Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée

            partager partager

L'Onu tente d'avancer sur la question de Gibraltar et du Sahara occidental


Les dossiers de Gibraltar et du Sahara occidental continuent à être âprement discutés au sein du Comité spécial de décolonisation de l'Assemblée générale de l'Onu. Si les désaccords persistent, ces réunions sont l'occasion de certaines avancées.



Le Rocher de Gibraltar réclame son indépendance (photo : F.Dubessy)
Le Rocher de Gibraltar réclame son indépendance (photo : F.Dubessy)
MEDITERRANEE. Réuni à New York, lundi 11 juin 2018 en session annuelle, le Comité spécial de la décolonisation de l'Assemblée générale de l'Onu a notamment porté à l'ordre du jour les cas de Gibraltar et du Sahara occidental. Deux dossiers sensibles confrontés, à nouveau, comme l'on pouvait s'y attendre à "de profonds désaccords sur la manière de résoudre ces questions", ainsi que le souligne un communiqué de presse des Nations Unies.

Ce qui n'exclue pas, loin de là, quelques avancées. Ainsi, l'Espagne a effectué "une proposition généreuse de cosouveraineté" de Gibraltar à laquelle le gouvernement du Rocher a répondu par "Gibraltar ne sera jamais espagnole" tout en estimant nécessaires "des relations fortes et positives avec le voisin espagnol".
Représentante de Madrid, Francisca Maria Pedros Carretero exige 'la restitution des territoires occupés sans titre" en rappelant que le Royaume-Uni s'en est emparé "illégalement."

Reste que le futur Brexit risque de rebattre les cartes sur ce sujet alors que des problèmes frontaliers se font déjà ressentir depuis un an. "Notre gouvernement est prêt à travailler à des mesures pour contrer les conséquences de son "départ involontaire" de l'Union européenne, et en particulier, protéger la liberté de mouvement de tous ses citoyens, y compris les 13 500 personnes qui vivent en Espagne mais travaillent à Gibraltar", souligne Fabian Piscardo. Le ministre principal de Gibraltar, se plaint des actions de l'Espagne conduisant à "'imposer (à Gibraltar) des sanctions économiques et des restrictions les plus dures depuis l'ouverture de la frontière en 1982." Et de poursuivre, "nous sommes habitués à répondre aux contrevérités que propage sur nous dans le monde entier le gouvernement espagnol de Madrid. C'est une tactique pour décourager la communauté internationale de reconnaître le droit du peuple de Gibraltar à l'autodétermination."

Fabian Piscardo se dit "prêt à conclure d'autres accords dans des domaines d'intérêt commun, dont la transparence fiscale, la protection de l'environnement et la coopération judiciaire."

Le statut du Sahara occidental en discussion depuis 1975

Mur de sable qui sépare le Sahara occidental du Sud-Est marocain (photo : Onu / Evan Schneider)
Mur de sable qui sépare le Sahara occidental du Sud-Est marocain (photo : Onu / Evan Schneider)
La question de la souveraineté du Sahara occidental - considéré comme partie intégrante du Maroc par Rabat et comme territoire non autonome au statut non encore défini par l'Onu - demeure encore plus complexe. Après quelques soubressauts, la mission de la Minurso (Mission des Nations Unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental) vient d'être finalement prolongée, mais seulement de six mois (jusqu'au 31 octobre 2018) par la résolution 2014 du Conseil de sécurité. Elle devra encore l'être, sans doute de nombreuses fois, avant d'arriver à rallier les deux parties.

A New York, les délégués ont toutefois souligné, unanimement, les efforts du Secrétaire général de l'Onu et de son Envoyé personnel pour "encourager les négociations entre le Maroc et le Front Polisario et parvenir à une solution juste et mutuellement acceptable". Alors que le Conseil appuie la proposition marocaine d'autonomie qu'il juge comme "seule solution pour régler ce différend", Omar Hilale, représentant du Maroc, voit dans la résolution 2414 "un tournant majeur (...) car ce texte consacre l'approche du Maroc en appelant à une solution politique, réaliste, réalisable et durable."

Habilement, Omar Hilale a évoqué "les convoitises passées des puissances coloniales. Douze d'entre elles ayant par exemple occupé Tanger. Aucun pays n'a été occupé par autant de puissances que le Maroc." Pour lui, "le Maroc a graduellement recouvré son intégrité territoriale avec la récupération de certaines parties de ce qui est maintenant le territoire marocain, y compris le Sahara.  L’unique revendication du territoire du Sahara occupé alors par l’Espagne, émanait du Maroc, lequel a soumis cette question à l’attention de l’ONU en 1963." Il parle donc de "preuves irréfutables de la marocanité du Sahara."

