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L'UE donne son feu vert au début des négociations d'adhésion avec la Macédoine du Nord et l'Albanie


Rédigé par , le Mardi 19 Juillet 2022 - Lu 899 fois


Le Président du gouvernement de Macédoine du Nord, Dimitar Kovačevski, a fait adopter à l'Assemblée le déblocage du processus d'intégration européenne (photo: Gouvernement de Macédoine du Nord)
Le Président du gouvernement de Macédoine du Nord, Dimitar Kovačevski, a fait adopter à l'Assemblée le déblocage du processus d'intégration européenne (photo: Gouvernement de Macédoine du Nord)
MACÉDOINE DU NORD / ALBANIE. C'est un tweet de Petr Fiala qui a dévoilé la nouvelle lundi 18 juillet 2022 en début de soirée. Le Premier ministre tchèque, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE, annonce alors que "le Conseil de l'UE vient d'accepter d'ouvrir des négociations d'adhésion avec l'Albanie et la Macédoine du Nord". Leurs deux Premier ministres respectifs, Edi Rama et Dimitar Kovačevski (désigné en janvier 2022), se trouvent, mardi 19 juillet 2022 à Bruxelles pour commencer officiellement la procédure.

Après la résolution portant sur son nom avec la Grèce en juin 2018 (l'ARYM - Ancienne république yougoslave de Macédoine - devenant Macédoine du Nord), il restait une dernière haie à franchir pour Skopje dans cette course . Elle l'a été dimanche 17 juillet 2022 par la signature d'un protocole d'accord bilatéral avec la Bulgarie lors de la deuxième réunion de la Commission intergouvernementale mixte qui se tenait dans la capitale macédonienne.

"Ce jour marque une avancée majeure qui sera cruciale pour la Macédoine du Nord, pour les Balkans occidentaux et pour l'Union européenne dans son ensemble", soulignait Josep Borrel à l'issue de cette réunion. Pour le Haut-représentant de l'UE, "nous vivons une époque de grands changements géopolitiques, de changements tectoniques. Nous avançons grâce à des décisions stratégiques et historiques. Nous nous trouvons certainement à un carrefour de l'histoire et nous sommes, comme je l'ai dit, témoins de changements dans notre environnement géostratégique - et vous en faites partie. Je suis fermement convaincu que nous ne pouvons avancer qu'ensemble, en intégrant pleinement les Balkans occidentaux dans l'Union européenne. Nous ne serions pas complets sans vous."

Josep Borrel a tenu quasiment les mêmes propos dans son discours sur l'autre pays désormais autorisé à mener des négociations d'adhésion. "Dans cette nouvelle phase, l'Albanie profitera de cette opportunité pour accélérer les réformes cruciales et se rapprocher de l'Union européenne, en s'appuyant sur le travail important qui a été réalisé au cours des années précédentes. Atteindre les normes de l'Union européenne grâce à ce processus transformera votre société, la société albanaise, et apportera des avantages concrets à vos citoyens".

La Bulgarie ne reconnaît pas le Macédonien comme langue

Élaboré par la France durant sa présidence tournante de l'UE assurée au premier trimestre 2022 (alors qu'en octobre 2019 elle avait voté contre le début des négociations avec la Macédoine du Nord comme de l'Albanie) et proposé le 30 juin 2022, le texte d'une dizaine de pages du protocole d'accord a été adopté par le Parlement macédonien samedi 16 juillet 2022 (par 68 voix sur 120). Il met fin au blocage de Sofia à la candidature de Skopje en réglant leurs nombreux différents. Ils sont notamment d'ordre linguistiques (la Bulgarie ne reconnait pas la langue macédonienne qu'elle considère comme un dialecte bulgare) et historiques (les deux pays ont le même passé ottoman).

Ou tout du moins donne la garantie que les deux voisins ont la volonté de résoudre ces litiges.

La Macédoine du Nord s'est ainsi engagée à reconnaître la minorité bulgare dans sa constitution. L'opération ne sera pas aisée cependant, car une majorité des deux-tiers sera nécessaire. L'opposition nationaliste, qui a boycotté le vote de la proposition française, a déjà dénoncé une "bulgarisation complète" de leur pays. "Nous ne bougerons pas d’un millimètre de cette décision. Il n’y a pas de retour en arrière parce que tout ce que nous avons est derrière nous, notre dignité, notre honneur, et notre Macédoine ", déclarait ainsi Hristijan Mickoski, président du groupe VMRO-DPNE (Organisation révolutionnaire interne macédonienne - Parti démocratique pour l'unité nationale macédonienne) et leader de l'opposition.

