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L'Ascame fait Chambres à part (2e partie)


Suite de notre enquête sur l'Ascame, l'association regroupant les chambres de commerce et d'industrie méditerranéennes, et les relations difficiles entre le siège de Barcelone et quelques autres CCI. Le désengagement de la CCI Marseille-Provence, la nouvelle présidence des chambres francophones africaines prises par le président de la CCI de Tunis pourraient soit changer la donne soit creuser encore plus le fossé.


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Marseille a largué les amarres pour s'éloigner de l'Ascame (photo : F.Dubessy)
Marseille a largué les amarres pour s'éloigner de l'Ascame (photo : F.Dubessy)
MEDITERRANEE. En 2019, l'agenda de l'Ascame mènera ses membres à Istanbul (Forum sur l'industrie Mice en Méditerranée), à Alger (Forum de la sous-traitance automobile + Forum sur les énergies renouvelables), à Alexandrie (Forum sur le tourisme en Méditerranée)... D'autres dates viendront s'y ajouter. Déjà pas mal pour une association accusée de privilégier Barcelone.

"Tout ceci démontre la présence de l'Ascame dans les pays de ses membres et non seulement à Barcelone. Elle va d'ailleurs se renforcée, entre autres, grâce à notre nouveau plan stratégique 2018-2022", indique Luis Miranda, responsable des relations avec les membres et du développement institutionnel à l'Ascame.
Ce plan se développe sous quatre axes : promouvoir les économies méditerranéennes, les chambres de commerce et les entreprises dans le monde pour garantir un meilleur accès à des opportunités économiques en Afrique, Asie et Europe ; améliorer la projection institutionnelle de l'Ascame ; créer un bureau d'aide des membres ; améliorer la stratégie de communication et de participation et offrir de nouveaux instruments pour les membres et son réseau.

Ceci n'aura pas suffit pour calmer la révolte qui couve en son sein depuis longtemps.

Ce fin connaisseur du dossier, qui préfère ne pas voir son nom apparaître dans cette enquête, dit avoir assisté à "la lente détérioration, assez progressive, des relations entre Marseille et Barcelone." S'il accuse, "l'Ascame voulait être au service de Barcelone", le divorce semble devoir être prononcé aux torts partagés. "Marseille a été impuissante à mettre en place une politique ambitieuse pour la Méditerranée. Au contraire de Barcelone, qui malgré des coupes budgétaires importantes avec les réformes sur les CCI en Espagne, a compris, elle, l'intérêt de garder une place à la Méditerrannée", constate-t-il sévèrement.


Désengagement de Marseille et de Tunis de l'Ascame

"Quand Jean-Luc Chauvin (NDLR : Président de la CCI Marseille-Provence depuis novembre 2016) et Frédéric Ronal sont arrivés, ils ont été confrontés à un long pourrissement de la relation de Marseille et Barcelone au sein de l'Ascame", poursuit notre source.

La CCIMP s'est alors davantage tournée vers le continent africain. Par là-même, elle s'est désengagée de la Méditerranée et donc de l'Ascame. À moins du coup que ce ne soit le contraire ?!

Le détachement n'a pas été que symbolique puisqu’au cours de l'automne 2018, la CCIMP décidait de déléguer à la Chambre de commerce et d'industrie régionale Provence-Alpes-Côte d'Azur sa représentation au sein de l'Ascame. Pire, et encore plus symbolique, Marseille démissionnait de son poste historique de trésorier. Depuis, cette fonction est traitée directement par le secrétariat général de l'Ascame, confié à... la CCIN de Barcelone. "Nous nous sommes retirés car l'Ascame n'exerce plus son rôle d'association des CCI de la Méditerranée. Elle joue sur des intérêts particuliers et donc pas sur du collectif. Ce n'est plus un réseau", assène Frédéric Ronal, vice-président de la CCIMP, délégué à l'ouverture au monde.

La CCIMP n'est pas la seule à pratiquer la politique de la chaise vide. Plusieurs noms de chambres nous ont été cités, du Nord au Sud en passant par l'Est de la Méditerranée, au cours de cette enquête. Mais econostrum.info préfère ne pas les nommer, n'ayant pas pu vérifier certaines affirmations venant d'autres CCI.

