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Israël fait un pas en avant et deux en arrière sur le dossier des migrants africains


Après la signature d'un plan de régularisation des réfugiés Érythréens et Soudanais sur son sol qui prévoyait aussi l'installation d'autres dans des pays occidentaux au lieu de les expulser contre leur gré en Afrique, le premier ministre israélien s'est finalement déjugé, car critiqué par sa coalition gouvernementale.



L'ONG New Israel Fund refuse les expulsions des réfugiés africains (photo : NIF)
L'ONG New Israel Fund refuse les expulsions des réfugiés africains (photo : NIF)
ISRAËL. Il avait pourtant dit oui à l'ONU lundi 2 avril 2018 après-midi pour résoudre le problème de migrants africains illégaux présents en Israël. Benjamin Netanyahu avait pris le soin d'annoncer lui-même sa signature du document. Quelques heures plus tard, le voici qui décide de suspendre la mise en place de cet accord "pour en repenser les termes", précisait-il. Et mardi 3 avril 2018, le premier ministre israélien annulait tout simplement ce texte. Le document prévoyait de donner un titre de séjour et un statut à plus de 16 000 migrants venus principalement d'Érythrée et du Soudan en échange de l'installation d'un nombre équivalent dans des pays occidentaux (Allemagne, Italie et Canada notamment) sous l'égide du Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR).

Apprenant cette volte-face du gouvernement israélien, le HCR a parle de "regret" mais se veut optimiste. "Cet accord résultait de discussions prolongées et reflétait un effort commun pour trouver une solution offrant une protection internationale aux personnes arrivées en Israël après avoir fui la guerre ou la persécution tout en répondant aux préoccupations des communautés d’accueil israéliennes", indiquait un communiqué précisant "le HCR continue de croire qu’un accord gagnant-gagnant - qui bénéficierait à la fois à Israël et aux personnes en quête d’asile - est de l’intérêt de tous. Par ailleurs, nous encourageons le gouvernement israélien à réexaminer cette question, et le HCR se tient prêt à apporter son aide".

Israël désigné comme "paradis pour infiltrés"

Le cadre d'entente commune, selon le nom officiel du texte paraphé puis déjugé, prévoyait un calendrier sur cinq ans. Ceux qui demeureraient en Israël bénéficieraient des formations professionnelles dans les domaines de l'énergie solaire, l'agriculture et l'irrigation pour leur permettre de trouver un emploi en Israël ou à l'étranger. Et quitteraient les quartiers Sud de Tel Aviv - où ils se concentrent au grand dam des habitants - grâce à des programmes mis en place par l'agence onusienne des réfugiés.

Le HCR avait réussi à décrocher cet accord pour éviter aux réfugiés d'être victimes de la politique de réinstallation non volontaire prônée par le gouvernement israélien avec des expulsions prévues vers des pays tiers (Rwanda, Ouganda) et l'emprisonnement en cas de refus de départ. "Selon son suivi, les personnes réinstallées n’avaient pas trouvé de sécurité suffisante ou de solution durable à leur situation dans les pays d’accueils africains, ce qui avait poussé bon nombre d’entre elles à poursuivre leurs dangereux périples en Afrique ou vers l’Europe", stipulait le HCR dans un communiqué.

Mercredi 4 avril 2018, les réactions s'enchaînent en Israël. La société civile acceptaient déjà mal la nouvelle politique gouvernementale envers les migrants, elle reçoit amèrement cet espoir déçu. Pour l'ONG New Israel Fund (NIF), qui défend les personnes réclamant l'asile, "l'idée qu'Israël envoie vers le danger les personnes qui cherchent un refuge était, et est, profondément bouleversante pour beaucoup d'entre nous en Israël et dans le monde". Plusieurs manifestations ont été organisées pour protester contre ces renvois. Selon un sondage du média indépendant israélien Social TV, paru fin mars 2018, 68% des Israéliens refusent que ces expulsions interviennent avant l'examen des dossiers de demandes d'asile par le gouvernement.

Tandis que du côté politique, les discussions et les concertations se poursuivent sur le sujet. Benjamin Netanyahu, qui s'accroche à son pouvoir actuellement fragilisé pour des accusations personnelles de corruption, doit composer avec les différents partis de sa coalition et notamment son aile droite. Le Foyer Juif et son président Naftali Bennett voyaient dans la signature du plan, une transformation d'Israël en "paradis pour les infiltrés", nom donné aux illégaux que les élus de ce parti nationaliste religieux ne considèrent pas comme des réfugiés mais comme des migrants économiques. Dans la propre formation de Benjamin Netanyahu, le Likoud, des voix parlaient de "concession rapide" voire de "capitulation".

Le premier ministre israélien n'avait pas, lui-même, hésité en mars 2018 en évoquant la barrière électronique implantée entre l'Egypte et Israël d'indiquer : ""Sans cette barrière, nous serions confrontés à de graves attaques de terroristes du Sinaï, et, pire, à une arrivée massive de migrants africains illégaux."

4 500 réfugiés transférés en Afrique

Selon l'Autorité pour la population, l'immigration et les frontières (PIBA), dépendante du ministère israélien de l'Intérieur, 26 600 Érythréens et 7 600 Soudanais se trouvaient en Israël à fin 2017. Quelque 4 500 de ces réfugiés africains ont été transférés vers d'autres pays africains depuis décembre 2013 dans le cadre de la politique israélienne de réinstallation. Entre 2009 et 2017, 15 400 personnes ont déposé des dossiers de demande d'asiles au bureau de la PIBA situé à Tel Aviv. Un Soudanais et dix Érythréens seulement se seraient vu octroyer le statut de réfugié. A titre de comparaison, l'Union européenne a elle accepté 90% des demandes d'asile des Érythréens et 56% de celles des Soudanais.

Le HCR pensait ouvrir, vendredi 6 avril 2018 sa Tournée mondiale de solidarité avec les réfugiés ( #Aveclesréfugiés), par la bonne nouvelle de cet accord signé avec Israël... Cet évènement débutera au camp de Zaatari en Jordanie et durera jusqu'au 1er octobre 2018.




Mercredi 4 Avril 2018



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