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En plein marasme socio-économique, les Tunisiens se rendent aux urnes pour élire leur président


Les politiques tunisiens n'arrivent pas à tenir la promesse de jours meilleurs issue de la révolution de janvier 2011. L'économie de ce pays de près de 12 millions d'habitants ne décolle pas alors que le taux de chômage stagne et que les conflits sociaux se multiplient. Dans ce climat, les Tunisiens se rendent aux urnes dimanche 15 septembre 2019 pour élire leur président de la République parmi un choix de vingt-six candidats. Le Premier ministre Youssef Chahed brigue le poste et apparaît comme l'un des favoris de ce scrutin.


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Youssef Chahed, Premier ministre, bénéficie de l'atout de l'expérience politique et de sa lutte contre la corruption (photo : F.Dubessy)
Youssef Chahed, Premier ministre, bénéficie de l'atout de l'expérience politique et de sa lutte contre la corruption (photo : F.Dubessy)
TUNISIE. Dimanche 15 septembre 2019, les Tunisiens sont appelés aux urnes pour élire leur nouveau président de la République. C'est la seconde fois depuis la révolution de Jasmin en janvier 2011qui avait conduit à la fuite de Zine El Abidine Ben Ali. Les électeurs basés à l'étranger - la Tunisie compte une importante diaspora d'1,2 million de personnes principalement en Europe - pourront eux voter du 13 au 15 septembre.

Ces élections interviennent moins de deux mois après le décès de Béji Caïd Essebsi (92 ans), premier président à être élu démocratiquement en 2014. Son successeur aura pour lourde tâche de préparer l'avenir d'un pays de 11,78 millions d'habitants qui n'arrive pas à résoudre ses défis économiques et sociaux. Les promesses du changement de régime n'ont pas été tenues. L'inflation dépassait les 7% (7,3%) en 2018 pour baisser à 6,5% en juillet 2019 et le chômage stagne autour des 15% depuis 2015 (15,1% à avril 2019 selon l'Onu). Et encore, cette moyenne masque notamment un taux de 29,7% chez les diplômés de l'enseignement supérieur.

Le Produit intérieur brut (PIB) s'est élevé à 39,86 mrds$ (36,39 mrds€) à fin 2018 selon la Banque mondiale pour un taux de croissance de 2,5% toujours selon la même source. Le 30 août 2019, la Banque centrale de Tunisie (BCT) évoquait un ratio de 1,2% au second semestre 2019 grâce aux bonnes récoltes céréalières et au retour des touristes.

L'économie tunisienne, dont le secteur des services représente plus des deux-tiers du PIB (63,8% à fin 2017), souffre cependant d'un tourisme (9 millions attendus en 2019) - sa principale ressource - dont les courbes de progression et de régression suivent celles des attentats.

9 000 mouvements sociaux en Tunisie en 2018

En juillet 2019, le Fonds monétaire international (FMI) livrait ses conclusions de fin de mission. "Les risques affectant potentiellement les perspectives économiques pour 2019 ont augmenté depuis la Cinquième Revue. La croissance sera très probablement autour de 2 % au plus, reflétant notamment la performance décevante de l’industrie dans les derniers mois. En outre, l’appréciation récente du dinar, la hausse des cours du pétrole, et une croissance en ralentissement chez les principaux partenaires économiques de la Tunisie sont à même d’affecter les paiements courants, et en dépit de la saison touristique plus favorable que prévue. Ces tendances rendent encore plus impérieuse la poursuite, avec détermination, de la mise en œuvre des politiques macro-économiques déjà engagées", indiquait le texte. Pour l'institution, "atteindre l'objectif de déficit budgétaire de 3,9% du PIB est crucial pour limiter l'accumulation de dette publique, qui a d'ores et déjà atteint 77% du PIB à la fin de 2018".

Dans le même document, le FMI mettait en exergue "des politiques monétaires et budgétaires resserrées au cours du premier semestre 2019 qui ont permis une réduction de l'inflation et créé les bases pour une deuxième année consécutive de réduction du déficit budgétaire". Mais l'organisme insistait sur la nécessité pour le court terme de concentrer "les politiques macro-économiques sur les réduction des déficits budgétaires et extérieurs, la diminution de l'inflation et le renforcement du filet de protection sociale pour les ménages et les plus défavorisés". En 2018, plus de 9 000 mouvements sociaux ont été recensés, c'est dire les attentes des Tunisiens qui voudraient bien récolter, enfin, les fruits de la révolution.

