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Dossier Covid-19 - 3.7 Mo - 19/06/2020

L'Europe du Sud sort meurtrie et s’apprête à vivre des années difficiles


En Europe du Sud, les mesures prises pour lutter contre la Covid-19 ont frappé de plein fouet des pays déjà en crise ou en convalescence.


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DOSSIER SPECIAL COVID-19. En période difficile, seuls les forts s'en sortent. Or, les pays d'Europe du Sud sont fragiles économiquement. Avant la crise, ils se distinguaient déjà par des ratios de dette publique importants. C'était le cas de la Grèce (181,1%), de l'Italie (134%), du Portugal (121,5%), de Chypre (102,5%), de la France (98,4%) et de l'Espagne (97,1%). En février 2019, la Commission européenne mettait à l'index la Croatie, la France, le Portugal, et l'Espagne en raison de déséquilibres budgétaires importants et Chypre, la Grèce, l'Italie pour des déséquilibres excessifs.

Pour réduire cet endettement, les pays d'Europe du Sud ont été contraints par Bruxelles de conduire des politiques d'austérité très pénalisantes pour les services publics, en particulier dans le secteur de la santé. Le nombre important de décès dus à la Covid-19 en Italie, en Espagne et en France résulte en partie du dénuement de leurs hôpitaux.

La crise a frappé des pays affaiblis. Tous ont pris des mesures drastiques de confinement, mettant leurs économies sur mode pause, augmentant encore leurs dettes pour atténuer le choc social et limiter la récession.

Rien n'est encore définitivement acté, mais l'Europe devrait aider les plus faibles pour leur éviter une hausse des taux d'intérêts qui accroîtrait leur endettement. L'Italie et l'Espagne, particulièrement touchées par la pandémie de coronavirus, apparaissent comme les principaux bénéficiaires du plan de relance européen présenté fin mai par la Commission européenne. Sur un total de près de 750 mrds€ de subventions et prêts combinés, l'Italie pourrait récupérer 172,754 mrds€, l'Espagne 140,446 mrds, la Grèce 32 mrds.

Ces sommes pourraient encore augmenter, car la Banque centrale européenne vient d'annoncer le 4 juin 2020 que son programme PEPP destiné à racheter des obligations publiques et privées passait de 750 à 1 350 mrds€. Elle en prolonge son application au moins jusqu’à fin juin 2021.

L'Italie en difficulté

L'Italie va devoir nationaliser la compagnie aérienne Alitalia pour lui éviter la faillite. (photo : F.Dubessy)
L'Italie va devoir nationaliser la compagnie aérienne Alitalia pour lui éviter la faillite. (photo : F.Dubessy)
Privée de croissance, extrêmement endettée, frappée par un chômage endémique, l'Italie apparaît depuis 2019 comme le pays le plus en difficulté d'Europe.

La crise sanitaire détériore encore sa situation. 50% des entreprises ont fermé leurs portes durant le confinement, mettant sur la touche 8 millions de salariés. L'Italie pourrait perdre au total 1,2 million d'emplois. Selon l'Istat, l'institut national de la statistique, plus de 500 000 ont déjà disparu.

Le tourisme, qui représente 13% du PIB, reste à l'arrêt, même si les frontières viennent de réouvrir. La moitié des communes Italiennes (Florence, Turin, Venise, Milan, Naples...) risque la faillite. Antonio Decaro, président de l'ANCI, l'association des maires italiens, a averti le gouvernement : « Envoyez-nous de l'argent d'ici le mois de juillet ou nous serons dans l'impossibilité de ramasser les ordures, d'assurer les transports ou encore d'éclairer nos rues. »

Le PIB a reculé au premier trimestre de 5,3 % . Sur l'ensemble de l'année, la Commission européenne prévoit une récession de 9,5%. La Banque d'Italie évoque -9 à -13%.

Avec 135% de dette par rapport à son PIB, l'Italie n'a pas eu d'autre choix que d'emprunter plus encore pour éviter un effondrement économique total. Le taux pourrait dépasser 160% avant la fin de l'année. L'Europe, le tourisme et une industrie encore puissante apparaissent comme les principaux atouts de l'Italie pour éviter le sort de la Grèce.

L'Italie a dégagé un budget de 55 mrds€ pour soutenir son économie, avec du chômage technique, des aides financières pour les salariés, des exonérations fiscales, des remises sur les factures de gaz, d'eau et d'électricité des PME. Les familles les plus en difficulté recevront de 400 à 800 €. Le secteur du tourisme bénéficie d'une enveloppe de 4 mrds€ (exonération de taxes, chèques-vacances...).


