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L'Association des banques libanaises juge illégal le projet d'accord du pays avec le FMI


Rédigé par , le Mercredi 22 Juin 2022 - Lu 793 fois


L'ABL refuse le plan du FMI et présente une contre-offre (photo: ABL)
L'ABL refuse le plan du FMI et présente une contre-offre (photo: ABL)
LIBAN. Selon Reuters, l'Association des banques libanaises (ABL) a déclaré que le projet d'accord du gouvernement libanais avec le Fonds monétaire international (FMI) était "illégal" ou "à titre subsidiaire, inconstitutionnel". Ce sont les termes employés par Carlos Abadi, directeur général de la société de conseil financier américaine DecisionBoundaries et conseiller de cette organisation créée en octobre 1959 à Beyrouth, dans un courrier daté du 21 juin 2022 envoyé au siège de l'institution de Bretton Woods.

Le FMI a proposé un accord de coopération au gouvernement basé sur un financement de 3 mrds$ sur quatre ans, dans le cadre du "mécanisme élargi de crédit" pour aider le Liban à se redresser d'une situation financière catastrophique. Le texte a été signé le 7 avril 2022 et doit encore recueillir l'aval de la direction et du conseil d'administration du FMI.

Le pays de 6,7 millions d'habitants (dont 1,5 million de réfugiés selon l'Agence des Nations unies pour les réfugiés, pour la plupart Syriens) se trouve en cessation de paiement depuis mars 2020. Il est confronté à la plus grave crise économique et sociale de son histoire, l'une des pires au monde depuis 1850, selon les termes même de la Banque mondiale. Sa monnaie, la livre libanaise, a perdu plus de 90% de sa valeur et la situation sociale ne cesse de se dégrader. Selon Najat Rochdi, coordinatrice résidente et humanitaire des Nations unies au Liban, 2,2 millions de Libanais doivent absolument recevoir une aide urgente pour leur assurer l'accès à la nourriture et aux autres besoins de base jusqu'à la fin de l'année.

Carlos Abadi prend la défense des banques libanaises (photo: DecisionBoundaries)
Carlos Abadi prend la défense des banques libanaises (photo: DecisionBoundaries)

Les banques ne veulent pas réparer la gabegie de l’État

Le FMI soumet le déblocage de son prêt à la mise en œuvre de nombreuses réformes structurelles indispensables: mener une réforme fiscale de grande ampleur, s'astreindre à une politique de rigueur budgétaire, nationaliser certaines entreprises d’État, créer un système de changes flottants... Et adopter une stratégie de restructuration bancaire basée sur trois principes: la reconnaissance des pertes abyssales du secteur, la protection des petits déposants et la limitation au recours aux ressources publiques.

Le plan de redressement financier du gouvernement libanais a été adopté le 20 mai 2022. Il prévoit que les banques commerciales seront les premières à supporter les pertes, suivies de la Banque centrale (BDL) et des actifs publics. Regroupant soixante-et-une banques, l'ABL estime de son côté que l'État doit mettre la main à la poche, car il est responsable des politiques financières non viables menées depuis des décennies ainsi que de la corruption au sein du monde politique et du gaspillage. La plus grande partie des pertes, évaluées à 69 mrds$ début 2022, ont été subies par la Banque centrale.

L'ABL avait déjà rejeté en février 2020 le plan de restructuration du secteur bancaire et de la dette présenté par le Premier ministre Hassan Diab. Il prévoyait de restituer aux épargnants 25 mrds$ sur un total de 104 mrds$ en devises.

Des audits sur les banques réclamés par le FMI

La BDL a demandé, en mars 2022, aux banques commerciales du pays de lui fournir le nom des personnalités politiques ne s'étant pas conformées à une circulaire leur ordonnant de rapatrier les fonds envoyés à l'étranger pour éviter l'effondrement du pays en 2019. Le même mois, la justice libanaise, prononçait le gel des actifs de cinq banques locales (Banque de Beyrouth, Bank Audi, SGBL, Blom Bank et Bankmed) sur lesquelles Ghada Aoun, procureure près de la cour d'appel du Mont-Liban, enquête sur des transactions douteuses effectuées par ses établissements.

L'ABL suggère de mettre en commun les actifs de l'État (bâtiments et terrains) dans une société d'investissement, de transformer jusqu'à 30 mrds$ de dépôts en livres libanaises à rembourser sur une période de dix ans, et d'inverser les transactions de change, de la livre au dollar, qui ont eu lieu après le début de la crise en 2019. Ce dernier point permettrait de libérer la Banque centrale de 10 à 15 mrds$ selon l'Association. Autre fonds pouvant être utilisés, les quelque 15 mrds$ de réserves d'or de la BDL. "Les réserves ne sont rien d'autre qu'un tampon gardé en réserve pour les jours de pluie, et la tempête au Liban à des proportions bibliques", indique, de façon très imagée, le rapport de Carlos Abadi.

Le Fonds monétaire international réclame également des audits sur les quatorze plus grandes banques du pays et demande au Parlement d'approuver une loi de résolution d'urgence des problèmes bancaires. Les banques libanaises ont été l'un des principaux prêteurs du gouvernement libanais avant l'effondrement financier de 2019.

 "L'exécution de certaines actions préalables ainsi que certaines étapes du programme sont susceptibles de nuire davantage à l'économie libanaise, probablement de manière irréparable", note le représentant de l'ABL dans son courrier. Il craint également que, le constat reposant sur "des points de discussion erronés de la société civile libanaise", l'association soit "privée injustement de ses droits".




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