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Energies renouvelables :"L'Etat a mis en place un certain nombre de mesures incitatives à l'égard des investisseurs"


ALGERIE. Fin février 2016, le président algérien Abdelaziz Bouteflika a annoncé que le pays avait perdu en deux ans 70% de ses recettes pétrolières en raison de la chute du prix de l’or noir. La veille, il avait élevé les énergies renouvelables au rang de " priorité nationale". Dans une interview accordée à Econostrum.info, le Pr Nouredine Yassaa, directeur du Centre de développement des énergies renouvelable (CDER) revient sur cette problématique en Algérie


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Pr Nouredine Yassaa, directeur du Centre de développement des énergies renouvelable  (photo DR)
Pr Nouredine Yassaa, directeur du Centre de développement des énergies renouvelable (photo DR)
econostrum.info : Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a élevé voici quelques jours les énergies renouvelables au rang de "priorité nationale". Que faut-il faire pour concrétiser cette décision?

Pr Nouredine Yassaa : C'est un message fort et un appel à tous  les secteurs afin d'intégrer dans leurs programmes d'actions les énergies renouvelables, l'économie d'énergie et l'efficacité énergétique. Le Président incite également les investisseurs nationaux et étrangers à développer des projets en Algérie, que ce soit dans l'industrie ou dans le déploiement de grandes centrales produisant de l'électricité à partir de sources renouvelables, notamment solaires et éoliennes.

Pour ce faire, l'Etat a mis en place un certain nombre de mesures incitatives à l'égard des investisseurs, à l'instar du Fonds national des énergies renouvelables et de maîtrise d'énergie, le tarif de rachat garanti ou le feed-in tarif, l'accompagnement pour l'accès au foncier, la facilitation pour l'obtention des autorisations d'investissement, l'implication des banques...

Il suffit maintenant de dynamiser et d’opérationnaliser ces mécanismes pour atteindre les objectifs affichés par les pouvoirs publics. Il faut aussi faciliter l'accès à ces énergies aux ménages, au secteur tertiaire, en connecté ou en autonome, en mettant en place des mécanismes de subvention appropriés.

"Nous avons tous les préalables pour la réussite d'une telle transition"

Il faut adapter le solaire aux conditions extrêmes du Sahara. Photo Medgrid
Il faut adapter le solaire aux conditions extrêmes du Sahara. Photo Medgrid
econostrum.info: Le potentiel solaire existe en Algérie, plus de 3 000 heures d'ensoleillement par an. Le Plan EnR et la ressource humaine aussi. Que manque-t-il de plus pour booster le solaire?

Pr Nouredine Yassaa: Effectivement, le potentiel solaire en Algérie est parmi les plus importants au monde. Ajoutez à cela la disponibilité des terres car l'Algérie est le plus grand pays du monde arabe, de l'espace Euro-méditerranéen et d'Afrique.

Sa proximité vis-à-vis de l'Europe et la jeunesse de sa population, pleinement versée dans la modernité et dans les nouvelles technologies constituent des atouts, tout comme la volonté politique clairement affichée en classant les énergies renouvelables au rang de priorité nationale.

Nous bénéficions de tous les préalables pour la réussite d'une telle transition. L'ensemble des acteurs y compris la société civile, doivent se mobiliser pour réussir ce projet de société.
 
 econostrum.info: S'il venait à être concrétisé, le plan EnR pourrait créer des emplois par milliers. Comment s'y préparer?

Pr Nouredine Yassaa: Nous nous réjouissons que les énergies renouvelables soient intégrées dans les nomenclatures de la formation professionnelle. Cela va contribuer à préparer une ressource humaine qualifiée pour le montage des systèmes à énergies renouvelables et dans la maintenance.

Beaucoup d'universités ont ouvert des cycles de formation Master et Doctorat en énergies renouvelables, ce qui va renforcer la masse critique des experts et des chercheurs dans ce domaine.

"Ce programme conduira à la création d’entreprises dans l'industrialisation des équipements du renouvelable"

Le gaz reste la source d'énergie dominante en Algérie. Photo GDF Suez E&P International
Le gaz reste la source d'énergie dominante en Algérie. Photo GDF Suez E&P International
econostrum.info: Qu'est-ce qui empêche la généralisation de l'utilisation du chauffe-eau solaire en Algérie ?

