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Enquête sur le Sahara occidental Partie 2/3 : La normalisation des relations Maroc/Israël.



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La normalisation des relations entre Israël et le Maroc ne plaisent pas à tout le monde (photos : F.Dubessy)
La normalisation des relations entre Israël et le Maroc ne plaisent pas à tout le monde (photos : F.Dubessy)
MAROC / ISRAËL. Des drapeaux marocains flottent en Israël, des portraits du roi Mohammed VI sont brandis et un slogan domine : "Sahra maghribiya" (le Sahara est marocain). Ces manifestations de joie sont provoquées par l'annonce de la normalisation des relations diplomatiques et économiques entre le royaume chérifien et Israël. Une contrepartie à la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Après l’Égypte, la Jordanie, les Émirats Arabes Unis, Bahreïn et le Soudan, le Maroc devient donc le sixième pays arabe à (re)nouer avec Israël.
 
"Dans l'absolu, le fait que les États arabes reconnaissent Israël me paraît normal. C'est un État qui existe, et avec lequel il faut coopérer. Mais, la manière dont ce rapprochement israélo-marocain se fait est choquante, car c'est le fruit d'un deal organisé par le gendre de Donald Trump. Il s'agit donc d'un contournement du droit international en vigueur et des résolutions signées par le Maroc", commente Khadija Mohsen-Finan, politologue, enseignante à l'Université de Paris 1 et chercheuse au laboratoire Sirice (identités, relations internationales et civilisations de l'Europe).
 
Pour Jawad Kerdoudi, président de l'IMRI (Institut marocain des relations internationales), "ce rapprochement me semble une bonne chose. Pour le Maroc, il permettra de recevoir d’Israël une coopération économique et technologique de haut niveau."

Une forte diaspora marocaine en Israël

Officiellement, les relations diplomatiques n'existaient plus entre le Maroc et Israël depuis 2000. Même si aucune ambassade marocaine ne s'est implantée en Israël, un bureau de liaison en faisait office depuis 1994, sans en porter le nom. Sa fermeture, fin 2000 donc, a été acté lors de la seconde intifada dans les territoires palestiniens. Mais les échanges se sont poursuivis comme l'explique Rachid El Houdaigui, professeur à l'Université Abdelmalek Essaadi (Tanger) et membre du Policy Center for the New South (Rabat) : "pour comprendre la position du Maroc sur le rapprochement avec Israël, il faut conserver à l’esprit trois points : le Maroc n’a jamais caché ses liens formels (bureau de liaison 1994-2000) ou informels (visite, coopération sectorielle). Ensuite les milliers d’israéliens d’origine marocaine qui gardent toujours la nationalité de leur pays d’origine constitue le levier de ces relations. Enfin, le Maroc défend la solution des deux États, ce qui en fait une reconnaissance des deux États.  C’est pourquoi je considère cette reprise des relations comme un acte souverain et responsable."  

De toute façon, comme le remarque un diplomate français requérant l'anonymat, "le Maroc a toujours observé une attitude prudente, et souvent ouverte avec Israël, compte tenu de l'influence des juifs marocains." Le Guide des Marocains résidant à l'étranger, publié par le gouvernement marocain en mars 2016, évaluait à 800 000 ses sujets vivant en Israël. Soit la deuxième diaspora au monde après la France (1,3 million) et l'Espagne (758 000). À l'inverse, selon un communiqué du Bureau central israélien de la statistique datant d'octobre 2019, 2 000 Juifs résideraient au Maroc.

Les Israéliens d'origine marocaine vont développer le tourisme

Politique allant de pair avec économie dans les relations internationales, les deux pays vont donc gagner sur les deux plans.
"Entre 2014 et 2017, les échanges entre le Maroc et Israël auraient dépassé les 149 millions de dollars, faisant du royaume le quatrième partenaire africain d’Israël en matière d’importation et le neuvième pour les exportations", selon Mohammad Daadaoui, professeur en sciences politiques à l’Université d’Oklahoma City, cité par notre confrère L'Orient-Le Jour.
 
