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L'Agence de l'entrepreneuriat en Méditerranée (Acim) cesse définitivement ses activités


Basée à Marseille, L'Acim, Agence de l'entrepreneuriat en Méditerranée, tirera le rideau définitivement fin décembre 2018, faute de subventions locales. La structure licencie six personnes. Elle s'ajoute à la liste des associations qui symbolisaient la vocation méditerranéenne de la cité phocéenne et qui ont fermé leurs portes, amputées d'une partie de leur financement. Montrée du doigt, la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur se défend d'en être responsable.


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Christian Apothéloz, président de l'Acim, fustige le manque de soutien des collectivités (photo : F.Dubessy)
Christian Apothéloz, président de l'Acim, fustige le manque de soutien des collectivités (photo : F.Dubessy)
FRANCE. Malgré le discours ambiant sur la vocation méditerranéenne de Marseille, une nouvelle association se trouve dans l'obligation de cesser toute activité, faute de renouvellement de ses subventions. L'Acim, Agence de l'entrepreneuriat en Méditerranée, tirera définitivement le rideau fin décembre 2018 et doit licencier six personnes.

Se présentant comme "une agence de coopération internationale investie au service du développement économique et de la création d'activités dans les pays de la rive Sud de la Méditerranée", l'Acim a vu le jour voici douze ans. Elle se trouvait, en décembre 2013, dans l'aventure de la création du Pôle Med rassemblant, sous l'égide de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, les acteurs de la coopération économique en Méditerranée basés comme elle à Marseille aux côtés d'Anima investment network, Finances & Conseil Méditerranée (FCM) et l'Imed.

L'Acim développait deux volets : l'accompagnement à la création d'entreprises en Méditerranée et le soutien aux créateurs d'entreprises des diasporas algériennes, marocaines et tunisiennes souhaitant investir dans leur pays d'origine. En décembre 2015, elle créait même un DiasporaLab pour assurer suivi, accompagnement personnalisé, réseautage, renforcement des capacités des structures d’accompagnement locales, à ces chefs d'entreprises. L'association a accompagné plus de 250 porteurs de projets depuis 2009.

"Plus de contrepartie locale"

En 2016, l'ACIM initiait également le réseau SIEMed (Soutien aux initiatives entrepreneuriales en Méditerranée) qu'elle animait et qui rassemblait une cinquantaine d'acteurs du soutien à l'entrepreneuriat de six pays du pourtour méditerranéen (Algérie, Egypte, France, Liban, Maroc et Tunisie).

Pour ces différentes activités, l'Acim s'appuyait sur des programmes financés par l'Union européenne et l'Agence française de développement (AFD). Le budget de l'association (600 000 €) était assuré à raison de 80% de programmes internationaux et 20% de partenariats locaux.

"Nous fermons avec 700 000 € d'engagements externes ! Mais il fallait une contrepartie locale que nous ne pouvons plus avoir", regrette son président Christian Apothéloz dans un entretien exclusif accordé à econostrum.info. "Il faut que le territoire et les collectivités locales jouent le jeu avec des structures comme la nôtre. Nous avons besoin de cofinancements", insiste-t-il.

"Ils veulent faire de la Méditerranée sans les Méditerranéens"

L'homme s'avère d'autant plus amer qu'il a déjà connu la même aventure, voici un an et demi, avec FCM, dans exactement la même configuration (voir encadré). Ce réseau, regroupant les professionnels du monde de la finance des deux rives de la Méditerranée, avait également dû cesser ses activités après l'arrêt des subventions de la Région qui alimentaient 70% de son budget.

Il ne mâche donc pas ses mots : "Le Conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur nous a lâchés en rase campagne au mois de novembre dernier", indique Christian Apothéloz. "Ils veulent faire de la Méditerranée sans les Méditerranéens", poursuit-il, très remonté.