Pour Rabat, "la solution doit inclure toutes les parties prenantes sous l'égide de l'Onu et sans l'intervention d'aucune autre organisation régionale ou internationale. Les organisations régionales se sont disqualifiées, en acceptant des entités qui ne peuvent pas être "dedans et dehors"". Est notamment visée l'Union africaine (UA) - à laquelle vient de nouveau d'adhérer le Maroc après l'avoir quitté justement à cause de l'arrivée du Front Polisario - désireuse de parachever le processus de décolonisation du Sahara occidental.

Pour l'Algérie, pas d'alternatives à l'autodétermination du Sahara occidental

L'Algérie joue un grand rôle dans tout cela. Pour son représentant Sabri Bouakadoum, "le Sahara partageant une frontière avec l’Algérie, (mon) pays ne ménagera aucun effort pour faire avancer la juste cause du peuple sahraoui, comme en atteste le fait qu’il a abrite des centaines de milliers de réfugiés depuis quarante ans." 

Le délégué algérien réclame le retour immédiat des observateurs de l'UA au siège de la Minurso et réaffirment que le Front Polisario, dont Alger reste proche, "est le seul représentant légitime du Sahara occidental ... Il n'y a pas d'alternatives que l'autodétermination par le biais d'un référendum". Pour le Maroc, "la question du Sahara n'est pas une question de décolonisation mais bien  une question de parachèvement de l'intégrité territoriale". Il ne sera pas étonnant de noter que le Front Polisario parle d'"arguments fantaisistes". En répondant à ces propos, son représentant, Sidi Mohamed Omar Abdellahi, note que "le processus de décolonisation a été interrompu quand le Maroc a envahi le Sahara occidental en 1975... Une invasion dénoncée par l'Assemblée générale à plus d'une occasion." Il accuse le Maroc "de faire obstacle à l'organisation du référendum, de poursuivre sa politique d'annexion et de tenter de modifier la composition démographique du territoire." Pour Sidi Mohamed Omar Abdellahi, "ce comité a été établi afin d'éliminer le colonialisme et non le justifier (...) « Le Maroc est une puissance coloniale et vous le savez. Ce comité doit dire les choses telles qu’elles sont au Maroc et lui demander de mettre fin à son occupation et à son annexion pour que notre peuple puisse jouir de sa liberté et de son indépendance à l’instar des autres peuples du monde."

La dernière mission sur le terrain du Comité spécial de décolonisation date de ... 1975.

L'Onu a accueilli, depuis sa création en 1945, quelque quatre-vingts pays devenus des Etats souverains et indépendants après leur affranchissement de la domination coloniale ou d'accords de tutelle. Il reste aujourd'hui dans le monde dix-sept territoires (voir encadré), abritant deux millions d'habitants, considérés comme non autonomes par les Nations Unies. En 2011, l'Assemblée générale de l'Onu a proclamé la troisième décennie internationale de l'élimination du colonialisme.

Les gouvernements non autonomes selon l'Onu

Territoire Enregistrement
comme territoire
autonome
Puissance
administrative
Superficie
(en Km²)
Population
         
Sahara
Occidental
1963 non déterminée 266 000 584 000
Anguilla 1946 Royaume-Uni 96 15 700
Bermudes 1946 Royaume-Uni 53,35 61 695
Îles Vierges Britanniques 1946 Royaume-Uni 153 28 200
Îles Cayman 1946 Royaume-Uni 264 60 413
Îles Falkland
(Îles Malouines)
1946 Royaume-Uni 12,173 2 500
Montserrat 1946 Royaume-Uni 103 5 000
Saint-Hélène 1946 Royaume-Uni 310 5 691
Îles Turques-et-Caïques 1946 Royaume-Uni 948,2 37 910
Îles Vierges américaines 1946 Etats-Unis 352 103 700
Gibraltar 1946 Royaume-Uni 5,8 33 140
Samoa américaines 1946 Etats-Unis 200 60 200
Polynésie française 1946-1947
et 2013
France 3 600 271 800
Guam 1946 Etats-Unis 540 159 358
Nouvelle-Calédonie 1946-1947
et 1986
France 18 575 268 767
Pitcairn 1946 Royaume-Uni 35,5 39
Tokelau 1946 Nouvelle-Zélande 12,2 1 499





Mardi 12 Juin 2018



Lu 1257 fois


Les articles qui devraient vous intéresser
< >
Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.







RÉflexions

Réflexion

La corruption, l’autre grand fléau oublié du monde arabo-musulman…


avis d'expert

Roland Lombardi, consultant indépendant, associé au groupe d'analyse de JFC Conseil

 









Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA