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L'Italie et Malte accusés de complicité de crimes contre l'humanité dans la crise des réfugiés libyens


Rédigé par Eric Apim, le Mardi 18 Janvier 2022 - Lu 438 fois


Plusieurs ONG dénoncent le soutien apporté aux garde-côtes libyens par Malte et l'Italie pour empêcher les réfugiés de se rendre dans l'UE (photo: HCR/Hereward Holland)
Plusieurs ONG dénoncent le soutien apporté aux garde-côtes libyens par Malte et l'Italie pour empêcher les réfugiés de se rendre dans l'UE (photo: HCR/Hereward Holland)
LIBYE / ITALIE / MALTE. Trois ONG (UpRights, Adala for all et Strali) ont remis, lundi 17 janvier 2022 au soir, une communication au procureur de la Cour pénale internationale (CPI). Dans ce document, elles dénoncent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis par des groupes armés dans les centres de détention des réfugiés en Libye.

Animées par des avocats italiens et libyens, ces trois associations accusent aussi l'Italie et Malte d'aider les garde-côtes libyens dans leur mission. Ces deux pays fournissent en effet leurs équipements, assurent la maintenance et forment ces hommes. Rome et La Valette coordonnent également les opérations avec ces garde-côtes pour garantir le retour des migrants en Libye et éviter qu'ils ne viennent en exil chez eux.

Un accord signé en 2017 entre les autorités italiennes et libyennes a été renouvelé en 2020 pour trois ans. L'Italie a offert quarante-deux bateaux de type Zodiac permettant des interceptions rapides. Face à la demande de huit ONG, la France a elle renoncé en décembre 2019 à offrir six navires semi-rigides Sillinger de douze mètres aux garde-côtes libyens.

Le HCR appelle à un plan approprié

Cette complicité de l'Italie et de Malte est perçue par les trois ONG comme un soutien aux crimes de guerre et aux crimes contre l'humanité dénoncés. En octobre 2021, lors d'un débat à l'Université d'Amsterdam, Alessandro Pizzuti, co-fondateur de l'initiative à but non lucratif UpRights dont le siège se trouve à La Haye, avait souligné "l'applicabilité du droit pénal international aux abus commis contre les migrants. Si les crimes contre les migrants sont généralement considérés comme des violations des droits de l'homme, le droit pénal international doit également être considéré comme un cadre pertinent pour engager des poursuites et garantir la responsabilité. Compte tenu du lien avec le conflit armé en cours en Libye, les abus commis contre les migrants dans les centres de détention peuvent être qualifiés de crimes de guerre et relever de la compétence de la Cour pénale internationale."

Le bureau du procureur de la CPI enquête depuis 2017 sur ces faits, mais n'a, à ce jour, produit aucun mandat d'arrêt.

Selon l'ONG Alarm phone, Malte aurait accepté, en octobre 2019, qu'une patrouille libyenne entrent dans ses eaux territoriales pour intercepter une embarcation de cinquante réfugiés en détresse. Les migrants avaient été par la suite incarcérés dans le centre de Tarik al Sika à Tripoli. L'association avait alors accusé les autorités maltaises de violation des conventions des droits de l'Homme en favorisant le retour de réfugiés en zone de guerre. En juin 2020, l'ONG Sea-Watch avait révélé, vidéo à l'appui, que les garde-côtes libyens avaient tiré sur un pneumatique transportant un groupe de quarante-cinq migrants pour tenter de leur faire rebrousser chemin. Le canot se trouvait alors à 35 miles nautiques (moins de 30 km) de la ville italienne de Lampedusa et a finalement réussi à rejoindre la côte.

En septembre 2020, Amnesty International publiait un rapport pointant "les violations par Malte des droits des réfugiés et des migrants en Méditerranée centrale". Et notamment, depuis fin mai 2020 et la signature d'un accord entre Tripoli et La Valette. "Il est honteux que l'UE et l'Italie aient normalisé leur coopération avec la Libye en matière de contrôle des frontières, mais renvoyer des personnes en danger en Libye est tout sauf normal", indiquait Elisa De Pieri, chercheuse régionale à Amnesty International.

L'Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a appelé, fin octobre 2021 la Libye "à se pencher sans attendre, avec humanité et dans le respect des droits, sur la situation désastreuse des demandeurs d'aile et des réfugiés". Vincent Cochetel, envoyé spécial du HCR pour la situation en Méditerranée orientale et centrale, avait insisté: "les autorités libyennes doivent présenter un plan approprié qui respecte leurs droits et identifie des solutions durables."




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