 millions d'habitants, comme un partenaire incontournable dans les négociations actuelles. D'où sa volonté que les réformes gouvernementales soient acceptées par le syndicat.




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