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L'Algérie prête à augmenter ses livraisons en gaz à l'Europe


Rédigé par , le Lundi 28 Février 2022 - Lu 1902 fois


L'Algérie compte également sur le transport de GNL par ses méthaniers pour augmenter ses approvisionnements de l'UE (photo: Sonatrach)
L'Algérie compte également sur le transport de GNL par ses méthaniers pour augmenter ses approvisionnements de l'UE (photo: Sonatrach)
ALGÉRIE / UE. "Sonatrach est un fournisseur fiable de gaz pour le marché européen et est disposé à soutenir ses partenaires de long terme en cas de situations difficiles." Toufik Hakkar, Pdg de l'entreprise d'hydrocarbures appartenant à l'État algérien, a voulu faire connaître, dimanche 27 février 2022 dans les colonnes du quotidien algérien Liberté et sur son site, sa capacité à se substituer, en partie, aux livraisons russes dans ces pays en augmentant ses approvisionnements en gaz naturel ou gaz naturel liquéfié (GNL). Martelé par le Pdg et les officiels algériens depuis plusieurs mois, ce message tombe à point nommé.
Un Conseil des ministres européens en charge de l'Énergie se réunit, lundi 28 février 2022 à Bruxelles avec comme ordre du jour justement les difficultés à venir des États membres pour se fournir en gaz.

L'invasion de l'Ukraine, par où passe un réseau de gazoducs en provenance de Russie, et le report sine die de l'ouverture du gazoduc Nord-Stream2, viennent rabattre les cartes dans la fourniture d'énergie. Ce projet porté par le Russe Gazprom en partenariat avec les Européens OMV, ENgie, Wintershall Dea, Uniper et Shell a déjà englouti plus de 9 mrds€. Il relie la Russie à l'Allemagne via la mer Baltique sur 1 230 km, avec une capacité de 55 milliards de mètres cubes par an.

Le chancelier allemand Olaf Scholz a décidé le 22 février 2022 de bloquer le processus de certification de la société l'exploitant comme "opérateur indépendant". Même si les vannes de Nord-Stream1, en service depuis 2012, n'ont pas encore été fermées, que la Russie demeure le premier fournisseur en gaz naturel de l'UE, et que le gazoduc TurkStream (inauguré en janvier 2020 et transportant le gaz russe vers l'Europe du Sud via la Turquie et la Mer noire) continue à fonctionner, l'offre algérienne présente une assurance si le conflit devait s'éterniser.

Les Italiens déjà à Alger pour discuter

Pour l'instant, le niveau des réserves souterraines de gaz dans les différents États membres de l'Union européenne et le radoucissement du climat devraient permettre de faire face au moins jusqu'à l'automne 2022. Même si les Vingt-sept, depuis les relations conflictuelles avec la Russie, et donc des baisses de livraisons, puisent de plus en plus dans leurs stocks. Gazprom indiquait, début janvier 2022, que l'UE avait déjà consommé 41% de ses réserves de gaz constituées en 2021. L'association représentant les intérêts des opérateurs d'infrastructures de gaz dans l'UE, Gas Infrastructure Europe (GIE), précisait qu'au 12 janvier 2022, ces réserves étaient remplies à 49,33% contre près de 65% en 2021 et 83% en 2020. Début février 2022, elles n'étaient plus qu'à 31% toujours selon GIE (26% pour la France, 40% pour l'Italie et 58% pour l'Espagne), le plus bas niveau jamais enregistré à cette période de l'année. Ceci explique l'envolée des prix du gaz.

L'Algérie peut acheminer plus de gaz via le gazoduc Transmed reliant l'Algérie à l'Italie. Ses capacités d'exportation (32 milliards de mètres cubes annuels) n'étant pas atteintes. Il reste même, selon Abdelmajid Attar, ministre algérien de l'Énergie, quelque 10 milliards de mètres cubes disponibles. Luigi Di Maio, ministre italien des Affaires étrangères, et Claudio Descalzi, pdg du géant italien des hydrocarbures Eni, se trouvaient d'ailleurs, lundi 28 février 2022, à Alger pour évoquer cette question. "Nous discuterons du renforcement de la coopération bilatérale, en particulier pour répondre aux besoins en matière de sécurité énergétique européenne, à la lumière du conflit en Ukraine", indiquait le ministre dès son arrivée. Son pays importe environ 95% du gaz qu'il consomme et en 2021 déjà, les livraisons de gaz algérien ont augmenté de 109%. par rapport à 2020.

