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L'Algérie demande des négociations directes entre le Maroc et le Front Polisario


Rédigé par , le Mardi 6 Septembre 2022 - Lu 1615 fois


Staffan de Mistura a rencontré Ramtane Lamamra au ministère algérien des Affaires étrangères (photo: MFA algérien)
Staffan de Mistura a rencontré Ramtane Lamamra au ministère algérien des Affaires étrangères (photo: MFA algérien)
SAHARA OCCIDENTAL. Après une visite dans les camps de Tindouf (Algérie) suivie d'une rencontre avec des responsables du Front Polisario dont un entretien privé avec Brahim Ghali, son secrétaire général, Staffan De Mistura a été reçu, lundi 5 septembre 2022 à Alger, par Ramtane Lamamra, ministre algérien des Affaires étrangères, en présence d'Amar Belani, envoyé spécial chargé de la question du Sahara occidental et des pays du Maghreb.

Nommé en novembre 2021, l'envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental présentera, en octobre 2022, un rapport sur cette tournée lors d'une séance du Conseil de sécurité. Il s'appuiera également sur sa précédente mission à Rabat en juillet 2022 qui ne lui avait pas permis d'aller au Sahara occidental.

Staffan de Mistura ira également en Mauritanie le 10 septembre 2022, soucieux de mener des "consultations avec toutes les parties concernées en vue de réaliser des progrès constructifs dans le processus politique au Sahara occidental", al déclaré son bureau.

L'histoire du Sahara occidental en quelques dates repères
 
1884 : Le Sahara occidental devient une colonie espagnole
1912 : Début du Protectorat français au Maroc et du sous-protectorat espagnol au Maroc au Nord du pays et dans les territoires sahariens de Tarfaya et du Rio de Oro
1956 : Proclamation de l'indépendance du Maroc et fin du Protectorat espagnol sur le nord du pays
1958 : Cession au Maroc par les Espagnols du territoire de Tarfaya puis création du Sahara espagnol (avec Rio de Oro et Saguia el-Hamra)
1963 : Guerre des Sables entre le Maroc et l'Algérie à la suite d'incidents frontaliers
1964 : Cessez-le-feu
1969 : Cession par les Espagnols de l'enclave d'Ifni
1975 : L'Espagne cesse son protectorat au Maroc, qu'elle exerçait avec la France
1976 : Autoproclamation de la République arabe saharaouie démocratique (RASD) par le Front Polisario
Mars 1976 : Reconnaissance de la RASD par l'Algérie
1991 : Cessez-le-feu prononcé sous égide des Nations unies avec une pseudo-frontière définie.
2007 : Le Maroc propose un plan de "large autonomie", refusé par le Front Polisario

L'Onu veut une reprise des négociations

Depuis le revirement, en mars 2022, de la position de l'Espagne sur l'avenir de son ancienne colonie et son soutien à l'initiative marocaine d'autonomie présentée en 2007, la donne a changé. Elle s'est conclue par une reprise officielle, en avril 2022, des relations diplomatiques entre les deux royaumes.

Les solutions pour régler ce conflit vieux de cinq décennies (voir encadré ci-dessus) ne peuvent plus passer par Madrid, estiment les interlocuteurs sahraouis comme algériens de Staffan de Mistura. Le représentant du Front Polisario auprès des Nations unies à New York, Sidi Mohamed Omar, a ainsi déclaré, dimanche 4 septembre 2022: "En raison des positions récemment prises par l'actuel gouvernement espagnol, le royaume d’Espagne est passé d'un acteur qui peut contribuer de manière positive à la résolution du conflit à un acteur qui a créé plus de problèmes pour le processus de décolonisation du Sahara occidental." Il affirme cependant que son mouvement est "prêt à coopérer avec l'Onu ainsi qu'avec son émissaire dans ce but".

