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Fort de ses succès, la campagne de boycott s'étend


Après Danone, les stations-service Afriquia et l'eau minérale Sidi Ali, la campagne de boycott conduite sur les réseaux sociaux cible le poisson.


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Le prix des sardines a baissé brutalement après la campagne de boycott. Photo DR.
Le prix des sardines a baissé brutalement après la campagne de boycott. Photo DR.
MAROC. Les initiateurs anonymes de la campagne de boycott de produits jugés trop chers l'avaient annoncé : ils cibleraient d'autres produits si les prix dérapaient à l'occasion du ramadan. C'est chose faite avec le poisson. Depuis quelques jours, les slogans « laisse-le pourrir », « laisse-le nager » ou encore « les sardines sont chères, je ne les achète pas », fleurissent sur les réseaux sociaux. Le coût du poisson a flambé avec le début du ramadan, le boycott l'a ramené à des niveaux plus raisonnables... Le prix du kilo de sardines a ainsi été divisé par trois en quelques jours.
 
Le boycott donne des résultats. Selon un sondage du cabinet Sunergia publié par le quotidien L’Économiste, 57% des 3 757 marocains interrogées déclarent suivre les consignes données sur le net. Après cinq semaines de méventes, en dépit d'une campagne du publicité annonçant des réductions de prix, la filiale marocaine de Danone vient d'annoncer la réduction de 30% son approvisionnement en lait auprès de ses fournisseurs locaux. Tous les produits Danone sont frappés d'ostracisme et le géant de l'agroalimentaire se voit obligé de réduire la voilure. Parallèlement, Centrale Danone a publié le 16 mai un communiqué de presse invitant les consommateurs « à la réconciliation » et annonçant une baisse du prix du lait frais pasteurisé pendant le ramadan.
 
La campagne cible des groupes en situation de quasi monopole, dont les dirigeants occupent également d'importantes responsabilités politiques, avec des conflits d'intérêts évidents. Ainsi, les stations-essence Afriquia appartiennent au ministre de l'Agriculture Aziz Akhannouch, considéré comme l'homme le plus riche du Maroc. Selon, l'AFP, la version préliminaire d'un rapport parlementaire publié mi mai sur l'évolution des prix des carburants indiquait que les marges des distributeurs depuis la libéralisation des prix de 2015 avaient augmentée de 1,3 mrds €.

Conflit d'intérêts

Le gouvernement marocain, dont certains membres sont donc directement visés par le boycott, a très vite pris la défense des entreprises attaquées. Sans succès. C'est pourquoi il commence à lâcher un peu de lest. Il a reconnu que « la libéralisation des prix du carburant, bien que nécessaire, a posé plusieurs problèmes » . Une loi pourrait venir réguler le prix des hydrocarbures, alors qu'une commission travaillerait sur les chaînes de distribution et de commercialisation d’un certain nombre de produits de base.
 
Le mélange des genres est dénoncé dans un communiqué par l'ONG Transparency Maroc : « C’est toute la gouvernance d’une économie minée par la rente, la corruption et l’interférence du pouvoir politique avec celui de l'argent, qui est visée ». Habituellement très timides concernant les affaires touchant aux proches du roi du Maroc, les médias marocains commencent à évoquer des conflits d'intérêts.
 
Le 11 mai 2018, le journal Telquel signalait que le ministre de l'Industrie Moulay Hafid Elalamy, à la tête de l'un des plus importants conglomérats du pays, avait demandé une enquête pour contrer une campagne sur les réseaux sociaux pouvant déboucher à terme sur un boycott. « La demande de MHE porte à la fois sur l’obtention par la Fondation Saham du statut d’utilité publique en novembre 2017 (permet la défiscalisation), mais aussi sur l’introduction d’une disposition dans la loi de finances 2018 prévoyant l’exonération des droits d’enregistrement dans les cas de cession de parts d’une société » explique le média. « Quelques mois après l’adoption de cette loi, Saham annonçait le 8 mars la vente de Saham Finances, son pôle assurance, au Sudafricain Sanlam pour un montant de 1,05 milliard de dollars. Précédemment, une taxe de 4 % du montant de la transaction était appliquée. En l’occurrence, si la vente de Saham Finances avait eu lieu l’an dernier, le fisc aurait perçu à ce titre environ 420 millions de dirhams. Un manque à gagner pour l’État, et une coïncidence heureuse pour les acteurs du deal ».

Gérard Tur

Mercredi 30 Mai 2018

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