Les pistes de croissance, favorisées par l'accord, se situent dans les domaines de l'énergie (gaz et énergies renouvelables), l'agriculture, l’irrigation, l’alimentation et le commerce. Sans oublier le tourisme. Israël attend la visite de nombreux Marocains dans les lieux saints de l'Islam. Au Maroc,  Jawad Kerdoudi prédit un accroissement du "flux annuel de touristes, estimé à 150 000, dont une grande partie d'Israéliens d’origine marocaine."
 
Pour favoriser le tourisme, les affaires et matérialiser cette nouvelle entente cordiale, des lignes aériennes directes vont ouvrir entre les deux pays. Jared Kushner, gendre et haut-conseiller de Donald Trump à l'origine du plan de paix israélo-américain, prendra d'ailleurs symboliquement, mardi 22 décembre 2020, le premier vol de la compagnie El Al entre Tel Aviv et Rabat. Il s'apprêterait à signer des accords bilatéraux avec le gouvernement marocain. La presse marocaine évoque, notamment, un contrat de vente d'1mrd$ (800 000 €) d'armes américaines au Maroc. Fin janvier 2020, Israël avait conclu un marché avec Rabat portant sur la fourniture de 48 M$ (39 M€) d'armements dont trois avions de reconnaissance Heron.

Lutte commune entre Sahraouis et Palestiniens

Selon Khadija Mohsen-Finan, ce rapprochement représente un énorme avantage pour le Maroc. "Ce pays va devenir une puissance régionale. Mais nous sommes face à une autre manière d'écrire les relations internationales. Le journal israélien Hareetz, a parlé d'"échange d'occupations" (Peace for peace ? Israel-Morocco deal is occupation in exchange for occupation, 11 décembre 2020), c'est un langage franc, et nous pourrions être renseignés sur le Maroc par la presse israélienne, ce qui n'est pas une mauvaise chose."

Les deux pays ont déclaré qu'ils allaient rétablir des liens au plus vite. Le ministre israélien des Renseignements (ex-ministre de l'Economie), Elie Cohen, s'est aussi réjoui : "l’établissement des relations officielles entre le Maroc et Israël constitue un pan supplémentaire et important dans les relations entre Israël et le monde arabe. D'autres pays du monde musulman et d’Afrique suivront ce mouvement. Le Maroc est l’un des pays les plus importants et influents d’Afrique. Le renforcement des liens avec ce royaume sera bénéfique à nos deux pays, dans la sécurité, l’économie et bien d’autres domaines."

Ce rapprochement entre le Maroc et Israël, avec comme entremetteur les États-Unis, ou plutôt l'administration Trump, devrait avoir d'autres répercussions, plus géopolitiques.

Rabat tiraillé entre deux causes, celle de sa souveraineté sur le Sahara occidental et celle du soutien aux Palestiniens, fait un choix clair sur sa préférence. Sans renier son engagement envers la Palestine, précise un communiqué du Cabinet royal : "Sa Majesté le Roi a souligné que ces mesures n’affectaient en aucune manière l’engagement permanent et soutenu du Maroc en faveur de la cause palestinienne juste et sa détermination à continuer à contribuer efficacement et de manière constructive à une paix juste et durable au Moyen-Orient. Ensuite, Sa Majesté le Roi et le Président américain ont évoqué les efforts déployés pour résoudre la crise au niveau du Conseil de Coopération du Golfe."

Enfin, Sahraouis et Palestiniens se sont trouvés un ennemi commun. Les deux peuples pourraient bien s'entraider tant leur lutte distante de 4 000 kilomètres présente des similitudes. À commencer par le rejet de la "colonisation postcoloniale". Les Palestiniens ont eu leur déclaration de Balfour (1917) avec les Britanniques et les Sahraouis les accords de Madrid (1975) conclus entre le Maroc, l'Espagne et la Mauritanie. Deux textes décidant de leur sort sur lequel ils n'ont jamais été consultés.

Jusqu'à présent, les dirigeants palestiniens se trouvaient proches du gouvernement marocain, ou tout du moins hésitaient à critiquer ceux qui les soutenaient. Ils pourraient bien changer leurs fusils d'épaule.

Lire les autres articles de notre enquête sur la question du Sahara occidental
Partie 1 : L'équation politique. Le Sahara occidental, un conflit ensablé dans ses contradictions
Partie 3 : La donnée économique. Un désert plein de ressources

Jeudi 17 Décembre 2020

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