"Je n'ai plus aucune relation et je ne participe plus depuis des années à l'Ascame", nous confie en tout cas Mounir Mouhakar, le président de la CCI de Tunis.


Espoir déçu et espoir maintenu

Mounir Mouakhar (CCI de Tunis) reste confiant sur l'avenir de l'Ascame sous présidence égyptienne (photo : F.Dubessy)
Mounir Mouakhar (CCI de Tunis) reste confiant sur l'avenir de l'Ascame sous présidence égyptienne (photo : F.Dubessy)

"Nous pensions que l'Ascame se tournerait plus vers les pays de l'Afrique du Nord. L'espoir que nous pouvions avoir en ce sens après l'élection du nouveau président égyptien est tombé", lâche Frédéric Ronal. Le président de la CCI de Tunis reste cependant plus optimiste que le Marseillais. "Ahmed El Wakil est un ami et un homme d'une grande sagesse. J'espère qu'il remettra l'Ascame dans le bon chemin."

S'il n'occupe son poste que depuis un an, le nom d'Ahmed El Wakil circule depuis le début de l'année 2017 pour remplacer Mohamed Choucair à la tête de l'Ascame.

Et pour cause. Le président de la Fédération des chambres de commerce égyptiennes (FEDCOC) et de la CCI d'Alexandrie était le seul à briguer ce poste. Sa candidature a donc été validée le 21 mars 2017 lors d'un bureau de l'Ascame à Barcelone avant qu'il ne soit intronisé pour un mandat de cinq ans (2018-2022) en novembre 2017 lors de la MedaWeek. Le tout sous l'ombre portée de son prédécesseur désigné, bizarrement, comme président par intérim au lieu du classique past-president. D'ailleurs, tout de suite après son élection, Ahmed El Wakil affirmait vouloir "poursuivre la ligne stratégique adoptée sous la présidence de Monsieur Choucair". Depuis, le flou s'est estompé d'autant plus que Mohamed Choucair est devenu, le 31 janvier 2019, ministre libanais des Télécommunications.

Une Chambre a cependant encore trouvé un petit truc à redire estimant que Walid El Wakil aurait piétiné - à son corps défendant étant de toute façon le seul candidat - l'alternance Nord Sud instaurée à la présidence de l'association. Une coutume (non inscrite dans les statuts) pas si évidente que cela cependant. Il suffit de décortiquer la liste des présidents depuis 1982 (voir plus bas) pour s'en rendre compte...


Réduire l'influence de Marseille

Jean-Luc Chauvin et Mounir Mouakhar lors du 1er Forum franco-tunisien. Les liens demeurent forts entre les deux CCI de Marseille et de Tunis (photo :F.Dubessy)
Jean-Luc Chauvin et Mounir Mouakhar lors du 1er Forum franco-tunisien. Les liens demeurent forts entre les deux CCI de Marseille et de Tunis (photo :F.Dubessy)

Même si l'heure ne se trouve pas encore à une quelconque succession, certains affirment que cette "présumée entorse" plaide largement pour un futur remplaçant issu du Nord de la Méditerranée. Vous nous voyez venir ? Eux aussi à la CCIMP...

Mais, l'interrogation à peine formulée d'une possible présidence marseillaise s'écrase à chaque tentative sur les imposants murs du Palais de la Bourse qui propulsent dans la corbeille (sic) tout écho que nous espérions recueillir.

Pourtant, un Français, et même un Marseillais, président de la CCIMP, a bien déjà revêtu les habits de président de l'Ascame : Henry Roux-Alezais de 1992 à 1998. Ce ne serait donc pas incongru. Mais là ne semble pas être la question, ou plutôt pas la réponse que nous ne verrons jamais venir, sans doute noyée dans l'embarras de nos différents interlocuteurs à cette évocation. Sujet trop sensible (et/ou prématuré ?) apparemment...

