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Grèce, Chypre et Israël deviennent officiellement partenaires du projet de gazoduc EastMed


Pour contrer la Turquie qui ne veut pas de ce projet, les gouvernements grec, chypriote et israélien signent un protocole d'accord sur le gazoduc EastMed.


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Le gazoduc EastMed va permettre de livrer à l'Europe le gaz puisés à l'Est de la Méditerranée (carte : DR)
Le gazoduc EastMed va permettre de livrer à l'Europe le gaz puisés à l'Est de la Méditerranée (carte : DR)
GRECE / CHYPRE / ISRAËL. "C’est un jour béni !" Le premier ministre grec Kyriakos Mistotakis ne mâche pas ses mots pour qualifier l’accord tripartite signé jeudi 2 janvier 2020 dans la capitale grecque entre la Grèce, Chypre et Israël sur le gazoduc EastMed.

Ce gazoduc de 1 872 kilomètres va transporter entre 9 et 11 milliards de m3 de gaz méditerranéen du Moyen-Orient en Europe via la Grèce, Chypre et l’Italie. Tous les pays riverains sont conviés à y participer. 
Selon les trois dirigeants signataires, il s'agit d'un des projets les plus importants pour la Méditerranée. Tous ont insisté sur la possibilité offerte à l'ensemble des Etats de la région de rejoindre cet accord, pour autant qu’ils respectent les droits souverains des pays indépendants et le droit international. Une précision adressée à l'encontre de la Turquie qui convoite ces mêmes hydrocarbures et a étendu en novembre 2019 ses frontières maritimes via un accord avec Tripoli faisant fi des iles grecques inclus dans son tracé, dont la Crête, quatrième plus grande île de la Méditerranée. Athènes a demande à l’Onu de déclarer cet accord turco libyen illégal, caduque et non avenu. 
 
Le président Chypriote Nikos Anastasiadis a pour sa part invité les pays du Forum de la Méditerranée Orientale, incluant la Palestine qu’il a nommée, à soutenir cet accord qui peut et doit, selon lui, promouvoir la paix et la stabilité dans la région. Ce point de vue n’a pas été contesté par le premier ministre israélien présent qui a parlé de "jour historique pour Israël, qui devient un pays très solide au niveau énergétique."

La Turquie tente d'empêcher le projet

L'objectif des trois pays est de faire d'EastMed un maillon important de la chaîne d'approvisionnement énergétique de l'Europe, mais aussi d'afficher leur détermination face aux revendications d'Ankara qui conteste la légitimité de cet accord. "Ce gazoduc n'est une menace pour personne", a insisté le premier ministre grec Kyriakos Mistostakis. Tout en ajoutant que l'Italie devrait se joindre rapidement à ce projet.

Selon la presse grecque, Athènes et Nicosie ont accéléré la signature de cet accord afin de contrer les tentatives de la Turquie visant à empêcher le projet inscrit depuis 2013 sur la liste "des ouvrages d'intérêt commun" de l'Union européenne et qui bénéficie à ce titre de fonds européens. C’est l’ex-premier ministre de gauche Alexis Tsipras qui a mené les négociations, mais c’est son successeur le conservateur Kyriakos Mistotakis qui va signer et mener la bataille contre la Turquie. Ankara s'oppose violemment à ce gazoduc et envoie des navires de forage et des bâtiments militaires croiser au large de Chypre, malgré les sanctions européennes et les menaces américaines. 

La découverte d’importants gisements gaziers dans la Zone Economique Exclusive de Chypre a mis le feu aux poudres. Ankara refuse catégoriquement le droit à Chypre de forer et d’exploiter ces gisements sans son accord, au nom des droits de la communauté turco-chypriote. Nicosie n'y voit qu'un prétexte, car les gains de cette exploitation seront repartis entre les deux communautés. La présidence turque ne croit pas à cette promesse et se livre depuis plusieurs mois à une surenchère militaire dangereuse.
D’où le marathon diplomatique d’Athènes. En décembre 2019, le ministre des affaires étrangères Nikos Dendias s’est rendu en Libye, à Chypre et en Egypte et, en janvier 2020, Kyriakos Mistotakis ira voir Donald Trump à Washinghton, Emmanuel Macron à Paris et bon nombre de décideurs au sommet de Davos en Suisse.

"Montrer les muscles"

Si le gouvernement israélien voit ce traité comme un traité de "stabilité", pour Athènes et Nicosie il s’agit surtout de diversifier les sources économiques des deux pays qui se relèvent tout juste d’une très grave crise économique. Mais, l’occasion faisant le larron, avec cet accord le chypriote Niko Anstasiades recherche des alliés face à la Turquie qui occupe militairement 33 % du pays depuis 1974.
Pour son son homologue chypriote- turc, Mustafa Akinci, à la tête d’un petit Etat uniquement reconnu par Ankara, cet accord "ne va pas aider la réunification de l’ile" divisée depuis plus de quarante ans en deux secteurs. 

En fait l’enjeu est bien plus grave. De l’aveu même du président turc, il s’agit "de mettre fin au Traité de Lausanne" signé en 1923 entre la Grèce et la Turquie. Ce texte délimite les frontières entre les deux pays. "Avec notre accord avec la Libye nous mettons fin a celui de Lausanne qui nous limite en Méditerranée" déclare-t-il. "Nous avons déjouer les plans de ceux qui veulent nous empêcher de mettre les pieds dans l’eau", lance-t-il. Pour Stelios Pestas, porte-parole du gouvernement grec, "il est très important que les pays de cette zone montrent leurs muscles face aux provocations de la Turquie."
 
A Chypre, Tsiapas Ellinas, spécialiste des questions d’hydrocarbures, remet les pendules à l’’heure. Selon elle, "ces questions ne se règlent pas par la guerre. Il va falloir négocier, la Turquie se prépare à ces négociations." Un accord tripartite pour le transfert de l'électricité se trouve déjà dans les tuyaux. 

Vendredi 3 Janvier 2020

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