Le Premier ministre Youssef Chahed favori mais l'opposition est nombreuse

Premier ministre depuis le 27 août 2016, grâce au soutien du parti islamiste modéré Ennahdha, Youssef Chahed a temporairement délégué, jeudi 22 août 2019, ses pouvoirs à Kamal Morjane, ministre des Services publics, pour se lancer dans sa campagne. Ingénieur agronome, titulaire d'un DEA en économie de l'environnement et ressources naturelles et d'un doctorat en agroéconomie obtenus tout deux à l'Institut national agronomique Paris-Grignon, il est le plus jeune chef de gouvernement de l'histoire moderne de la Tunisie. Il fêtera ses quarante-quatre ans le 18 septembre 2019 trois jours après le scrutin !

Youssef Chahed représente le parti Tahya Tounes (Vive la Tunisie), qu'il préside et qu'il a créé fin janvier 2019, après sa suspension puis son départ du parti présidentiel Nidaa Tounes. Il combat ardemment le fléau de la corruption et bénéficie de l'expérience au pouvoir. Deux atouts qui pourraient lui assurent une avance.

Mais, l'actuel Premier ministre est loin d'être seul sur les rangs. Près d'une centaine de candidatures sont arrivées sur le bureau de l'Isie pour vingt-six retenues et soixante et onze écartées.

Un président élu pour cinq ans

Parmi les postulants figurent notamment Abd Elkarim Zbidi, actuel ministre de la Défense en faveur notamment de la suppression du service militaire obligatoire et de l'abolition de la peine de la mort,  Abdel Fattah Mourou, vice-président d'Ennahdha (première force parlementaire), et Mehdi Jomaa, ancien Premier ministre qui avait assuré la transition en janvier 2014 avec un gouvernement apolitique, après l'acception d'Ali Larayedh (Ennadha) de quitter le pouvoir. Candidats également l'ancien président post-révolutionnaire Moncef Marzouki, ainsi que l'homme d'affaires Nabil Karoui, propriétaire de la chaîne de télévision Nessma, et incarcéré en août 2019 pour fraude fiscale et blanchiment d'argent. Il se présente comme antisystème et Youssef Chahed n'hésite pas à le qualifier de "Berlusconi tunisien". Nabil Karoui est très populaire depuis qu'il organise des distributions d'aides dans les régions défavorisées, mais aussi depuis son arrestation que certains pensent commanditer par le Premier ministre.

Il faudra aussi compter avec Abir Moussi, une nostalgique de la période Ben Ali, arborant les couleurs du Parti destourien libre. Refusant de reconnaître la Constitution de 2014, cette avocate de quarante-trois ans prône le retour à un régime présidentiel autoritaire. Elle regroupe dans ses rangs de nombreux membres de l'ancien Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) de Ben Ali. Un parti dissout en mars 2011.

Reste que l'Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) a interdit la publication de sondages sur l'élection présidentielle, ce qui génère un grand flou sur les positions respectives des principaux candidats et leur chance d'atteindre le second tour. Quelques enquêtes d'opinion placent cependant en tête Abdel Fattah Mourou, Nabil Karoui, Youssef Chahed et Abdelkrim Zbidi. Le scrutin devrait être très serré. 

La date du second tour pas encore fixée

Le président de la République tunisienne est élu pour cinq ans au suffrage universel. Un mandat renouvelable une seule fois. Les candidats doivent être âgés au minimum de trente-cinq ans, être de confession musulmane et de nationalité tunisienne. Youssef Chaheb a ainsi dû renoncer, fin août 2019, à sa deuxième nationalité française pour pouvoir se présenter.

Les résultats préliminaires du vote seront donnés au plus tard le mardi 17 septembre 2019 pour une proclamation des résultats définitifs le lundi 21 octobre 2019. "Dans le cas où aucun des candidats n'obtient la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour, un deuxième tour est organisé au cours des deux semaines qui suivent la proclamation des résultats définitifs du premier tour", indique l'Isie, soit avant le 4 novembre 2019, mais la date n'est pas encore fixée.

Le 6 octobre 2019 se dérouleront les élections législatives qui permettront, à terme, de désigner le Premier ministre.

Jeudi 12 Septembre 2019

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