Pr Nouredine Yassaa: Près de 60 % du territoire est raccordé au gaz naturel avec des tarifs soutenus par l'Etat. Le programme de chauffe-eau solaire bénéficie d'une subvention de l'Etat à hauteur de 45 % pour les ménages et de 35 % pour le secteur tertiaire. Les administrations et les établissements publics doivent donner l'exemple pour booster la généralisation de l'utilisation des chauffe-eau solaire en vue de préserver nos ressources en gaz naturel.

econostrum.info:  Quelle sont la place et les perspectives des PME dans le plan EnR ?

Pr Nouredine Yassaa: Ce programme conduira à la création d’entreprises de taille importante dans l'industrialisation des équipements du renouvelable et la réalisation des grands projets en EPC.

Il permettra également l’émergence d'un tissu de PME/PMI dans la réalisation de petits projets (mini-centrales solaires, pompage solaire, installation des chauffe-eau solaire...) et d’une filière de sous-traitance PME/PMI dans les branches métallique, aluminium, les panneaux et chauffe-eaux solaires ainsi que dans le verre et le câblage.

Propositions pour le développement des énergies renouvelables
 
Le Pr Yassaa propose plusieurs pistes pour développer les EnR dans le pays :
- Impliquer la recherche scientifique dans la mise en œuvre du programme des ENR.  Ce dernier doit être suivi par des études de scénarios en fonction de l’évolution du marché du renouvelable à court, moyen et long termes, de l’évolution de la consommation d’électricité et des technologies et leurs coûts.
- Développer des solutions intelligentes (smart grid...) pour améliorer la gestion de l’électricité à partir de sources fluctuantes.
- Développer des modèles de prévisions et de prédictions pour palier aux problèmes d’intermittence générés par les conditions météorologiques.
- Adapter les systèmes fonctionnant à l’énergie renouvelable aux conditions climatiques désertiques, notamment concernant les températures élevées et les vents de sable.
- Développer des technologies de stockage.
- Développer des systèmes hybrides, PV, éolien, CSP, biogaz, gaz, diesel.
- Améliorer le rendement des modules PV en vue de réduire l’espace et les coûts.
- Développer le renouvelable dans le secteur du bâtiment pour assurer l’adhésion des populations.
- Mettre en place une politique de communication, de vulgarisation et de sensibilisation pour éviter les résistances au changement de modèle.
- Encourager davantage la formation professionnelle et supérieure.
- Impliquer les banques dans les projets d’investissement dans le domaine du renouvelable. Mettre en place des mécanismes de financement appropriés avec un coût de capital raisonnable à même de stimuler l’investissement privé et la création des PME/PMI, surtout dans les EPC.
- Encourager les réseaux autonomes dans les régions isolées.
- Encourager les installations individuelles à faible puissance.

Programme des énergies renouvelables en Algérie
 
Le programme de développement des énergies renouvelables en Algérie  a été adopté lors du Conseil des ministres du 24 mai 2015.
Il  prévoit une production d'ici à 2030 de 22.000 MW d'électricité de source renouvelable, notamment solaire et éolienne, destinée au marché intérieur, en plus de 10.000 MW supplémentaires à exporter.  Cela  correspond à 27% de la production globale d'électricité d'ici 2030.
 
A l'horizon 2030 est prévu un déploiement à plus grande échelle du photovoltaïque et de l'éolien accompagné, à moyen terme, de la production d'énergie à partir du solaire thermique, ainsi que l'intégration de la cogénération, de la biomasse et de la géothermie.
 
L'application de ce programme chiffré à 120 mds $ permettrait de réaliser une économie de prés de 300 milliards de m3 de gaz sur la période allant de 2021 à 2030. Exporté, ce gaz rapportera à l'Etat d'importants revenus supplémentaires.
 
En 2015, 14 centrales électriques photovoltaïques totalisant une capacité installée de 268 mégawatts (MW) ont été mises en service dans les Hauts Plateaux et le sud du pays, pour un coût global de 70 mrds de dinars. Chacune de ces centrales a permis de créer au moins 250 emplois.  Le programme complet pourrait générer jusqu'à 300 000 création d'emplois directs et indirects.
 

Acia Kaci, à ALGER

Jeudi 10 Mars 2016

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