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JO 2020 : Madrid et Istanbul y croient encore


Exsangue financièrement, Madrid espère pourtant que sa troisième tentative d'organiser les Jeux olympiques sera la bonne. Elle dispose avec Istanbul d'un concurrent méditerranéen expérimenté. Pour sa cinquième candidature, la capitale turque mise sur sa bonne santé économique pour faire la différence.



Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, et Ana Botella, maire de Madrid, lors d'une présentation de la candidature olympique (photo Moncloa)
Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, et Ana Botella, maire de Madrid, lors d'une présentation de la candidature olympique (photo Moncloa)
ESPAGNE/TURQUIE. En observateur averti de la capitale espagnole, le professeur d'urbanisme à l'Université Polytechnique de Madrid, Ramon Lopez de Lucio, affiche un sourire ironique quand il commente la candidature de sa ville aux Jeux olympiques de 2020 : « C'est une grande blague ! Il n'y a plus aucun argent dans les caisses pour organiser un tel évènement ».

L'argument économique représente en effet la plus grosse difficulté pour Madrid, face aux deux autres candidats (Istanbul et Tokyo), dans la dernière ligne droite conduisant à la proclamation du vainqueur, le 7 septembre 2013. Car Madrid est aujourd'hui devenue la commune la plus endettée du pays, avec plus de 7 milliards d'euros de dettes, soit autant que Barcelone... et les 30 autres plus grandes villes d'Espagne réunies !

Cette situation justifie la course à la réduction des déficits engagée par la municipalité d'Ana Botella, épouse et coreligionnaire (du Partido Popular) de l'ancien président du gouvernement, José Maria Aznar.

L'austérité se traduit tous les jours par des manifestations dans les rues de la capitale, pour protester contre les coupes budgétaires dans le domaine de la santé, la réduction des bourses pour les cantines scolaires, les nouvelles taxes sur les médicaments ou les économies en matière de transports publics... Les syndicats de salariés du métro de Madrid étaient d'ailleurs mobilisés lors de la visite de la Commission d'Évaluation des JO à Madrid, du 18 au 21 mars dernier.

« Union sacrée »

La capitale a cependant pu faire valoir ses atouts : d'abord des infrastructures sportives rapprochées, très bien desservies justement par un réseau de métro exemplaire. Une quinzaine de disciplines olympiques pourraient se dérouler sans mal grâce aux aménagements déjà réalisés.

Pour le reste, le Comité olympique Espagnol (COE) compte sur « l'union sacrée » affichée par la municipalité, la Région et le Gouvernement national pour financer l'enveloppe de 1,5 mrd € nécessaire sur sept ans. « Il s'agira d'un investissement totalement rentable" garantit le président du COE, Alejandro Blanco, devant les caméras de la télévision espagnole (TVE), prenant l'exemple de Barcelone. En oubliant évidemment de préciser que les JO organisés dans la capitale catalane en 1992 s'inscrivaient dans une logique de développement urbain, en pleine période de « boom » économique pour toute l'Espagne !

Le projet « Madrid 2020 » dispose cependant d'autres atouts à faire valoir face aux villes concurrentes. Dont la nouvelle loi antidopage, adoptée au Parlement espagnol peu avant la visite de la Commission d'Évaluation des JO. Cette réglementation ne comble pas seulement le déficit dont souffrait le pays sur ce plan, maisétablit un dispositif légal exemplaire, validé par l'Agence Mondiale Antidopage.

Dernier argument en faveur de l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques à Madrid en 2020 : la persévérance ! C'est en effet la troisième fois consécutive que la ville se porte candidate. Mais cette dernière carte semble à double tranchant, car si la ville était recalée, elle aurait bien du mal à se repositionner dans la course, avant longtemps.

Istanbul fait de sa bonne santé économique un argument pour organiser les jeux olympiques. Photo GT
Istanbul fait de sa bonne santé économique un argument pour organiser les jeux olympiques. Photo GT
Istanbul a également de la suite dans les idées. « Nous sommes repartis de zéro » explique l'équipe d'Istanbul2020, ville candidate non plus « d'un pays émergent, mais qui a émergé ». La mégalopole aux 17 millions d'âmes présente son dossier pour la cinquième fois.

Pour 2020, elle insiste sur la notion d'un pays stable financièrement. Du moins sur la décennie passée: en 2012 en effet, sa croissance n'a atteint que 2,2%, soit 2 points de moins que prévu. Le gouvernement parle de « ralentissement programmé ».

Pour 2020, Istanbul l'artillerie lourde: les plus hauts gradés du pouvoir font le déplacement et confirment leur engagement. Le privé (7 à ce jour) met des dizaines de millions d'euros sur la table. Comme Turkish Airlines qui annonce l'ouverture quasi boulimique de nouvelles lignes (219 en avril 2013).

Il faut dire que le secteur du privé tire cette croissance qui pourrait flirter avec les deux chiffres d'ici le centenaire de la République turque en 2023. « Nous visons 2 trilliards de PIB brut », annonce Ali Koç. Membre du directoire de Koç Holding (environ 10% du total des exportations turques), invité à détailler le chapitre marketing devant un parterre de journalistes étrangers, pour beaucoup venus de Tokyo, autre concurrente sérieuse.


De grands chantiers

Pour 2020, Istanbul chamboule le cadastre: un 3ème aéroport, un 3ème pont au dessus du Bosphore, un tunnel sous celui-ci (mis en service en octobre 2013) et une multitude de chantiers pour plusieurs milliards de dollars illustrent cette effervescence. TOKI, le constructeur national peut se frotter les mains.

Et surtout pour 2020, l'équipe organisatrice sort la calculette. Elle annonce un budget respectivement 5 et 10 fois plus élevé que celui de Tokyo et de Madrid : 19,2 mlds $. 33 mlds $ ont été dépensés sur les dix dernières années dans la construction et le budget à investir restera sensiblement le même, JO ou pas.

Le dossier se veut complet. Les derniers sondages en terme de soutien populaire donnent l'avantage aux Turcs: 86% des Stambouliotes se déclarent favorables à la tenue des JO dans leur ville, contre 76% des Tokyoïtes quand les Madrilènes, eux, ont été les seuls à manifester leur opposition à l'accueil des JO lors de la visite de la commission d'évaluation.


Francis Matéo à Barcelone, Clément Beuselinck à Istanbul


Vendredi 5 Avril 2013



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