L'augmentation des livraisons dépendantes des besoins intérieurs

L'autre tube, Medgaz (GZ4) qui alimente directement l'Espagne (60% pour la consommation du pays et 40% destiné à l'exportation) en passant par la mer Méditerranée depuis mars 2011, n'a pas été cité par les Algériens. Par contre, le gaz naturel liquéfié en Algérie - où "les unités de liquéfaction sur place ne sont utilisées que de 50 à 60% de leurs capacités", toujours selon le ministre - peut également arriver dans les soutes de la flotte de six méthaniers de Sonatrach. Sa capacité de production s'élève actuellement à plus de 50 millions de mètres cubes de GNL.

Quant au gazoduc Maghreb-Europe (GME reliant Beni-Saf à Almeria), l'Algérie a décidé de ne pas renouveler son contrat arrivé à échéance le 31 octobre 2021 et courant depuis novembre 1996. Il faut dire qu'il passe par le Maroc - qui bénéficiait pour ce transit d'une possibilité de prélever 97% de ses besoins à des prix préférentiels - pays avec lequel elle a rompu toute relation. L'Espagne a pris le relai, début février 2022, pour livrer le Maroc.

Abdelmadjid Attar précise toutefois que l'Algérie ne pourra pas, à elle seule, "compenser la baisse d'approvisionnement en gaz russe." Il estime pouvoir fournir à l'Union européenne, à ce jour, entre "deux ou trois milliards de mètres cubes en plus." A ce jour car, l'Algérie s'est engagée dans un vaste programme d'investissement tout azimut. Entre 2022 et 2026, ce pays va consacrer 39 mrds$ (34,7 mrds€) au secteur des hydrocarbures (dont 70% dans l'exploration et le développement) en partenariat avec des groupes étrangers dont ENi et TotalEnergies très présents en Algérie. Il sera donc à même d'augmenter ses exportations.

Sur la seule année 2022, Sonatrach prévoit d'engager 8 mrds$ dans "les projets de développement de gisements gaziers et pétroliers, tels que Touggourt, Hassi Bi Rekaiz et Berkine Sud pour le pétrole, et Isarene, TFT et les gisements du Sud-Ouest pour le gaz, ainsi que de développement des capacités de raffinage", dévoile Toufik Hakkar. Cependant, comme il le précise, la compensation du gaz russe par le gaz algérien dépendra de "la disponibilité de volumes excédentaires après satisfaction de la demande du marché national", - en hausse permanente - mais aussi des "engagements contractuels" déjà pris avec ses clients étrangers.

Un projet de gazoduc porté par l'OTAN

Si l'Algérie ne peut pas se substituer totalement à la Russie, d''autres options existent cependant. D'abord avec le gaz de Tunisie et de Libye (via Greenstream connectant depuis octobre 2004 l'ouest de la Libye à la Sicile). L'Italie, toute proche, pourra à nouveau endosser le costume de négociateur pour substituer, sinon d'autres routes d'approvisionnement pour l'Union européenne, du moins une augmentation des livraisons de ces deux pays. Le Gazoduc transadriatique (TAP), qui achemine le gaz depuis l'Azerbaïdjan vers l'Europe et principalement la Turquie mais aussi l'Italie et la Grèce pour ne parler que des pays méditerranéens, pourrait aussi apporter sa contribution. De même, à plus long terme, le projet EastMed qui reliera en 2025, en contournant la Turquie, le réseau européen aux champs offshore découverts en Israël, à Chypre et en Égypte.

L'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) poursuit depuis 2019, avec une intensification en 2022, une réflexion pour créer une nouvelle connexion gazière entre l'Espagne (qui possède 30% de la capacité de stockage de GNL européen) et l'Allemagne, via la France, pour un coût évalué à 400 M€. L'objectif étant déjà de réduire la dépendance de l'Europe centrale vis-à-vis du gaz russe. Ce réseau aurait aussi l'avantage de faire passer de l'hydrogène vert. Ce projet est au programme des discussions de l'assemblée générale de l'OTAN qui se tiendra en juin 2022.

Occupant la onzième place mondiale en terme de réserves de gaz naturel conventionnel (hors gaz de schiste) avec 159 000 milliards de pieds cubes (4 502 milliards de mètres cubes) à fin 2021, l'Algérie assure aujourd'hui 11% des importations de gaz du continent européen, un "marché naturel de prédilection", selon le Pdg de Sonatrach. Son premier client européen en la matière est l'Italie à qui il fournit 60% de ses besoins contre 20% pour l'Espagne (mais il a encore été son premier fournisseur en 2021 et pesé 42,7% de son gaz importé), 12% pour le Portugal et 6% pour la Slovénie. L'Union européenne consomme 450 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an.




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