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L'Irena voit dans le Maroc un futur géant de l'hydrogène vert


Rédigé par Eric Apim, le Lundi 17 Janvier 2022 - Lu 1343 fois


La politique d'énergie renouvelable - ici le photovoltaïque à Ouarzazate- fait du Maroc un des pays les mieux armés pour développer la production d'hydrogène vert pour son marché intérieur et l'exportation (photo:F.Dubessy)
La politique d'énergie renouvelable - ici le photovoltaïque à Ouarzazate- fait du Maroc un des pays les mieux armés pour développer la production d'hydrogène vert pour son marché intérieur et l'exportation (photo:F.Dubessy)
MAROC. Selon le rapport "Geopolitic of the energy transformation: the hydrogen factor" ("Géopolitique de la transformation énergétique: le facteur hydrogène") de l'Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena), "la croissance rapide de l'économie mondiale de l'hydrogène peut entraîner d'importants bouleversements géoéconomiques et géopolitiques et donner lieu à une vague de nouvelles interdépendances". Edité le 15 janvier 2022, ce document de 118 pages précise que cette énergie produite à partir d'énergie fossile (hydrogène gris), d'électricité renouvelable via l'électrolyse (hydrogène vert) ou de gaz naturel (hydrogène bleu), va "modifier la géographie du commerce de l'énergie et régionaliser les relations énergétiques, laissant entrevoir l'émergence de nouveaux centres d'influence géopolitique fondés sur la production et l'utilisation de l'hydrogène, à mesure que le commerce traditionnel du pétrole et du gaz décline".

L'Agence basée à Abou Dabi estime que plus de 30% de l'hydrogène pourrait faire l'objet d'un commerce transfrontalier d'ici 2050, soit une part plus importante que celle du gaz naturel aujourd'hui. Ainsi, des pays ne pratiquant pas traditionnellement le commerce de l'énergie commencent à établir des relations énergétiques bilatérales autour de cette énergie laissant entrevoir la création de nouveaux acteurs et l'émergence de nouvelles catégories d'importateurs et d'exportateurs sur la scène mondiale. "Plus de trente pays et régions prévoient déjà aujourd'hui un commerce transfrontalier actif", indique le rapport.

"Certains pays qui s'attendent à être des importateurs déploient déjà une diplomatie dédiée à l'hydrogène, comme le Japon et l'Allemagne", souligne le document. Les exportateurs de combustibles fossiles (comme l'Australie, Oman, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis) considèrent de plus en plus l'hydrogène propre comme un moyen attrayant de diversifier leurs économies. Même si l"'hydrogène ne compensera pas les pertes de revenus du pétrole et du gaz", précise toutefois l'Irena.

Le Maroc pourrait devenir exportateur d'hydrogène vert

L'hydrogène pourrait fournir 12% des besoins énergétiques mondiaux d'ici 2050. Selon les chiffres fournis par le site de données Natural Earth, en 2020, l'Union européenne (avec le Royaume-Uni) en a consommé 5,8 millions de tonnes, l'Égypte 1,4 million contre 11,3 millions pour les États-Unis et 23,9 millions pour la Chine.

Dans le Top 5 des pays les mieux placés pour produire de l'hydrogène vert compétitif figure, aux côtés des États-Unis, de l'Arabie saoudite, de l'Australie et du Chili, le Maroc. Importateur net d'énergie mais disposant d'un fort potentiel d'électricité renouvelable et de politiques de soutien lui permettant d'attirer des investissement dans la production d'hydrogène vert, le Royaume chérifien pourrait donc créer des sites d'industrialisation. Ceci lui permettrait non seulement de devenir l'un des principaux producteurs mondiaux, mais aussi un exportateur. En misant depuis des années sur les énergies renouvelables, l'Espagne se trouve dans le même cas de figure et pourrait produire dès l'horizon 2026, comme la Jordanie, de l'hydrogène vert moins cher que le bleu (2027 pour la Turquie et 2028 pour la France et l'Italie). "Pour ces pays, la transformation de l'hydrogène vert représente un renversement complet de situation (...) Ceux qui parviendront à devenir les principaux exportateurs d'hydrogène vert et de carburants dérivés gagneront également en importance stratégique", souligne l'Irena.

Par contre, la Chine et les États-Unis ne pourront qu'être autosuffisants en la matière, donc couvrir leurs besoins sans recourir aux importations mais sans possibilité d'exporter.

Maroc et Égypte seuls pays de la région Mena à disposer d'une stratégie hydrogène

La demande en hydrogène va se multiplier d'ici 2050 (graphique: Irena - Sources: BloombergNEF (2021a); ETC (2021); Hydrogen Council (2021); IRENA (2021a); IEA, (2021a))
La demande en hydrogène va se multiplier d'ici 2050 (graphique: Irena - Sources: BloombergNEF (2021a); ETC (2021); Hydrogen Council (2021); IRENA (2021a); IEA, (2021a))
Le Maroc a créé en 2019 une Commission nationale sur l'hydrogène et publié en janvier 2021 une feuille de route pour l'hydrogène vert. Depuis, cette énergie est considérée comme un facteur clef de croissance pour l'économie nationale. D'ici à 2030, Rabat envisage de disposer d'un marché local de 4 terawatts heure (TWh) et un marché à l'export de 10 TWh. Cette ambition va demander la construction de 6 GW de nouvelles capacités en énergie renouvelable nécessitant la création de plus de 15 000 emplois directs et indirects.
Avec l'Égypte (100 megawatts d'électrolyseurs installés pour fournir de l'hydrogène vert), le Maroc est le seul pays de la région Moyen-Orient Afrique du Nord (Mena) à disposer d'une stratégie hydrogène.
Au Sud de l'Union européenne, encouragés par le plan hydrogène développé en juillet 2020 par la Commission européenne (40 gigawatts d'hydrogène bleu à installer d'ici 2030), la France, l'Espagne, le Portugal, l'Italie et la Croatie s'engagent également sur cette voie.

"La flambée du prix du gaz en Europe pourrait accélérer la transition vers une énergie propre et l'adoption de l'hydrogène vert comme une alternative au pétrole et au gaz". La demande ne devrait cependant décoller qu'au milieu des années 2030, quand cette nouvelle énergie sera compétitive en terme de coûts par rapport à l'hydrogène fossile au niveau mondial. L'Irena estime le potentiel technique pour développer de l'hydrogène vert sous le prix de 1,5$ par kg d'ici 2050 à 88 exajoule (EJ) pour l'Europe, 2023 pour la région Mena et 2 715 pour l'Afrique sub-saharienne.

“Il est impératif de permettre aux pays africains, qui ont peu contribué aux émissions historiques de gaz à effet de serre, de se développer, tout en reconnaissant la nécessité de faire face à l’urgence climatique. La coopération internationale, y compris la coopération Sud-Sud, sera essentielle pour mobiliser des ressources et un savoir-faire à une échelle et à une vitesse proportionnelle aux besoins des économies d’Afrique, de ses communautés et de sa population”, commente Francesco La Camera, directeur général de l’Irena, en introduction de ce rapport.

Lire le rapport de l'Irena "Geopolitic of the energy transformation: the hydrogen factor




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