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En Jordanie et au Liban, les entrepreneurs sociaux tendent la main aux réfugiés


La Jordanie et le Liban, deux des principaux pays d’accueil en nombre des réfugiés Syriens, ont vu s’accroitre ces deux dernières années des vocations à impact social. Des entrepreneurs différents n’ont cessé de se multiplier valorisant l’entraide et la solidarité plutôt que le profit. Il y a quelques mois, le Femise publiait une étude sur ce phénomène. Une analyse plus que jamais d’actualité avec la pandémie de Covid-19 qui remet en cause le système actuel et voit se renforcer de nouveaux comportements axés sur ces valeurs humanistes. English version


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En Jordanie et au Liban, les entrepreneurs sociaux tendent la main aux réfugiés

Les opportunités offertes sont particulièrement précieuses pour les femmes réfugiées.  ©HCR
Les opportunités offertes sont particulièrement précieuses pour les femmes réfugiées. ©HCR
Qui sont les entrepreneurs sociaux, quelles sont leurs motivations, leurs objectifs et les moyens mis en œuvre pour y parvenir ? Quelles sont aussi leurs difficultés financières ou administratives ? Autant de questions analysées par le Forum Euroméditerranée des Instituts de Sciences Économiques qui a étudié le cas de la Jordanie et du Liban, deux pays en première ligne pour l’accueil des réfugiés depuis la guerre en Syrie. 

L’étude (FEM44-12), dirigée par Katarzyna Sidlo et menée conjointement par le Centre de Recherche sociale et économique en Pologne et la Société Scientifique Royale de Jordanie, met en lumière le rôle de l’entrepreneuriat social dans ces pays. Bien que peu structuré, il contribue à améliorer la situation des réfugiés avec un impact réel. Prenons l’exemple de Sharqi Shop, réseau d’artisans fondé par un réfugié Syrien ou de Crave Home, plate-forme en ligne libanaise qui propose la vente de plats typiques concoctés par des femmes réfugiées. Safaa plumbing fait tomber les préjugés voire les tabous ! Fondée par une réfugiée syrienne célibataire, cette entreprise emploie des femmes plombiers. 

Autant d’occasions pour les réfugiés Syriens de « commencer une nouvelle carrière » ou de poursuivre leur cursus professionnel entamé dans leur pays d’origine. « Les opportunités offertes sont particulièrement précieuses pour les femmes réfugiées. Elles éprouvent des difficultés pour gérer à la fois responsabilités familiales et vie professionnelle tout en faisant face à diverses contraintes de nature socioculturelle », complète le rapport. Les plates-formes de restauration en ligne qui proposent de cuisiner pour les autres tout en restant à la maison se multiplient.

Création de valeur sociale

Safaa plumbing fait tomber les préjugés voire les tabous ! Fondée par une réfugiée syrienne célibataire, cette entreprise emploie des femmes plombiers. ©HCR
Safaa plumbing fait tomber les préjugés voire les tabous ! Fondée par une réfugiée syrienne célibataire, cette entreprise emploie des femmes plombiers. ©HCR
Les auteurs du rapport ont pu dégager un certain nombre de caractéristiques permettant de qualifier l’entrepreneuriat social : un secteur essentiellement qui repose sur la « création d’une valeur sociale plutôt que sur la création d’une valeur purement marchande », qui cherche à « être viable financièrement » et identifié en tant qu’entreprise sociale. 
Dans un reportage Econostrum de 2018, Constantin Tsakas, délégué général de l'Institut de la Méditerranée  et secrétaire général du Femise, soulignait que « face au chômage des jeunes, à l'économie informelle, aux inégalités et au manque de diversification économique, les entreprises à impact social ont le potentiel, faiblement exploité, d'être un accélérateur de développement socio-économique en mettant à profit des approches innovantes.Le rapport EuroMed du FEMISE , paru en Juin 2019, offrait également un panorama des grandes potentialités de ce secteur mais aussi les obstacles auxquels il est confronté.

Car malgré ce riche potentiel, l’entrepreneuriat social doit faire face à de nombreux obstacles, au premier rang desquels l’absence de reconnaissance en tant qu’entité juridique et les conséquences qui en découlent. Opter pour le statut d’organisation à but lucratif, implique de renoncer à toute déduction fiscale, à la possibilité de recevoir des subventions et des dons (exonérés d’impôt). Choisir le statut d’associations à but non-lucratif freine les entreprises sociales dans leurs capacités à générer des revenus.  De fait, elles sont bridées dans l’accès aux financements et privées des bénéfices des incubateurs et accélérateurs. Autre handicap de taille, l’octroi de permis de travail aux réfugiés.

« Bien que l’entrepreneuriat social ne soit pas la seule réponse à la crise des réfugiés; à la faveur d’un environnement législatif favorable, il est susceptible de devenir un acteur important notamment grâce aux nouvelles technologies qui permettent d’intensifier leurs activités et de potentiellement maximiser leurs impacts », préconise le Femise.

Le rapport est disponible au téléchargement ici.
 

Mercredi 1 Avril 2020


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