Selon l'entourage du président de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, joint par econostrum.info, "la Région a accordé 30 000 € de subventions en 2016 à l'Acim. Mais, l'Acim a surestimé le prévisionnel de dépenses liées au financement public." En clair, l'association n'aurait pas dépensé ce qui était budgété et donc, la Région ne pouvant subventionner que 80% au maximum d'une opération, ne pouvait pas lui verser la totalité de cette subvention. Il a fallu que "l'exécutif régional fasse voter une  dérogation pour lui accorder le solde de 9 000 € attendu", détaille notre source. Un fâcheux précédent qui a pesé.

"La Région n'abondait qu'à hauteur de 4% de son budget"

Tout en réaffirmant "la politique volontariste bienveillante sur la Méditerranée du  président Renaud Muselier, qui n'est plus à démontrer", son Cabinet indique qu'il "doit faire des arbitrages. L'Acim fait de la coordination de réseaux alors que la Région préfère aujourd'hui travailler directement avec des porteurs de projets."

Le manque de programmation d'actions en 2016 et l'obligation de voter une dérogation pour payer la subvention promise auraient donc conduit la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur à prendre la décision de ne plus soutenir l'Acim "sur le genre d'actions qu'elle mène". La source interrogée par econostrum.info ajoute "regretter le facteur humain sur lequel on ne peut pas être insensible" tout en précisant que "la Région n'abondait qu'à hauteur de 4% le budget 2016 de l'association et peut donc être difficilement considérée comme responsable de sa fermeture au 1er janvier 2019."

Reste, comme indiqué plus haut, la nécessité qu'avait l'Acim pour décrocher des programmes internationaux - et donc continuer à vivre - d'obtenir des cofinancements locaux.

"Nous avons cherché des solutions jusqu'au bout avec notamment un appel public pour la recherche d'un repreneur", révèle le président de l'Acim. "Plusieurs associations ont montré un intérêt au dossier, mais sans aucune concrétisation", déplore-t-il.

Depuis la création d'Africalink, Christian Apothéloz - qui dirige le Cabinet A et poursuit ses activités de consultant - est membre de son bureau (et le restera). Il coordonne aussi le think tank de ce réseau de chefs d'entreprises provençaux et africains porté sur les fonts baptismaux par la Chambre de commerce et d'Industrie Marseille-Provence (CCIMP).

UNE SUCCESSION DE LIQUIDATIONS

L'arrêt définitif de l'Acim vient ajouter un nouveau nom à la liste des défuntes structures à vocation méditerranéenne basées à Marseille, qui ne cesse de se remplir depuis 2017.

Durant l'été 2017, Finances & Conseil Méditerranée fermait dans l'indifférence totale. Créée en 1992, elle rassemblait une cinquantaine de professionnels du monde de la finance (banquiers, avocats, experts-comptables...) de France, du Maghreb et du Liban.

Quelques mois plus tard, en octobre 2017, l'Institut méditerranéen des transports maritimes (IMTM) annonçait sa liquidation après cinquante ans d'existence. L'association organisait des colloques, livrait des études et proposait des formations.

En décembre 2017, l'Ocemo (Office de coopération économique pour la Méditerranée et l'Orient), réseau des réseaux méditerranéens et porte-parole de la voix de la société civile, disparaissait aussi. Créé en avril 2011 avec comme financeurs la Caisse des dépôts, la ville de Marseille, la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur et la CCI Marseille-Provence, l'Ocemo fédérait plus de trois cent chercheurs et personnalités de la société civile avec comme vocation de répondre aux attentes de la jeunesse en Méditerranée.

Ajoutons à cet inventaire la fin de la Semaine économique de la Méditerranée après dix éditions (dont cinq portées par l'Ocemo). Chaque année, l'événement rassemblait tous les Méditerranéens des rives Nord, Sud et Est autour de thématiques. La dernière SEM s'est tenue dans la Villa Méditerranée en novembre 2016 à Marseille. Ce haut-lieu de la coopération méditerranéenne s'oriente désormais vers un changement complet d'affectation.


Vendredi 21 Décembre 2018

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