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L'UE refuse la pression migratoire orchestrée par Ankara


En visite à Ankara et depuis Bruxelles, les responsables européens ont réagi à la nouvelle politique turque de laisser passer les migrants et réfugiés retenus sur son sol et ainsi de favoriser une nouvelle pression migratoire aux frontières européennes.


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Charles Michel, président du Conseil européen, a affirmé à Recep Tayyip Erdogan que l'UE continuerait d'aider les civils syriens notamment ceux de la région d'Idlib (photo : Présidence turque)
Charles Michel, président du Conseil européen, a affirmé à Recep Tayyip Erdogan que l'UE continuerait d'aider les civils syriens notamment ceux de la région d'Idlib (photo : Présidence turque)
TURQUIE / SYRIE / UE. La décision d'Ankara, vendredi 28 février 2020, de laisser les migrants et réfugiés quitter son territoire pour tenter de rejoindre l'Union européenne, en particulier via les îles grecques, fait bouillir les vingt-sept ministres de l'Intérieur de l'Union européenne. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, entend par ce relâchement de la surveillance des ses frontières protester contre le manque de soutien de l'UE à ses positions dans le conflit syrien. La Turquie se trouve en première ligne face à la crise humanitaire qui touche la région d'Idlib (Nord-Ouest) avec l'avance des forces du régime syrien. Ce pays a décidé de riposter contre l'armée de Bachar al-Assad qui veut reconquérir ce territoire, dernier bastion des rebelles et des djihadistes.

"Notre décision d'ouvrir les frontières est pleinement conforme au droit international et à la Déclaration universelle des droits de l'Homme adoptée par l'Onu", lançait le président turc, mercredi 4 mars 2020 au Parlement turc, face aux députés de son parti (AKP). Il a accusé les pays européens de ne pas respecter leurs engagements quant au soutien accordé aux migrants. "Aujourd'hui, chaque pays européen qui ferme ses frontières, essayant de les renvoyer en les battant et en les frappant, violent la Déclaration universelle des droits de l'Homme", indiquait-il.

Les ministres européens de l'Intérieur disent non au "chantage" turc

Réunis à Bruxelles, mercredi 4 mars 2020, les ministres européens ont indiqué qu'ils ne céderont pas au "chantage" turc et qu'ils "rejettent fermement l'usage par la Turquie de la pression migratoire à des fins politiques. La situation aux frontières extérieures de l'Union n'est pas acceptable". Un accord signé en 2016 entre la Turquie et l'Union européenne, après la crise migratoire de 2015, prévoit une aide d'Ankara pour éviter une arrivée massive de migrants et réfugiés aux frontières de l'UE en échange d'une somme forfaitaire de 6 mrds€ abondée par des fonds européens et des contributions nationales.

Depuis le samedi 29 février 2020, selon les chiffres du ministère turc de l'Intérieur révélé par l'agence de presse Anadolu, plus de 135 000 migrants ont pu traverser la frontière entre la Turquie et la Grèce. Un chiffre contesté par les autorités grecques qui évoquent seulement 15 000 migrants à leurs frontières et l'échec de 28 000 tentatives de la franchir grâce à ses gardes-frontières. 220 personnes auraient été arrêtées après être entrées illégalement dans le pays.

Cette position ministérielle tranche avec celle plus mesurée émise, le même jour, après la rencontre de Recep Tayyip Erdogan et son ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu avec Josep Borrell, Haut-représentant de l'Union européenne, et Charles Michel, président du Conseil européen.

"Une réunion franche et nécessaire"

Dans un communiqué, citant également les réunions avec plusieurs autres ministres turcs et le vice-président turc Fuat Oktay, en présence également de Janez Lenarčič, commissaire européen à la gestion de crises, la Commission européenne souligne qu'elle est "prête à envisager de travailler à la Turquie sur une approche qui offrirait une voie politique commune." Selon son Haut-représentant, "nous avons un intérêt commun qui est de mettre fin au conflit en Syrie. Ce n'est que de cette manière que nous pourrons mettre un terme aux souffrances de la population civile et contribuer à relever les défis les plus importants auxquels la Turquie est actuellement confrontée." Josep Borrell ajoute toutefois, "une pression accrue à la frontière UE-Turquie et des actions unilatérales ne fourniront pas de réponses." Il a d'ailleurs invité la Turquie à s'"acquitter de ses obligations au titre de la déclaration UE-Turquie" et "à ne pas encourager de nouveaux mouvements de réfugiés et de migrants vers les frontières de l'UE."

Après ses discussions avec Recep Tayyip Erdogan en compagnie de Josep Borrell, Charles Michel a parlé d'"une réunion franche et nécessaire." Le président du Conseil européen a, selon un communiqué, "réitéré son soutien à la Grèce, la Bulgarie et à Chypre", mais également "salué les efforts de la Turquie pour accueillir des millions de réfugiés". Il juge "essentiel de réduire les tensions migratoires actuelles aux frontières de l'Europe" et réclame "un cessez-le-feu durable et une solution politique durable à la crise syrienne", jugeant que ces deux points sont "nécessaires de toute urgence". Charles Michel entend que "tous les acteurs respectent le droit international humanitaire. L'accès humanitaire est essentiel et l'Europe est disposée à fournir une assistance supplémentaire aux  personnes déplacées à Idlib".

Nouvelle aide humanitaire européenne à la Syrie

Tout en rappelant les efforts de solidarité déjà consentis par l'UE (17 mrds€ mobilisés par l'UE et les Etats membres depuis le début du conflit voici neuf ans), Janez Lenarčič a en effet annoncé une aide humanitaire européenne de 170 M€ pour soutenir les personnes les plus vulnérables en Syrie. 60 M€ de cette somme seront consacrés à la crise humanitaire frappant le Nord-Ouest du pays. De son côté, Recep Tayyip Erdogan affirmait face aux députés de son parti, "la Turquie a déjà dépensé 40 mrds$ pour les réfugiés et dépensera 40 mrds$ supplémentaires. Si les pays européens veulent résoudre ce problème, ils doivent soutenir notre décision sur la Syrie."

"Les violations flagrantes du droit international humanitaire sont devenues courantes dans le nord-ouest de la Syrie depuis trop longtemps. Cela doit cesser. Les attaques contre les civils, les enfants et les travailleurs humanitaires doivent cesser. Les civils à Idlib manquent de services essentiels, comme un abri et le chauffage, de la nourriture et des soins de santé. L'UE continue de soutenir les Syriens les plus vulnérables. Cependant, les parties en conflit doivent garantir un accès sans entrave et sûr à l'aide humanitaire. Les opérations humanitaires transfrontalières sont cruciales pour des milliers de personnes qui dépendent d'un soutien de sauvetage quotidien
", commente le commissaire européen à la gestion des crises.

Plus de onze millions de syriens ont encore besoin d'une aide humanitaire. Trois millions de civils, dont un million d'enfants, se trouvent en danger de mort depuis l'intensification des hostilités.

Jeudi 5 Mars 2020

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