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Fatallah Oualalou: "Le partenariat euro-méditerranéen n'a pas fait avancer les choses"


Rédigé par Propos recueillis par Frédéric Dubessy, le Mardi 9 Octobre 2018 - Lu 2548 fois

Interrogé en exclusivité par econostrum.info lors des 9e Rencontres internationales de Cybèle à Marseille, Fathallah Oualalou, ancien ministre marocain de l’Économie et des Finances (mars 1998 à octobre 2007), plaide pour un nouveau partenariat euro-méditerranéen basé sur trois mots clefs : verticalité, co-production et triangulaire.


Fathallah Oualalou s'affirme très critique contre le processus de Barcelone (photo : F.Dubessy)
Fathallah Oualalou s'affirme très critique contre le processus de Barcelone (photo : F.Dubessy)
econostrum.info : Comment se porte le partenariat euro-méditerranéen aujourd'hui ?

Fathallah Oualalou : Pas très bien ! Il ne faut pas oublier ces dix dernières années, très mauvaises pour la région. Au Nord, l'Europe a connu une crise économique, financière et existentielle. Même l'euro a été menacé de disparaître. La demande européenne a baissé.
Au Sud, s'est déroulé ce que l'on a appelé le Printemps arabe, devenu un hiver en provoquant l'instabilité.
Il m'apparait donc difficile de dire que la Méditerranée va bien. En plus, le partenariat euro-méditerranéen n'a pas fait avancer les choses.

Sur quoi basez-vous ce jugement sévère ?

F.O. : Par exemple, par tête d'habitant, le différentiel de revenus entre le Sud et le Nord est resté de l'ordre de un sur dix depuis cinquante ans. Et ce, malgré les hausses du prix du pétrole à certains moments, pour les pays producteurs. Je constate aussi un oubli de la question de la paix au Moyen-Orient alors que le processus de Barcelone, normalement, se trouvait associé à Oslo (NDLR : Accords d'Oslo pour la résolution du conflit israélo-palestinien en septembre 1993) et Madrid (NDLR : Conférence internationale de 1991 pour engager un processus de paix au Moyen-Orient), et par conséquent représentait à un certain espoir.

Maintenant, je reste malgré tout optimiste. La géographie est têtue. Nous, les pays du Sud ne pouvons travailler qu'avec l'Europe. Et l'Europe doit aussi tenir compte que son environnement c'est le Sud. Quand elle parle de sécurité et de migration, ceci signifie bien qu'elle doit s'intéresser au Sud et à son développement.

"Il faut développer un nouveau partenariat euroméditerranéen"

L'ancien ministre marocain de l'Economie et des Finances appelle à un partenariat triangulaire (photo : F.Dubessy)
L'ancien ministre marocain de l'Economie et des Finances appelle à un partenariat triangulaire (photo : F.Dubessy)
Que préconisez-vous ?

F.O. : Ces dernières années, notamment depuis le début 2000, le taux de croissance en Afrique s'est beaucoup amélioré. Excusez-moi de le dire, mais c'est grâce à la demande chinoise. Il convient donc aujourd'hui de développer un nouveau partenariat euro-méditerranéen en agissant dans trois sens. D'abord, la verticale avec l'Afrique, la Méditerranée et l'Europe pour donner la réelle centralité à la Méditerranée qu'elle a perdue. Ceci devient encore plus important alors que le monde est devenu multipolaire avec une compétition se jouant entre les Etats-Unis et la Chine.

Ensuite, il faut rénover ce partenariat. Le premier accord commercial entre la CEE et le Maroc date de 1969...Voici cinquante ans ! Il s'agissait essentiellement d'un partenariat de libre-échange commercial contre de l'aide. Ceci s'avère aujourd'hui insuffisant. Il faut opter pour une perspective de co-production, de co-développement même en terme d'industrialisation et de réindustrialisation de l'Europe. Il faut mener cela avec nous au Sud. Quand Renault vient à Tanger, la France gagne, nous gagnons, tout le monde gagne ! Autour de Renault et de Peugeot, s'installent des équipementiers. Ils viennent d'où ? De France, d'Espagne, du Japon, de Chine etc... Ceci m'amène au troisième point. Ce partenariat doit être triangulaire. L'Europe doit travailler avec nous mais aussi, de temps en temps, avec les autres. Par exemple avec la Chine. De toute façon la Chine est là, on ne peut pas la déloger.


Lire aussi : Les Rencontres de Cybèle lancent un appel au renouvellement du partenariat euroméditerranéen















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