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Karim Amellal: "La société civile a la capacité de porter un agenda positif pour la Méditerranée"


Rédigé par Propos recueillis par Frédéric Dubessy, le Lundi 31 Janvier 2022 - Lu 991 fois

Le Forum des mondes méditerranéens organisé par le Ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères à l'initiative du Président français se tiendra les 7 et 8 février 2022 à Marseille, A cette occasion, Karim Amellal ambassadeur français, délégué interministériel à la Méditerranée depuis août 2020, s'exprime, dans un entretien exclusif accordé à econostrum.info, sur l'ambition de cet évènement et l'avenir du partenariat euroméditerranéen. English version


Karim Amellal donne rendez-vous à la société civile méditerranéenne début février 2022 à Marseille (photo: DR)
Karim Amellal donne rendez-vous à la société civile méditerranéenne début février 2022 à Marseille (photo: DR)
econostrum.info: Pourquoi organiser un  Forum des mondes méditerranéens et qui en seront les acteurs ?

Karim Amellal: Notre ambition, dans des conditions très difficiles, sanitaires et de circulation, est de réunir les acteurs de bonne volonté de la société civile autour de ce qui nous rassemble. Des citoyens engagés de moins de quarante ans du pourtour méditerranéen vont pouvoir discuter, et surtout proposer des solutions, autour de thématiques fédératrices: environnement et biodiversité; éducation, formation, mobilités; inclusion et solidarités; emploi, innovation et entrepreneuriat; culture et patrimoine; action territoriale et développement durable.

Le Sommet des deux rives en 2019 n'avait pas tenu ses promesses, une structure de suivi des engagements devait voir le jour et un bilan fait au bout de six mois et il n'en a rien été. En quoi cette nouvelle édition sera différente ?

K.A.: Le Sommet des deux rives était une première pierre, un point de départ avec un format hybride accueillant des chefs d'État et de gouvernement aux côtés de la société civile. Avec le Forum des mondes méditerranéens, nous poursuivons et nous agissons dans le même processus, mais en élargissant à toute la Méditerranée.

Le président Emmanuel Macron a organisé cet évènement pour mettre à l'honneur la société civile et les engagements de Marseille du Sommet des deux rives qui s'articulaient sur plusieurs thématiques. Il s'agira d'un moment de dialogue, avec cinquante partenaires associés et la présence de Français, de Marseillais et bien sûr de Méditerranéens autour de vingt-cinq tables rondes, une dizaine d'ateliers, un village de l'emploi axé autour de filières qui recrutent en Méditerranée et un village des projets.

Nous voulons montrer tout ce que fait de positif, d'ambitieux, la société civile, montrer que nous pouvons travailler ensemble. Il faut du politique, même si c'est très compliqué à cause des tensions, de la concurrence et des rivalités entre pays. Mais, il faut le faire avec des acteurs qui avancent, ceux de la société civile qui a la capacité de porter un agenda positif pour la Méditerranée sur certains sujets.

Une Méditerranée des solutions

Pourquoi avoir changé le nom de cette rencontre ?

K.A.: Le Sommet des deux rives était sous le format du dialogue 5+5*, aujourd'hui nous impliquons tous les acteurs méditerranéens. Il est donc plus pertinent de parler de mondes méditerranéens, car la Méditerranée ce sont des mondes connectés, juxtaposés qui parfois se heurtent. C'est la mer la plus polluée au monde, des conflits, des tensions, mais aussi un laboratoire des solutions pour l'avenir sur la formation, le changement climatique, l'entrepreneuriat, un véritable gisement de créativité, une jeunesse fantastique. Le Forum montrera tout ça est essayera de régler certains problèmes et contribuera à porter, à promouvoir, à valoriser ce qui va bien. Il sera une vitrine de cette Méditerranée des solutions.

La seconde édition du Sommet des deux rives devait se dérouler au Sud de la Méditerranée. Pourquoi le choix de Marseille à nouveau ?

K.A.: Oui, il était prévu qu'elle se tienne en Mauritanie. Mais, les conditions n'étaient pas réunies. Le choix de Marseille s'impose, car cette ville est la capitale méditerranéenne de la France, comme Montpellier l'est pour l'Afrique (NDLR: elle a accueilli le Sommet Afrique-France en octobre 2021). Cette réunion est d'ailleurs co-construite avec les acteurs marseillais que sont la Région, la Métropole, la Ville. C'est fondamental. Un évènement politique, sous l'égide de l'Union pour la Méditerranée par exemple, pourrait aussi avoir lieu. Nous serions très heureux s'il se déroulait dans un pays du Sud.

Comment s'articule le Forum des monde méditerranéens avec la propre manifestation annuelle de la Région depuis 2017, La Méditerranée du Futur ?

K.A.: Nous développons ensemble un segment du Forum des mondes méditerranéens consacré aux territoires et au développement durable. La Méditerranée du Futur aura bien lieu fin novembre 2022.

Un potentiel méditerranéen incarné par la société civile

Où en est le partenariat euroméditerranéen plus de vingt-cinq ans après sa mise en place ?

K.A.: Le partenariat euroméditerranéen se matérialise par la Politique européenne de voisinage (PEV), notamment à travers ses instruments, dont ceux financiers. Non seulement il existe, mais il est puissant par les montants investis au Sud et à l'Est et les institutions. L'Union pour la Méditerranée est une réalité. C'est même le seul organe intergouvernemental réunissant tous les pays du pourtour méditerranéen. L'UpM représente une opportunité pour revivifier ce partenariat, lui donner davantage de moyens, de nouvelles ambitions. Nous sommes tous d'accord là-dessus. La France milite pour que l'UpM prenne un tour plus concret.
Alors oui, le partenariat doit être plus tourné vers la jeunesse et les projets. Mais, c'est déjà largement le cas.

Les points chauds demeurent cependant, les mêmes depuis des décennies, sans que le partenariat euroméditerranéen n'arrive à les résoudre ?

K.A.: Il faut essayer de pousser les solutions politiques. Au Liban, en Libye, notamment, nous voyons dans la diplomatie l'instrument pour régler les difficultés, les tensions, les crises, en étant respectueux de ces pays qui sont nos amis et nos partenaires. La France le fait dans un cadre de concertation avec par exemple l'Union européenne dont la voix porte. Nous n'y arrivons pas toujours, c'est le moins que l'on puisse dire. L'UE doit prendre sa part dans la résolution de ces conflits comme un certain nombre de pays et de personnalités, mais toujours dans le respect de la souveraineté des uns et des autres.

Quand nous regardons l'histoire et l'épaisseur civilisationnelle de la Méditerranée, nous ne pouvons qu'être confiants. Notre région a traversé tellement d'épisodes de crise, comme la peste, et elle s'est toujours relevée en devenant plus forte qu'avant. Marseille est une ville iconique de ce point de vue là avec un potentiel extraordinaire, à l'image des pays méditerranéens. Ce potentiel est incarné par tous les actions de cette société civile à qui nous voulons donner la parole lors du Forum.


* Cadre de rencontre entre pays méditerranéens pour la coopération régionale en Méditerranée occidentale inauguré en 1990 par une rencontre des ministres des Affaires étrangères à Rome et réunissant cinq pays du Nord (France, Espagne, Italie, Portugal, Malte) et cinq pays du Sud (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Mauritanie)

Lire aussi la tribune de Karim Amellal: "L'unité et le rassemblement des Méditerranéens sont plus que jamais nécessaires"




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