Deux convalescents

Peu touchés par la crise sanitaire, le Portugal comme la Grèce devraient très vite retrouver leurs touristes. Photo GT
Peu touchés par la crise sanitaire, le Portugal comme la Grèce devraient très vite retrouver leurs touristes. Photo GT
La crise de 2008 a mis le Portugal à genoux. Mais le pays s'est redressé ces dernières années, au point d'être souvent cité en exemple. Un bel élan brisé net. Selon l'INE (Institut national des statistiques), le Portugal a connu un chute de 3,9 % de son PIB au premier trimestre 2020 par rapport aux trois derniers mois de 2019. Avec 8,7% du PIB, le tourisme a sorti le Portugal de la crise après 2008. Le chiffre d'affaires du secteur a baissé d'au moins 80%. Selon la Commission européenne, le Portugal devrait subir une récession de 6,8% en 2020 (+2,2% en 2019), alors que le gouvernement prévoyait en début d'année + 1,9% .

Très réactif, le gouvernement portugais a contenu l'épidémie. Il est aujourd'hui pratiquement sorti de la phase de déconfinement. Mais pour redémarrer, le pays a besoin des touristes d'Europe du nord et de la libre circulation. Car le pays tire une partie de ses revenus de ses expatriés, qu'ils soient ou non saisonniers.

Comme le Portugal, la Grèce a limité la casse au niveau sanitaire. Et comme son lointain voisin, le pays se remettait à peine d'une crise économique qui l'avait laissé exsangue. Le confinement a mis la Grèce groggy. Le PIB recule de 1,6 % au premier trimestre 2020 selon Elstat (institut de statistiques de la Grèce). D'après le ministre grec des Finances Christos Staikouras, 2020 devrait enregistrer une récession de 13%, contre +2,4% attendus avant la Covid-19. Le chômage suivrait une courbe inverse pour s’établir à 20 %, contre 17 % fin 2019.

Le gouvernement grec injecté 14,5 mrds€ dans l'économie (7,7% du PIB). Il a tenté d'atténuer la crise avec des reports d'impôts et de charges de sécurité sociale, en finançant du chômage partiel et en apportant des aides aux chômeurs. Plus de 51 000 entreprises ont reçu 580 M€ d'avances remboursables. Depuis la fin du confinement, il conduit une politique de relance avec une baisse de la TVA pour les secteurs les plus en difficulté.
 
"Environ 580 000 personnes risquent de perdre leur emploi entre mars et juillet 2020 », a prévenu la Fédération hellénique des entreprises (SEV).

Forte de son succès au niveau sanitaire, le Grèce espère réussir sa saison touristique. « Nous avons ouvert et nous vous attendons » clame la nouvelle la campagne publicitaire qui démarre officiellement le 15 juin 2020. Le tourisme génère 20% du PIB Grec.

L'Espagne presque KO

Il faudra sans doute attendre de longs mois avant de revoir des embouteillages de navires de croisières en Espagne. Photo GT
Il faudra sans doute attendre de longs mois avant de revoir des embouteillages de navires de croisières en Espagne. Photo GT
L'Espagne avait retrouvé avant la crise sanitaire un fort taux de croissance, mais conservait un chômage élevé, le second en Europe derrière la Grèce. Avec le confinement, l'économie espagnole a enregistré une nouvelle hausse massive, avec 900 000 personnes privées de travail pour le seul mois de mars. La courbe semble s'inverser en mai, avec plus d'emplois créés que détruits. « Aujourd'hui nous allons mieux, nous sommes en train de sortir définitivement du tunnel », estime le premier ministre espagnol Pedro Sánchez. L'Espagne cumule pourtant 3,6 millions de chômeurs. Le taux devrait passer de 14% fin 2019 à au moins 19%.

L’État providence n'existe pas, même si le gouvernement de coalition de gauche déploie progressivement « un bouclier social ». La pauvreté fait un retour massif. Pour la limiter, le gouvernement a créé un revenu minimum vital que devrait toucher 2,3 millions d'Espagnols, pour un coût de 3 mrds€. Cette somme va s'ajouter aux 30 mrds€ d'aides déjà débloquées. Il a notamment accordé un moratoire sur les cotisations sociales et un report des échéances fiscales. Il a simplifié les procédures de chômage partiel, dégagé une aide financière pour les parents contraints de moins travailler pour garder leurs enfants. Les secteurs du tourisme et des transports bénéficient d'un coup de pouce spécifique de 400 M€. Au total, l'Espagne a engagé 100 mrds€ d'aides diverses et 100 mrds de prêts garantis.

Beaucoup va se jouer en juillet août pour le second pays le plus visité du monde après la France. Le tourisme représente plus de 12% du PIB espagnol. Le secteur aurait déjà perdu 46 mrds€.



Mardi 16 Juin 2020
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