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En Sicile, les Libyens continuent de faire chambre à part


LIBYE. La énième conférence sur la Libye n'a pas encore permis d'avancer dans la résolution du conflit libyen. Le président reconnu internationalement Fayez al-Sarraj et le maréchal dissident Khalifa Haftar qui contrôle tout l'Est du pays, n'ont pas encore réussi à s'entendre, même pas à se voir. Le maréchal de l'Armée nationale libyenne autoproclamée a boycotté la conférence, ne se rendant qu'à une réunion informelle organisée avec quelques pays.


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La conférence de Palerme a de nouveau échoué à cause des divisions des protagonistes (photo : gouvernement italien)
La conférence de Palerme a de nouveau échoué à cause des divisions des protagonistes (photo : gouvernement italien)
LIBYE. La conférence de Palerme (12 et 13 novembre 2018) a vu, une nouvelle fois, l'ambition de régler le conflit libyen échouer sur l'autel des divisions. En Sicile, Italiens, Algériens, Egyptiens, Russes, Marocains, Français, en tout une trentaine de représentants de pays et d'institutions*, s'étaient déplacés pour tenter, sinon de réconcilier Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar, au moins d'arriver à un compromis permettant d'avancer. Résultat : les deux hommes forts du pays n'ont pas pu se rencontrer.

Le président du gouvernement d'union nationale (GNA), reconnu par le concert des nations, et le maréchal qui contrôle tout l'Est du pays - et notamment les terminaux pétroliers - avec son Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée, ne sont pas les seuls rivaux dans l'histoire. Au chevet de la Libye, Paris et Rome tentent d'imposer leur solution. Celle de la France, annoncée par Emmanuel Macron, lors de la conférence de Paris en mai 2018 proposait des élections en décembre 2018. Le président français avait décroché un accord mais... sans signature des participants. Le scrutin souhaité a depuis pris du plomb dans l'aile avec les désaccords persistants entre les deux hommes forts libyens. De plus, l'Onu a fait savoir, par la voix de Ghassan Salamé, son émissaire en Libye, que les combats en cours rendaient impossibles à organiser de telles élections le mois prochain.

La Turquie quitte la conférence

En mai 2018, la Conférence de Paris avait débouché sur un accord mais non paraphé (photo : Elysée)
En mai 2018, la Conférence de Paris avait débouché sur un accord mais non paraphé (photo : Elysée)
L'Italie, et son nouveau pouvoir en place, veut désormais reprendre la main sur le dossier. D'où l'organisation de cette conférence internationale à Palerme. L'échec reste là aussi patent, et Giuseppe Conte - qui n'a jamais cru à des élections en décembre - bute sur le même écueil : la division des deux leaders.
Quelques heures avant le début de la réunion, il a bien compris que les rouages resteraient grippés. Lundi 12 novembre 2018, Khalifa Haftar qu'il venait d'accueillir, a refusé de se rendre au diner prévu. Le maréchal invoquait comme excuse la présence de plusieurs participants trop proches des islamistes à son goût. Le lendemain matin, pour combler l'absence à la séance plénière de Khalifa Haftar, Giuseppe Conte tentait une pirouette, "nous n'avons pas, je veux être clair, jamais eu la prétention de fournir, à travers cette conférence, la "solution" à la crise libyenne."

Autre péripétie, la Turquie a décidé de quitter prématurément l'île italienne. Organisant une réunion informelle, mardi 13 novembre 2018 au matin, la seule à laquelle participait Khalifa Haftar avec les représentants de quelques pays (Egypte, Russie, Algérie, Tunisie, France...), Giuseppe Conte avait décidé de ne pas y convier Fuat Oktay. "Toute réunion qui exclut la Turquie ne peut être que contre-productive pour la solution du problème", indiquait le vice-président turc.

Cette réunion informelle a cependant permis d'entendre les chefs d'Etats et ministres s'exprimer sur le sujet. "Chaque pays est en droit d'avoir ses propres ambitions en Libye. Mais, chacun doit admettre que la concrétisation de ces ambitions requiert d'abord une Libye en paix, dans la préservation de son unité et de son intégrité", soulignait Ahmed Ouyahia. Le premier ministre algérien retrouvait sur cette voie le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi pour qui "le rôle de la communauté internationale est de soutenir un règlement en Libye, sans parti pris."

"Une ambiance positive"

"Malheureusement, la communauté internationale n'a pas été capable de s'unir ce matin", regrettait Fuat Oktay.
En attendant, le satisfecit semblait pourtant de mise du côté des puissances invitantes. Ghassan Salamé s'est dit "rassuré" sur le "soutien unanime" et "l'engagement clair des Libyens", à participer à la "conférence nationale" qu'il a prévu d'organiser début 2019. Notant "une ambiance positive", Giuseppe Conte s'est adonné au lyrisme : "Les Nations unies doivent rester l'étoile polaire du processus de stabilisation de la Libye."

Le communiqué final de la conférence insiste principalement sur la nécessité de préparer le cadre constitutionnel pour la tenue d'élections (avec notamment un référendum sur un projet de constitution) et la formation d'une armée unifiée sous une autorité civile. Les participants "réaffirment leur engagement fort et sans équivoque pour la souveraineté, l'indépendance, l'intégrité territoriale et l'unité nationale de la Libye".

* Algérie, Allemagne, Arabie saoudite, Autriche, Banque mondiale, Canada, Chine, Egypte, Espagne, Emirats arabes unis, Etats-Unis d'Amérique, Ethiopie, France, Fonds monétaire international, Grèce, Italie, Jordanie, Ligue des Etats arabes, Malte, Maroc, Niger, ONU, Pays-Bas, Pologne, Qatar, République du Congo, République tchèque, Royaume-Uni, Russie, Soudan, Suède, Suisse, Tchad, Tunisie, Turquie, Union européenne, Union africaine.

Lire aussi : La guerre civile à Tripoli rouvre les cicatrices de l'histoire


Mercredi 14 Novembre 2018

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