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L'Onu s'alarme de la volatilité de la situation sécuritaire en Libye


Rédigé par , le Mardi 26 Juillet 2022 - Lu 1787 fois

Recrudescence des manifestations, escarmouches armées entre partisans des deux Premiers ministres, limogeage du président de la Compagnie pétrolière, gouvernances multiples, la Libye s'enfonce dans le chaos faute de réussir à organiser des élections. L'Onu s'en inquiète... une nouvelle fois. English version


A l'image de sa capitale Tripoli, la Libye connaît une multiplication des manifestations et des escarmouches armées (photo: Onu/Abel Kavangh)
A l'image de sa capitale Tripoli, la Libye connaît une multiplication des manifestations et des escarmouches armées (photo: Onu/Abel Kavangh)
LIBYE. "Nous avons assisté à des manifestations de Libyens frustrés par l'absence de progrès pour la tenue d’élections et la médiocrité des services publics. En outre, la situation des droits de l'homme dans le pays reste très préoccupante". Dans sa communication devant le Conseil de sécurité de l'Onu, lundi 25 juillet 2022, Martha Pobee a insisté sur la "persistance de l'impasse constitutionnelle et politique" en Libye. S'alarmant d'une situation sécuritaire"restant  encore très volatile", la sous-secrétaire générale des Nations unies souligne également que "l''activité militaire a également augmenté dans la région occidentale, en particulier sur le flanc oriental de Tripoli, à Misrata et dans les faubourgs de Syrte".

La Libye est le théâtre depuis le début du mois de juillet 2022 d'une intensification des manifestations. Le 1er juillet plusieurs ce sont déroulées à Tripoli, Benghazi, Al-Bayda et Tobrouk. Le bâtiment du Parlement de Tobrouk a été attaqué et endommagé.
Mais le pays subit aussi, de plus en plus régulièrement, des escarmouches armées. Elles opposent les partisans du Premier ministre du gouvernement d'unité nationale (GNU) Abdel Hamid Dbeibah au pouvoir depuis mars 2021 à Tripoli aux soutiens de Fathi Bashagha, l'autre Premier ministre rival désigné en février 2022, puis confirmé le mois suivant par le Parlement, et siégeant à Syrte, faute de pouvoir le faire dans la capitale.

Dans la nuit du 21 juillet 2022, des affrontements entre milices se sont déroulés à Tripoli et deux jours plus tard à Misrata. Malgré un cessez-le-feu signé en octobre 2020, la troisième guerre civile pointe régulièrement le bout de son fusil. La Libye ne s'est toujours pas relevée de sa révolution, onze ans après avoir chassé du pouvoir, et assassiné en octobre 2011, Mouammar Kadhafi. Ses dirigeants successifs n'arrivent pas à trouver le chemin de la démocratie, pourtant pavé par le Forum du dialogue politique libyen instauré en janvier 2021 sous l'égide de  l'Onu et qui portait tant d'espoirs.

La démocratie passe par des élections

Le cocktail divisions politiques, détérioration des conditions de vie, crise de l'électricité et pénurie de carburant, explique cette recrudescence de revendications et de conflits armés. Martha Pobee a exhorté les politiques libyens à "entendre leur peuple" et à "faire preuve d'un leadership responsable en répondant à leurs doléances". Elle réitère la position des Nations unies et la priorité donnée au retour du processus électoral. Reste que l'impuissance de l'institution s'avère patente en la matière alors que ce passage par les urnes demeure la seule possibilité de faire de la Libye un État démocratique en lui donnant des institutions incontestables.

Programmée le 24 décembre 2021, puis repoussée au 24 janvier 2022, le scrutin présidentiel n'a jamais pu se tenir. Quant aux législatives, elles devaient se dérouler dans la foulée puis, en février 2022, Abdel Hamid Dbeibah les avaient annoncées pour juin 2022. Encore une nouvelle chimère.

Début juin 2022, Stephanie Williams, conseillère spéciale de l'Onu pour la Libye, tapait du poing sur la table en exigeant que les rivaux libyens s'entendent et fixent un cadre constitutionnel permettant, enfin, d'organiser des élections (une présidentielle et des législatives) dans ce pays. Elle leur donnait une semaine alors qu'ils entraient dans le troisième et dernier round de négociations au Caire. Peine perdu comme la suite des évènements l'a montré.

Fathi Bachagha a envoyé le 22 juin 2022 un courrier à Antonio Guterres, secrétaire général de l'Onu, lui affirmant "se charger de tous les efforts nécessaires pour organiser des élections en Libye dès que possible." Mais, aucune date de scrutin n'est inscrite dans l'agenda politique libyen.

Limogeage contesté du président de la Compagnie pétrolière libyenne

La sous-secrétaire générale de l'Onu s'inquiète également du limogeage de Mustafa Sanalla le 12 juillet 2022. Le président historique de la NOC, la compagnie nationale du pétrole, en poste depuis 2015 et qui avait réussi à traverser toutes les crises jusqu'à présent, pose question. Abdel Hamid Dbeibah a décidé de remplacer l'homme qui constamment se battait pour neutraliser le secteur pétrolier, par Fahrat Bengdara, ancien gouverneur de la Banque centrale de Libye (CBL).

Mustafa Sanalla a fait connaître, appuyé par le Parlement de Tobrouk qui ne reconnaît plus Abdel Hamid Dbeibah comme Premier ministre, son refus de quitter son poste. Il va contester la nomination de son successeur devant les tribunaux.

"Je suis conscient que des questions ont été soulevées quant à la base juridique de ma nomination. Le gouvernement libyen a le droit de nommer le président et le conseil d'administration de la NOC. J'ai été officiellement nommé président par le gouvernement d'unité nationale", déclarait, mardi 19 juillet 2022, Fahrat Bengdara dans un communiqué. La plupart des filiales et sociétés affiliées à la NOC (Zallaf Libya Oil and Gas, Zueitina Oil, Jowfe Oil Technology Co., Akakus Oil Co. et Mellitah Oil and Gas Co) ont d'ailleurs reconnu officiellement ce changement de présidence.

Cette politisation de la NOC n'est pas anodine dans un pays où la ressource pétrolière représente 97% des recettes de l'État soit 103,4 mrds de dinars libyens (22,39 mrds$ - 19,90 mrds€) en 2021 selon la CBL. Martha Pobee "souligne la nécessité pour la NOC de rester neutre et libre de toute pression politique" et appelle les acteurs concernés à "surmonter leurs divergences". Elle insiste sur le fait que ces ressources naturelles "appartiennent à tous les Libyens" et les revenus générés par leur exploitation doivent donc être distribués de manière équitable et utilisés pour améliorer les services publics.

Le pétrole, par le blocage de ses infrastructures ou leur prise de contrôle, a toujours été une arme de chantage entre les différents rivaux depuis plus d'une décennie.




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