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Kaïs Saïed promet des législatives en Tunisie "sur la base d'un nouveau mode de scrutin"


Rédigé par , le Lundi 11 Avril 2022 - Lu 980 fois

Alors que son pays se trouve en pleine crise économique, sociale et politique, le président tunisien Kaïs Saïed continue sa main-mise sur l’État tout en promettant des législatives en décembre 2022 après avoir décidé de dissoudre le Parlement. English version


Avec sa Première ministre, Kaïs Saïed prépare les législatives de décembre 2022 (photo: Présidence tunisienne)
Avec sa Première ministre, Kaïs Saïed prépare les législatives de décembre 2022 (photo: Présidence tunisienne)
TUNISIE. Des manifestations se sont déroulées dimanche 10 avril 2022 dans les rues de Tunis pour protester contre la décision de Kaïs Saïed de dissoudre le Parlement aux cris notamment de "le peuple veut renverser le coup d'État". La veille, le Président de la République tunisienne, en poste depuis 2019 et pour cinq ans, tentait de les calmer en annonçant "les Tunisiens ont été déçus par l'Assemblée des Représentants du Peuple (NDLR: ARP), mais le prochain Parlement reflètera leur volonté avec sincérité et authenticité, contrairement à ce qui s'est passé lors des décennies écoulées."

En juillet 2021, Kaïs Saïed entamait un processus de reprise en main de la politique tunisienne. Il adoptait une succession de mesures d'exception comme le gel des activités du Parlement, la levée de l'immunité des députés, la suspension de l'Instance de contrôle de la constitutionnalité des lois, le limogeage du Premier ministre Hichem Mechichi (remplacé en par Najla Bouden Rhomdane fin septembre 2021 dotée de moins de pouvoirs que son prédécesseur) et la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature (février 2022). Depuis, il gouverne par décrets présidentiels.

Aujourd'hui, le Président tunisien franchit une nouvelle étape indiquant que "le dialogue ne peut se tenir qu'avec les patriotes sincères, excluant quiconque s'étant jeté dans les bras de l'étranger."

Des législatives en décembre 2022

Kaïs Saïed a dévoilé que "les élections se tiendront sur la base d'un nouveau mode de scrutin", sans en préciser les contours.
Un référendum populaire sera organisé le 25 juillet 2022 "avec la participation de toutes les parties, pour exprimer leurs opinions et points de vue quant à la nature du régime politique", précise le chef de l'État. Après cette consultation, il entend créer une commission qui sera chargée de traduire en texte politique (une nouvelle constitution) les desiderata des Tunisiens. Une législative, s'appuyant donc sur de nouvelles règles, devrait se tenir le 17 décembre 2022.

De leur côté, les députés de l'ARP ne baissent pas les bras. Déjà le 30 mars 2022, trente d'entre eux avaient tenu une séance plénière en virtuel et voté l'abrogation des mesures d'exception décidées par Kaïs Saïed. Une initiative qualifiée de "tentative de coup d'État manqué" par le président tunisien. Et qui avait conduit à la dissolution du Parlement au nom de "la préservation de l'État et de ses institutions", affirmait-il.

Samedi 9 avril 2022, 84e anniversaire de la Fête des martyrs en Tunisie (en 1938, une manifestation pour l'indépendance du pays, encore sous protectorat français, avait fait vingt-deux morts), un communiqué de la présidence du Parlement faisait part de leur "rejet absolu de la dissolution du Parlement, pour lequel les Tunisien se sont sacrifiés". Le texte, signé de Rached Ghannouchi, président de l'ARP et numéro un du parti d'obédience islamiste Ennahdha, estime que "cette décision inconstitutionnelle va exacerber la crise multidimensionnelle (politique, économique et sociale) qui secoue la Tunisie et renforcer son isolement sur la scène internationale par rapport à l'espace démocratique auquel elle appartenait depuis la révolution de 2011". Les députés dénoncent un "pays embarqué sur les sentiers du pouvoir personnel qui a consacré un régime autocratique".

