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« Égypte : une répression made in France »


Quatre ONG accusent la France de « fermer les yeux sur la répression sanglante et les violations constantes des droits humains menée pas les autorités égyptiennes depuis 2013. En autorisant plusieurs entreprises françaises à livrer massivement des armes et du matériel de surveillance, la France donne à l'Égypte les moyens de mettre en œuvre une véritable architecture de surveillance et de contrôle au service d'une répression sans précédent ».



Source: rapport "Égypte : une répression made in France".
Source: rapport "Égypte : une répression made in France".
FRANCE/EGYPTE. Les chiffres communiqués dans le rapport publié lundi 2 juillet par quatre ONG ( la Ligue française des droits de l’homme, l’ONG égyptienne Cairo Institute for Human Rights Studies et l’Observatoire des armements) font froid dans le dos. La dictature militaire en place en Égypte depuis 2013 aurait incarcéré depuis cette date « au moins 60 000 prisonniers politiques ». 2 800 personnes auraient disparues entre 2013 et 2016, et 44 seraient mortes sous la torture d'après la Commission égyptienne pour les droits et libertés.

« Parmi les nombreuses victimes des services de sécurité et de renseignement, on compte le Français Eric Lang, assassiné le 13 septembre 2013 dans le commissariat de Qasr Al Nil, au centre du Caire et l’étudiant italien Giulio Regeni, arrêté et torturé à mort par les forces de sécurité en janvier 2016. L’autopsie de ce dernier a révélé l’atrocité des sévices subis par le jeune homme, dont la nuque, les mains, les pieds et les dents étaient brisés, tandis que des lettres étaient gravées dans sa chair, une pratique établie de la police égyptienne » détaille le rapport « Égypte : une répression made in France » détaille la LFDH.
 
Le document dénonce une répression qui vise les islamistes, mais aussi «  les militants des mouvements révolutionnaires et de tous bords, défenseurs des droits humains, juristes, journalistes, écrivains, chercheurs, ou encore personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans) ou assimilées comme telles. Les éléments révélés dans ce rapport démontrent que les entreprises et l’État français n’ont pas respecté certains de leurs engagements internationaux en matière de droits humains, ce qui leur conférerait une responsabilité dans les crimes commis par les forces de sécurité égyptiennes ».
 
Selon le rapport, l’Égypte est redevenue une dictature féroce, en partie grâce aux moyens techniques fournis par la France. La patrie des droits de l'homme livre des armes dont certaines sont détournées à des fins de répression contre toute forme d'opposition au pouvoir. « Cette répression implacable va de pair avec une rhétorique de la guerre contre le terrorisme portée par le régime égyptien, et qui lui permet de justifier toutes les exactions commises impunément, le pouvoir qualifiant ses opposants de terroristes » accusent les ONG. La France fournit également à l’État égyptien des moyens de surveillance de masse de sa population. Ainsi, selon le rapport, Thales « serait actuellement en train de développer le système de surveillance de la nouvelle capitale voulue par Abdel Fattah al-Sissi ».

Chiffre d'affaires multiplié par trois en six ans.

Source: rapport "Égypte : une répression made in France".
Source: rapport "Égypte : une répression made in France".
Les ONG expliquent qu'« entre 2010 et 2014, les livraisons d’armes françaises vers l’Égypte passent de 39,6 à 838,4 M€, les prises de commande sur cette période dépassant le milliard d’euros. En 2015 et 2016, ces ventes bondissent, avec des livraisons d’armement pour 1,2 mrds € en 2015 et 1,3 mrds € en 2016. Sur la période 2012-2016, les livraisons d’armes vers l’Égypte totalisent ainsi plus de 10% du total des exportations d’armes françaises. Quant aux commandes, elles s’envolent littéralement, avec la conclusion en 2015 de deux contrats considérables pour plus de 6,4 milliards de dollars, qui représentent à eux seuls plus de la moitié des commandes passées à la France en 2014. Ils font de l’Égypte le troisième plus gros client de l’Hexagone sur la période 2011-2015 derrière l’Arabie saoudite et l’Inde ». Dans le même temps, des pays comme l'Allemagne ou l'Italie suivait les recommandation du conseil des Affaires étrangères de l’Union européenne en stoppant la livraison « de tous les équipements qui pourraient être utilisés à des fins de répression interne». Sans concurrent, la France s'est engouffrée dans la brèche commerciale.

 
Le gouvernement Hollande a ainsi validé la livraison de centaines de véhicules blindés Renault Trucks Défense utilisés dans plusieurs massacres de manifestants, dont celui de la place Rabia-el-Adaouïa qui a fait plus de 1 000 morts. Il a également donné son accord pour la livraisons de machines Manurhin destinées à fabriquer des cartouches du même calibre que celui utilisé par les forces de l'ordre pour tirer à balles réelles dans la foule.

Vaste systeme de surveillance de masse

Source: rapport "Égypte : une répression made in France".
Source: rapport "Égypte : une répression made in France".
Si les avions de chasse et autres navires ont focalisés l'attention, les armes légères et de petit calibre rencontrent également un franc succès. « Entre 2015 et 2016, le montant des licences d’exportation à l’Égypte d’armes légères et de petit calibre est passé de 702 000 à 2 M€ » explique le rapport. La surveillance fait elle aussi les beaux jours de l'industrie française. « Des technologies de surveillance individuelle ( AMESYS / NEXA / AM Systems ), d’interception de masse (SUNERIS/ERCOM), de collecte des données individuelles (IDEMIA) et de contrôle des foules (AIRBUS/THALES, SAFRAN, RTD) ont également été vendus » précisent les ONG, pour qui « la plupart des armes et véhicules fournis à l’Égypte sont équipés et orientés vers la prévention et le contrôle des mouvements sociaux via une surveillance généralisée de la population. Mises bout à bout, ces exportations dessinent les pièces complémentaires d’un puzzle qui constitue aujourd’hui le socle d’un projet de surveillance généralisée et de contrôle des foules mis en place par la dictature des services de sécurité égyptiens. Obsédé par sa survie, ce régime exerce une répression sans précédent de la population, et notamment de la société civile ».
 
Les quatre ONG estiment que « le gouvernement français et les autorités compétentes auraient dû suspendre les licences et la livraison de matériels militaires et biens à double usage par les entreprises concernées car ces exportations servent à « perpétuer les meurtres de masse de civils et de manifestants ; prévenir et réprimer les mouvements sociaux ; traquer les dissidents, les écrivains, les syndicalistes, les personnes LGBTI et les défenseurs des droits humains ; forger des accusations contre toutes sortes de voix dissidentes ; fournir aux services secrets égyptiens les pièces d’une architecture du contrôle et les moyens d’une surveillance généralisée de la population, et saturer l’espace public et privé de systèmes de surveillance « préventifs », d’outils susceptibles de « neutraliser » les dissidents potentiels avant le déclenchement d’éventuelles protestations ».


Gérard Tur


Lundi 2 Juillet 2018



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