Pour Josep Borrel, "l'identité est un sujet qui a été discuté avec passion au cours des dernières semaines, des derniers mois et des dernières années. Sur votre chemin vers l'Union européenne, vous ne perdrez pas votre identité - aucun d'entre nous ne le fait. Nous avons une identité complexe à plusieurs niveaux. La Macédoine du Nord, avec son identité, sa propre identité, sa riche histoire et sa culture, a toujours fait partie de l'Europe. Vous n'avez pas besoin des conclusions du Conseil pour le savoir. Votre identité restera et elle sera enrichie par d'autres identités qui ne sont pas alternatives, mais complémentaires. La richesse de l'être humain est d'en avoir plusieurs, toutes compatibles".

Quatre candidats officiels dans les Balkans occidentaux

"La Bulgarie soutient fermement l’intégration européenne de la République de Macédoine du Nord et de l’Albanie. Nous leur souhaitons de réussir sur la voie qu’ils souhaitent emprunter depuis longtemps ", commentait, dimanche 17 juillet 2022 après la signature du protocole, Teodora Genchovska. La ministre bulgare des affaires étrangères souligne toutefois que son pays ne cèdera pas sur le problème linguistique, tout en acceptant un compromis. "Dans ses relations bilatérales avec la République de Macédoine du Nord, la Bulgarie ne reconnaît pas leur langue officielle. Toutefois, cela est un peu trop spécifique pour les vingt-six autres États membres de l’UE, car ils ont leur position et nous ne pouvons en aucun cas les obliger à accepter notre position officielle".

Les vingt-sept États membres doivent tomber d'accord pour l'ouverture de négociations d'adhésion avec un pays candidat. Il suffit du veto d'un seul pays pour fermer la porte au sein de l'UE.

Pietr Fiala voit "une nouvelle étape importante vers le rapprochement des Balkans occidentaux avec l'UE". Edi Rama le reconnait volontiers: "N'oublions pas que ce n'est pas la fin de la route, mais seulement le début d'une nouvelle étape."
Le processus d'adhésion va effectivement durer des années (voir encadré ci-dessous) alors que la Macédoine du Nord a accédé au statut de candidat à l'UE en 2005 et l'Albanie depuis 2014.

Sur les sept prétendants officiels actuels à l'UE*, cinq sont méditerranéens et quatre se situent dans les Balkans occidentaux. Mais seulement trois (Monténégro, Serbie et Turquie) ont débuté les négociations d'adhésion. La Macédoine du Nord et l'Albanie les rejoignent donc. La Bosnie-Herzégovine a déposé sa candidature en 2016, mais n'est toujours pas reconnue comme candidate. Le Kosovo a exprimé sa volonté de l'être sans déposer, à ce jour, de dossier.

Trois pays des Balkans occidentaux, la Macédoine du Nord, l'Albanie et la Serbie, ont décidé, fin juillet 2021, de conclure un accord de libre-échange en attendant que l'UE les accueille en son sein. Baptisé Open Balkans, il devrait être opérationnel au 1er janvier 2023 avec l'ouverture des frontières.

Le chemin de croix de la démarche d'adhésion

  • Signature d'un accord d'association (mise en place d'une zone de libre-échange avec l'UE
  • Dépôt de candidature au Conseil de l'Union
  • Statut de candidat approuvé par la Commission européenne par un avis officiel
  • Vote du Parlement européen sur ce statut de candidat
  • Approbation par le Conseil de l'Union de ce statut de candidats
  • Mise en place d'une stratégie de pré-adhésion (accès aux programmes européens, aides financières pour mener les réformes nécessaires...)
  • Décision d'ouverture des négociations d'adhésion par le Conseil de l'Union avec quatre critères à remplir : politique, économique, acquis communautaire, capacité d'intégration.
  • Discussion sur les 35 chapitres de l'acquis communautaire
  • Publication régulière de l'état d'avancement des chapitres après les conférences bilatérales entre l'UE et le pays candidats
  • Signature du traité d'adhésion
  • Ratification du traité d'adhésion par le pays candidat
  • Approbation du Conseil européen du traité d'adhésion
  • Accord du Parlement européen sur le traité d'adhésion
  • Ratification par tous les États membres et le pays candidat du traité d'adhésion






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