Une dette publique de 107,8 milliards de dinars

De son côté, le Président de la République a annoncé, lors de cette même journée, que l'État allait indemniser les familles des personnes, des policiers et des militaires tués et blessés lors de la révolution de 2011. Depuis le départ forcé de Zine el-Abidine Ben Ali, le pays n'arrive pas à consolider ses institutions et à s'ancrer dans la démocratie souhaitée par ceux qui s'étaient soulevés contre l'ancien régime autoritaire.

Kaïs Saïed est entré dans une course contre la montre, sur tous les fronts. Avec les problèmes politiques et sociaux, il doit aussi résoudre une équation économique.

La Tunisie affiche un encours de dette publique de 107,8 milliards de dinars (33,13 mrds€) à fin 2021, soit 85,5% du Produit intérieur brut (PIB). Selon la Brochure mensuelle de la dette publique, publiée jeudi 7 avril 2022 par le ministère tunisien des Finances, "l'encours de la dette a augmenté de près de 16% par rapport à 2020 et de 30% en comparaison avec l'année 2019". La dette extérieure représente aujourd'hui 62,8% de l'encours, soit 67,7 milliards de dinars (20,8 mrds€) au total composés majoritairement de crédits dont 36 milliards (11,06 mrds€) de dettes multilatérales et de 13,8 milliards (4,24 mrds€) de dettes bilatérales. Selon la même publication officielle, les dettes contractées en devise pèsent 64,5% (dont 55% en euros) de l'ensemble de la dette du pays, contre 69,6% en 2020 et 72,3% en 2019.

Fin octobre 2021, un rapport du Centre d'Étude et de Réflexion sur le monde francophone (CERMF) faisait entrer, pour la première fois, la Tunisie dans son classement des pays africains les plus endettés en 2021 en prévoyant une dette publique de 91,4%. "Autrefois considérée comme un modèle de développement économique et social pour l’ensemble de l’Afrique et du monde arabe, en dépit de certaines lacunes, parfois exagérées, la Tunisie a en effet connu une décennie perdue en enregistrant une croissance économique annuelle de seulement 0,7 % en moyenne sur la période de dix années 2011-2020", analysait le CERMF.

Investissements communs avec la Libye

Alors que, le 8 avril 2022, le dinar tunisien est tombé à son plus bas niveau face au dollar américain depuis trois ans (3 dinars pour un dollar), le Fonds monétaire international (FMI), comme la Banque mondiale, tentent toujours de se pencher au chevet de la Tunisie. Reste que leur aide est suspendu à l'adoption de réformes, notamment sur les finances publiques, et à une stabilisation politique. Une délégation tunisienne a prévu de se rendre à Washington ce mois pour décrocher un accord.

Autre soutien possible, le voisin libyen. Mohammed Al-Huweij, ministre libyen de l'Économie et du Commerce, a proposé, début avril 2022, à son homologue tunisien, Samir Saied, "la mise en place d'une carte d'investissement conjointe" entre leurs deux pays. Elle concernerait principalement des projets d'investissements conjoints dans des secteurs comme les industries alimentaire et pharmaceutique avec la création d'une zone spéciale située dans la ville de Zuwara (Libye) qui s'étendrait jusqu'à la frontière tunisienne. Reste que la Libye se trouve en plein chaos avec deux gouvernements rivaux.

L'Institut national de la statistique tunisienne (INS) dévoilait, mi-mars 2022, un PIB 2021 en hausse de 3,1% contre 2,6% prévus. A rapprocher cependant d'un recul de 8,7% enregistré en 2020. Comme l'indique l'INS, "les perspectives à court terme s’annoncent particulièrement difficiles au regard des derniers développements sur la scène internationale et leurs répercussions sur l’économie nationale, la faiblesse du sentiment économique qui prévaut chez les dirigeant d’entreprises et les fortes pressions inflationnistes à l’œuvre, même si elles soulagent le désendettement des agents économiques".

La Tunisie doit aussi compter avec un déficit de sa balance commerciale de 16,2 milliards de dinars (4,98 mrds€) en 2021. "Cette évolution est expliquée, d’une part, par la hausse de nos exportations vers certains partenaires européens, tels que la France (+10,7%), l’Italie (+31,4%) et l’Allemagne (+24,9%) ; et d’autre part, par la baisse de nos ventes vers d’autres pays, notamment l’Espagne (-16,4%) et la Grèce (-5,6%)", indiquait l'INS en janvier 2022.




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