Les discussions entre Staffan de Mistura et Ramtane Lamamra ont porté sur les perspectives d'une reprise des négociations avec l'appui de l'Onu. Alger les veut désormais directes entre le Royaume du Maroc et le Front Polisario "dans l’objectif de parvenir à une solution politique juste, durable et acceptée par les deux parties, garantissant au peuple sahraoui l’exercice de son droit inaliénable et imprescriptible à l’autodétermination, conformément aux résolutions pertinentes de l’Onu et sa doctrine en matière de décolonisation", comme le précise un communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères. Elle rejette le principe des "tables rondes" déjà organisées, sans succès, entre le Maroc, le Front Polisario, l'Algérie et la Mauritanie à Genève en 2018 et 2019 après une résolution de l'Onu. Une formule "contre-productive" pour le gouvernement algérien, mais plébiscitée par son homologue marocain.

Un droit à l’autodétermination "imprescriptible"

Le cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario signé en 1991 a été rompu en novembre 2020 avec des échanges de tirs entre les troupes marocaines et le mouvement de libération du Sahara occidental.
Rabat propose au Sahara occidental une large autonomie sous souveraineté marocaine (voir encadré ci-dessous). Pour le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, il s'agit de la solution "la plus sérieuse, la plus crédible et la plus réaliste". C'est également l'opinion de plusieurs capitales, dont Washington.

Le Front Polisario, soutenu en ce sens par l'Algérie qui a cessé unilatéralement toutes relations diplomatiques avec le Maroc fin août 2021, réclame lui un référendum sur l'indépendance du peuple sahraoui. Cette solution est prévue depuis 1991 et la signature du cessez-le-feu entre les deux parties. L'Onu a échoué, jusqu'à présent, à la mettre en place. Pour Alger, ce droit à l'autodétermination est "imprescriptible". La Tunisie se trouve également en brouille avec le Maroc depuis que son président Kaïs Saïed a reçu, fin août 2022, Brahim Ghali, en marge du sommet économique Japon-Afrique qui se déroulait à Tunis.

Le Maroc contrôle 80% de cette région bénéficiant, selon l'Onu, du statut de territoire non autonome. La résolution de ce conflit figure parmi les priorités fixées par António Guterres en janvier 2022 lors de son intervention devant l'assemblée générale des Nations unies, au lendemain d'une première visite de Staffan de Mistura au Maroc, en Algérie et en Mauritanie. "Dans une région du monde où nous voyons des problèmes de sécurité extrêmement graves, où nous voyons le terrorisme se multiplier dans le Sahel et de plus en plus près des côtes, il est dans l'intérêt de tous de résoudre une fois pour toutes ce problème du Sahara occidental", ajoutait-il en précisant, "j'ai bon espoir que le processus politique reprenne à nouveau."

Les discussions se trouvent au point mort depuis le printemps 2019.

Lire notre enquête en trois parties sur le Sahara occidental

Ce que propose le Maroc pour le Sahara occidental

Le plan d'autonomie, plus précisément l"initiative marocaine pour la négociation d'un statut d'autonomie pour la région du Sahara", a été dévoilé le 11 avril 2007 à New York par El Mostapha Sahel, ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies, au Secrétaire général de l'Onu de l'époque, Ban ki-Moon.

Il prévoit pour la Région autonome du Sahara (RAS) un gouvernement investi par le Roi, mais préalablement élu par le Parlement de la Région (assemblée locale). Cet exécutif et ce législatif bénéficieront de compétences exclusives, notamment en matière fiscale pour financer le développement de la RAS, mais resteront donc sous souveraineté marocaine (drapeau, monnaie...).

Le Sahara occidental recèle de ressources, notamment halieutiques, mais aussi de gisements de phosphate et de minerais rares non encore exploités, voire de pétrole. Sans parler du potentiel en éolien et en solaire. Le projet de texte recense les revenus de l'exploitation des ressources naturelles qui seront affectées à la RAS, ceux qui iront à l'État et les revenus du patrimoine de la Région.

Le Royaume chérifien conserverait ses compétences dans les domaines régaliens, comme la défense, les relations extérieures (même si l'État s'engage à consulter la RAS sur les questions concernant la région) et les attributions constitutionnelles et religieuses du Roi.

Le Front Polisario réclame lui un référendum d'autodétermination. Il est prévu, sous le contrôle des Casques bleus de l'Onu (Minurso) depuis le cessez-le-feu de 1991, mais n'a jamais pu être mis en œuvre, les Sahraouis et les Marocains ne pouvant se mettre d'accord sur la composition du corps électoral.




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