Il faut donc s'éloigner de ce lieu mythique, devenu mutique pour le coup, et surtout accepter d'accorder l'anonymat à un nouvel interlocuteur, pour briser le tabou et mieux diagnostiquer la peur de contagion de cette idée.

"Nous avons loupé le coche sous le mandat de Jacques Pfister. Il aurait dû prendre la présidence de l'Ascame", indique notre homme de la voix désormais libre de celui qui n'appartient plus au sérail. À l'époque, le président sortant s'appelle Murat Yalçintas, président de la CCI d'Istanbul. "Une présidence positive pour l'Ascame qui avait permis un rééquilibrage entre Marseille et Barcelone", affirme notre contact. Comme nous l'avons vu, l'ancien patron d'Orangina ne se secouera pas pour briguer le poste, laissant le champ libre au président de la CCI de Beyrouth et du Mont-Liban. Le vote étant secret, difficile de dire si Marseille a tout de même soutenu son adversaire Mounir Mouakhar, président de la CCI de Tunis ou non. Les deux chambres entretiennent depuis toujours de forts liens avec des échanges commerciaux remontant à 1230 entre Marseille et la Tunisie. En juillet 2018, elles organisaient dans la cité phocéenne leur premier Forum économique franco-tunisien avec à la tête de la délégation tunisienne, Mounir Mouakhar.

Même si nous sommes quasiment certain que le premier ne l'a pas été par la chambre phocéenne comme nous le confirme un interlocuteur.


"Mohamed Choucair est arrivé piloté par Barcelone qui voulait réduire l'influence de Marseille sur l'Ascame", certifie notre première source anonyme. Il cite l'exemple d'InvestInMed. "C'est la CCIMP qui a amené ce programme européen de coopération multilatérale au réseau Ascame. Il a permis de renouveler un grand nombre d'adhésions de CCI de tout le pourtour méditerranéen (NDLR ; pour bénéficier des actions, il fallait être membre). Quand Mohamed Choucair est arrivé, nous avons assisté à une baisse constante des cotisations, car les CCI ne trouvaient plus leur compte dans l'Ascame."

Après l'épisode fructueux d'InvestinMed, l'association aurait eu du mal à trouver des relais et à proposer des services qui conviennent à toutes les CCI. Pas faux, au moins sur ce dernier point, reconnait-on au siège catalan : "l'Ascame regroupe des CCI très différentes, des petites et des grandes, et il est difficile de satisfaire tout le monde. Toutes n'ont pas les mêmes besoins."


Vers un futur axe Ascame-CPCCAF ?

Aussi bizarrement que cela puisse paraître, l'avenir pourrait venir de l'Afrique. Très peu de temps avant notre entretien, Mounir Mouakhar venait de converser au téléphone avec Ahmed El Wakil. Mais, le président de la CCI de Tunis, "en congé de l'Ascame", effectuait cet appel sous sa casquette fraîchement acquise en décembre 2018, de président de la CPCCAF, la Conférence permanente des chambres consulaires africaines et francophones.

Cet organisme créé en 1973 par Georges Pompidou, Léopold Sédar Senghor et Félix Houphouët-Boigny regroupe vingt-trois pays du continent africain et quatre de l'hémisphère Nord (Luxembourg, Belgique, France, Québec). Pour l'anecdote, et en clin d'oeil avec les critiques sur l'Ascame et Barcelone, la CPCCAF tiendra son premier bureau le 5 mars 2019, à... Tunis, ville de Mounir Mouakhar.

La confidence de ce coup de fil se trouvait trop belle pour ne pas lui rappeler qu'en 2011, sous ses yeux, était signé la Déclaration de Tunis. Ne la cherchez pas sur le site de l'Ascame dans la liste des trente-trois accords paraphés par l'association. Elle n'est pas mentionnée.

Cette convention unissait justement l'Ascame et la CPCCAF. Quelques secondes de silence puis , "Tout est resté lettre morte, il n'y a eu aucun suivi de cette convention", affirme le président de la CCI de Tunis, l'air désolé. Puis, préférant regarder vers l'avenir, il clame, "nous aspirons à un développement des relations entre l'Ascame et la CPCCAF." Dont acte... ou plutôt déclaration d'intention.


