Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée
Econostrum.info






L'Algérie choisit la planche à billets pour sauver son économie et la stabilité sociale


Le gouvernement du nouveau Premier ministre Ahmed Ouyahia a décrété un recours à la planche à billets pour d’éviter l’arrêt de l’appareil économique du pays et une crise sociale sans précédent.


            Partager Partager

Les vents sont contraires pour l'économie algérienne (photo : F.Dubessy)
Les vents sont contraires pour l'économie algérienne (photo : F.Dubessy)
ALGÉRIE. Une grande inquiétude plane sur la rentrée sociale 2017 en Algérie. La récente, et encore incertaine, remontée des prix du pétrole sur le marché mondial n’arrive pas à l'endiguer.
La communication officielle n’est pas pour rien dans ce climat difficile. S’appuyant sur des données chiffrées difficilement vérifiables et de plus en plus contestées, elle oscille entre propos rassurants et discours anxiogène.
 
D’un côté, le gouvernement cherche à tranquilliser la population en affirmant sa maitrise des principaux leviers économiques, en rappelant qu’il gère un matelas financier confortable – 105 mrds$ en juillet 2017 – et qu’il dispose d’une inébranlable volonté de préserver l’ «Etat social», base du consensus national forgé au cours de la guerre de libération nationale.
D’un autre côté, ces dirigeants distillent des propos alarmistes en assurant que les subventions publiques menacent gravement les équilibres budgétaires et que les salaires des fonctionnaires risquent de ne pas être honorés à partir du mois de novembre 2017.
Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a reconnu que les besoins de financement du Trésor public pour boucler l’année 2017, dépassent les 5 mrds$.

Recours à la planche à billet

La situation a été jugée suffisamment sérieuse pour que le Premier ministre déclare, à l’occasion de la présentation du plan d’action de son gouvernement devant les députés : «Je serai franc avec vous, si nous n’appliquons pas le financement non conventionnel, même les parlementaires ne pourront pas toucher leur salaire. Maintenant que nous avons une solution, la nation doit connaître les défis qui l’attendent. Sans l’application de cette nouvelle mesure, l’économie nationale serait en arrêt brutal. Nous aurions connu, comme en 1986, des difficultés sociales. »
 
La situation a poussé le gouvernement à présenter un projet de loi portant amendement de l’ordonnance de 2003 sur la monnaie et le crédit. Cette modification du cadre juridique vise à ouvrir la voie au financement non conventionnel qui permettra, durant cinq ans, à la Banque d’Algérie d’acheter directement des titres émis par le Trésor public.
Les autorités entendent, en d’autres termes, recourir à la planche à billets afin de soutenir la consommation des ménages, payer les entrepreneurs qui créent de l’emploi à partir de la commande publique qui profite aux communes, celles du Sud et des Hauts-Plateaux en particulier.
 
Cette politique financière chargée de soutenir l’augmentation prévue des dépenses d’équipement en 2018 devrait également permettre de continuer à honorer la facture des importations qui reste supérieure aux revenus tirés des exportations.
Le risque d’inflation s’avère ainsi réel. Un ancien Premier ministre du président Abdelaziz Bouteflika passé dans l’opposition, Ahmed Benbitour, a même prédit une inflation à trois voire à quatre chiffres !

La question sociale

Le gouvernement entend cependant profiter de l’aubaine représentée par la planche à billets pour initier une politique de réformes structurelles. L’article 45 bis de la loi amendant l’ordonnance sur la monnaie et le crédit prévoit d’arriver, à l’issue des cinq années, «au rétablissement des équilibres de la trésorerie de l’Etat et de l’équilibre de la balance des paiements».
 
Pour arriver à ses fins, le gouvernement continuera à réduire les importations. Le ministre du Commerce, Mohamed Benmeradi, a  indiqué que le gouvernement se fixait pour objectif de ramener le déficit commercial à 2 mrds$ en 2018 contre 10 mrds$ cette année. Certains produits déjà interdits par le précédent gouvernement au niveau des banques seront interdits légalement afin d’être en conformité avec les engagements internationaux de l’Algérie.
D’autres produits seront soumis à des taxes douanières alors qu’ils ne l’étaient pas, dans le cadre en particulier de l’accord d’association avec l’UE, zone avec laquelle l’Algérie réalise la moitié de ses échanges commerciaux.
Enfin, il sera procédé à l'élargissement de la liste des produits soumis aux licences d'importation. Toutes ces mesures devraient entrer en application avant le 1er janvier 2018.
Mohamed Benmeradi a également annoncé qu’aucune licence d’importation de véhicules neufs ne serait finalement accordée au titre de l’année 2017. De même a-t-il laissé entendre que cette interdiction pourrait être reconduite l’an prochain.

L’Exécutif se donne également pour objectif de s’attaquer à l’épineux problème des subventions sociales tant décriées par les organismes financiers internationaux, nombre d’experts et d’opposants. Mais cela ne devrait pas intervenir en 2018.
Concernant l’impôt sur la fortune promis par Abdelmadjid Tebboune, l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia a confirmé qu’il figurerait dans la loi de Finance 2018. Cet impôt devrait selon lui concerner 10% de la population.
 
Abdelmadjid Tebboune avait même annoncé que les citoyens dont le salaire mensuel n’atteint pas les 300 €, ainsi que ceux payés à l’heure ou à la journée, devaient être exonérés d’impôt.
L’actuel gouvernement n’a pas semblé convaincu de la possibilité de récupérer les capitaux de l’évasion fiscale. Ahmed Ouyahia a justifié cette attitude par l’impossibilité de recouvrer le montant des impôts non payés du fait de la prescription.
Il annonce en revanche le recours imminent à la «finance islamique» par deux banques publiques en vue de pousser les islamistes qui se sont reconvertis en masse dans l’économie informelle et qui refusent le système de l’intérêt à réintégrer les circuits officiels.
Enfin, des mesures plus classiques seront introduites dans la prochaine loi de Finances comme l’augmentation des prix de l’essence alors que la valeur du dinar continuera de se détériorer afin d’accroître les rentrées fiscales tirées de la production d’hydrocarbures.

Acia Kaci, à ALGER

Jeudi 28 Septembre 2017

Lu 2259 fois




Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.




Suivez-nous
Facebook
Twitter
Rss
YouTube



Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA




LE Guide euroméditerranéen des financements et de la coopération 2019
Guide euroméditerranéen des financements et de la coopération
 30,00 € 
  Prix Spécial | 10,00 €
FICHES FINANCEMENT - FICHES PAYS - ANNUAIRE











À propos d'Econostrum.info


Econostrum.info est un média indépendant qui traite au quotidien l'actualité économique des pays riverains de la Méditerranée. Coopération économique, actualité des entreprises par secteur (Industrie, Services, Transport, Environnement, Finances), dossiers thématiques, actualité des aéroports, compagnies aériennes et maritimes (nouvelles destinations)... sont traités et analysés par une équipe de journalistes présents dans le bassin méditerranéen.