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« Faut-il considérer les entreprises politiquement connectées comme des sociétés nationales ou privées ? »



Privilèges, corruption, passes droits… Le professeur Ishac Diwan qui enseigne à Paris School of Economics a présenté le 6 octobre 2015 une analyse de l’impact de ce phénomène sur la productivité des entreprises égyptiennes au séminaire international sur "les entreprises et la globalisation" organisé à Aix-en-Provence par le Femise, le CERDI, AMU, AMSE et le Greqam (*).


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Ishac Diwan, professeur à Paris School of Economics. (Photo N.B.C)
Ishac Diwan, professeur à Paris School of Economics. (Photo N.B.C)
Qu’entendez-vous par entreprise politiquement connectée ?
 
Ishac Diwan : Il s'agit d'une entreprise détenue ou dirigée par une personne ayant de l’influence politique. Ces sociétés bénéficient de faveurs, de simplifications administratives comme un passage en douane facilité. Elles sont capables d’envoyer un inspecteur dans les sociétés concurrentes. Elles influencent les politiques économiques afin de favoriser leur secteur. Par exemple, le milliardaire Rami Makhlouf n’est autre que le cousin de Bachar El Assad. Ses entreprises dominent le secteur privé en Syrie. Faut-il considérer ces entreprises comme des sociétés nationales ou privées ? Où se situe la frontière ?
Les chefs d’entreprise jouent un rôle au sein du parti dirigeant. Les hommes politiques s’allient à des hommes d’affaires qui, en contrepartie, s’engagent à financer leurs campagnes électorales. Dans d’autres cas, plus extrêmes, ces entreprises occupent l’espace économique afin d’empêcher l’opposition de disposer d’un pouvoir. Ainsi, le secteur islamique en Égypte est freiné dans son développement. Il reste confiné aux petites boutiques.

" 80% des crédits privés ont été octroyés à 460 entreprises contrôlées par 32 familles"

Dans quelle mesure cette relation avec le pouvoir politique stimule-t-elle la productivité ?
 
Ishac Diwan :  Une relation étroite avec le pouvoir peut servir de base au développement de politiques industrielles réussies, comme nous l'avons constaté en Asie du Sud-Est. Mais le pouvoir doit être en capacité de négocier avec les hommes d’affaires en position de force, ce qui n’a pas été le cas dans le monde arabe. Les firmes égyptiennes génèrent des bénéfices étroitement liés à leurs privilèges  sans pour autant jouer un rôle de locomotive dans leurs secteurs. Au contraire, les entreprises connectées créent peu d’emplois. De plus, leurs concurrents réduisent leurs investissements vu la concurrence déloyale à laquelle il font face.  Ce système constitue finalement un frein à l’économie.
 
Avec les nouveaux gouvernements, les sociétés très connectées à la famille Moubarak en Égypte et à la famille Ben Ali en Tunisie ont arrêté d’investir, par peur des représailles. Cela accentue les problèmes économiques de ces pays. Les dirigeants politiquent actuels, qui cherchent à relancer l'économique, ont tendance à passer de nouveau des accords avec elles pour qu’elles s’investissent de nouveau. Les relations se sont normalisées avec la famille Sawiris par exemple.
 
Quels conseils donneriez-vous au gouvernement égyptien ?
 
Ishac Diwan :  Une économie de marché ne fonctionne bien qu’avec de la concurrence. Plus de 80% des crédits privés ont été octroyés à 460 entreprises contrôlées par 32 familles en 2010. Mais la libéralisation économique peut-elle se faire sans libéralisation politique ?

(*) Forum euro-méditerranéen des Instituts de sciences économiques (FEMISE), le Centre d'Etudes et de Recherches sur le Développement International (CERDI), Aix-Marseille Université (AMU), Aix-Marseille School of Economics (AMSE) et le Groupement de Recherche en Économie Quantitative d'Aix-Marseille (Greqam).

english version

Article réalisé en partenariat avec le Femise  

Mercredi 14 Octobre 2015









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