L'Ascame a rendez-vous avec Marseille en avril 2019

La CCIMP se tourne désormais vers l'Afrique, ici la première réunion de l'assocation après l'élection d'Yves Delafon à sa tête (photo : F.Dubessy)
La CCIMP se tourne désormais vers l'Afrique, ici la première réunion de l'assocation après l'élection d'Yves Delafon à sa tête (photo : F.Dubessy)
Désengagée de l'Ascame, la CCIMP tisse sa toile en Afrique, son nouveau terrain de jeu à l'international depuis près de deux ans. Après avoir porté sur les fonts baptismaux le réseau Africalink fin juin 2017, envisagé d'accueillir une édition d'Hub Africa à Marseille, voilà que son président Jean-Luc Chauvin dévoilait en janvier 2019 vouloir créer une maison de l'Afrique avant 2021.

"A la CPCCAF les leviers sont plus faciles et plus importants pour Marseille qu'ils ne le sont à l'Ascame", indique l'un de nos contacts anonymes pour justifier cet axe. "C'est dommage car l'Ascame a la reconnaissance de Bruxelles comme représentant de l'économie méditerranéenne aux côtés de BusinessMed. Elle bénéficie aussi de financements européens", ajoute-t-il.
Et qui dispose d'un siège de membre observateur, le seul qui existe d'ailleurs, à la CPCCAF depuis l'élection à sa présidence de Mounir Mouakhar ? Frédéric Ronal, vice-président de la CCIMP !

 
Difficile cependant de se persuader que l'ombrelle de la CPCCAF pourrait devenir l'arbre à palabres pour étancher les conflits entre Marseille et Barcelone. D'abord parce que la Catalogne, pas plus que l'Espagne, ne se trouve représentée dans cette enceinte. Et pour cause, la Conférence ne regroupe, par définition, que des francophones. Ensuite, selon un autre informateur de la rive Nord de la Méditerranée, l'Ascame ne tiendrait pas tellement à un rapprochement avec la CPCCAF. Enfin, car deux occasions plus concrètes devraient pointer leur nez prochainement.

 
Le 18 mars 2019, le Palais de la Bourse accueillera une délégation égyptienne au sein de laquelle pourrait se trouver Ahmed El Wakil, président de la CCI d'Alexandrie. S'il n'est pas présent, ce ne sera que partie remise, car le match retour se déroulera chez lui, à Alexandrie, en juin 2019 avec la réception d'une forte délégation provençale et d'Africalink pour le French Day. Un événement organisé par la Chambre de la seconde ville égyptienne, dont le président n'est autre que le président de l'Ascame.

Mieux - ou pas, l'avenir nous le dira -, l'Ascame, la Commission Interméditerranéenne de la Conférence des Régions Périphériques Maritimes (CRPM), le Plan Bleu, l’Université Technique Nationale d’Athènes (NTUA) et l’Université du Monténégro se réuniront, les 16 et 17 avril 2019 à Marseille, pour une conférence internationale "Renforcer l'interface science-politique dans la croissance bleue".

 
Reste à savoir ce que feront les belligérants de ces deux prétextes offerts : tenter de renouer le dialogue ou creuser encore plus le fossé entre eux ?

Lire la première partie de notre enquête : l'Ascame fait Chambres à part.

Liste des présidents de l'Ascame depuis sa création

1982 – 1992: Josep M. FIGUERAS, Président CCIN Barcelone (Espagne) 1992 –1998: Henry ROUX-ALEZAIS, Président CCI Marseille - Provence (France)
1998 – 2002:  Romano MAMBRINI, Président CCI Calgari (Italy)
2002 – 2007:  Jilani BEN M’BAREK, Président CCI Tunis (Tunisie)
2007 – 2012: Murat YALÇINTAS, Président CCI Istanbul (Turquie)
2012 - 2017: Mohamed CHOUCAIR, Président CCIA Beyrouth et Mont-Liban (Liban)
2017 - : Ahmed EL WAKIL, Président de la Chambre de Commerce d'Alexandrie (Egypte)


Vendredi 22 Février 2019

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