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Du haut de ses 26 siècles d'histoire, Marseille part à la conquête de l’Égypte


Alors que la CCI Marseille Provence veut relancer les relations économiques avec l’Égypte, la cité phocéenne accueillera le 18 mars 2019 une mission de promotion de l'économie égyptienne et les entreprises marseillaises se rendront à Alexandrie en juin 2019. Le commerce entre ce pays et le département des Bouches-du-Rhône ne représente que 111 M€ à l'export et 174 M€ à l'import.


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Frédéric Ronal et Denis Bergé veulent relancer les relations économiques entre Marseille et l'Egypte (photo : F.Dubessy)
Frédéric Ronal et Denis Bergé veulent relancer les relations économiques entre Marseille et l'Egypte (photo : F.Dubessy)
FRANCE / ÉGYPTE. "Nous voulons être le lien entre l'Europe, la Méditerranée et l'Afrique. Avec la création d'Africalink voici deux ans, nous sommes de nouveau visibles sur l'Afrique mais nous ne le sommes plus assez sur la Méditerranée." Sur sa carte, Frédéric Ronal, vice-président de la Chambre de commerce et d'industrie Marseille-Provence (CCIMP), délégué à l'Ouverture au monde, pointe deux pays : l'Égypte et la Turquie. Dans cet ordre de priorité.

Depuis quelques semaines tout s'accélère sur la première cible. Alors que le Musée d'histoire de Marseille propose depuis le 19 octobre 2018 et jusqu'au 31 mars 2019 une exposition sur les 150 ans du Canal de Suez ("Marseille & l'épopée du Canal de Suez"), la cité phocéenne accueillera le 18 mars 2019 une mission de promotion de l'économie égyptienne menée par la fondation "Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez".

"Au départ, ce n'était qu'une petite délégation prenant prétexte de l'exposition pour venir nous rencontrer. Mais, petit à petit, elle se transforme en une série de rendez-vous avec la CCIMP, la ville de Marseille, la Métropole Aix-Marseille-Provence, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Business France Égypte, Provence Promotion, le Grand port maritime de Marseille... La mission viendra avec des entrepreneurs mais aussi des ministres, l'ambassadeur d'Égypte en France et celui de France en Égypte", se félicite Frédéric Ronal, tout en étant surpris de l'ampleur prise.

Stabilisation politique du pays et réformes économiques

L'Egypte post-révolutionnaire veut renouer avec l'Europe. Alexandrie accueillera un "French Day" (photo : F.Dubessy)
L'Egypte post-révolutionnaire veut renouer avec l'Europe. Alexandrie accueillera un "French Day" (photo : F.Dubessy)
"Maintenant que le pays est stabilisé, il existe une véritable volonté du gouvernement égyptien de mettre en place une stratégie économique vers l'Europe. Et Marseille doit être cette porte d'entrée", commente l'élu consulaire.

Après plusieurs atermoiements, l'Égypte a finalement appliqué la maxime de l'écrivain sicilien Giuseppe Tomasi di Lampedusa (dans son livre "le Guépard"), "il faut que tout change pour que rien ne change".
En janvier 2011, une révolution réussie chassait le Raïs Hosni Moubarak au pouvoir depuis 1981. L'armée revenait alors assurer l'intérim. Des élections législatives étaient organisées avec un vainqueur inattendu : le parti islamiste PJD de Mohamed Morsi. Promu nouveau président du pays, il est très vite évincé par un coup d'Etat (qui n'a pas dit son nom) des militaires, lequel porte finalement, suite cependant à une élection, Abdel Fattah Al Sissi, un maréchal, à la présidence de la République. Ce dernier est réélu en mars 2018, sans suspens et face à un seul concurrent, pour quatre ans. L'armée reprend le pouvoir qu'elle occupait avant les émeutes dans un pays où, historiquement, elle demeure toute puissante, s'infiltrant dans tous les pans de l'économie.

Cette stabilité, une politique d'austérité draconienne, et les réformes entreprises - notamment le flottement de la livre égyptienne, lui ont permis de décrocher un prêt du Fonds monétaire international (FMI) en novembre 2016.
Lundi 4 février 2019, l'institution des accords de Bretton-Wood débloquait d'ailleurs 2 mrds$ de prêts en faveur de l'Égypte. Cette somme vient s'ajouter aux 10 mrds$ déjà versés depuis novembre 2016 dans le cadre d'un plan de soutien au programme de réformes entrepris par le président Sissi.

Huit ans après la révolution, cet Etat de 97 millions d'habitants (dont 22 millions au Caire et 4,1 millions à Alexandrie), qui a pris la présidence de l'Union africaine en janvier 2019, cherche à diversifier ses alliances. L'Égypte recommence à dialoguer avec l'Union européenne depuis l'été 2017 et la tenue d'un Conseil d'association UE-Égypte à Bruxelles. Le premier depuis avril 2010. Cette reprise des discussions sur l'accord d'association dans le cadre du partenariat euroméditerranéen affiche comme priorités la politique internationale,  la lutte contre le terrorisme et ... le développement socio-économique. N'oublions pas que l'UE est le premier partenaire commercial de l'Égypte pour les importations comme pour les exportations. D'autre part, 60% des IDE (Investissements directs étrangers) de ce pays proviennent de l'UE.

Le FMI jugeait, en janvier 2018, les perspectives économiques favorables dans ce pays. Marseille voudrait bien en récolter de plus grosses miettes.

Échanges stables entre Marseille et l’Égypte

Le marché égyptien s'ouvre aux Provençaux (photo : F.Dubessy)
Le marché égyptien s'ouvre aux Provençaux (photo : F.Dubessy)
Avant d'apprendre l'arrivée de la délégation égyptienne sur ses terres, Frédéric Ronal avait déjà discuté avec Janaina Herrera Al Khatib, consule générale de France à Alexandrie. Elle avait évoqué avec lui la volonté du patronat égyptien, des organismes d'Etat égyptiens traitant de l'économie, d'organiser des rencontres avec les chefs d'entreprises français. La ville d'Alexandrie programme d'ailleurs un "French Day" en juin 2019, organisé par la CCI locale et la Fédération des CCI égyptienne. "Ce sera le match retour du 18 mars !", souligne Denis Bergé, conseiller expert coopération internationale à la CCIMP. Au minimum une dizaine d'entreprises provençales devraient être du voyage ainsi, bien entendu, que des représentants du réseau Africalink et des élus.

Reste que la CCI Marseille-Provence part de loin. Alors qu'entre la France et l'Égypte, les relations économiques s'avèrent très déséquilibrées, mais cependant au profit de Paris, la région marseillaise affiche elle un déficit vis-à-vis du Caire.
En 2017, la France a exporté pour 1,9 mrd€ en Égypte (son 40e client et son 63e fournisseur) et n'a importé de ce pays que 617,3 M€.
L'ambiance se trouve au beau fixe avec pour preuve la trentaine de contrats et d'accords commerciaux (pour 1 mrd€) signés lors de la visite sur place d'Emmanuel Macron fin janvier 2019.

En 2017, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a exporté 137 M€ en Égypte et importé 203 M€. Quant au département des Bouches-du-Rhône, il ne compte que 111 M€ d'export pour 174 M€ d'import. L'Égypte est son 25e client et son 31e fournisseur. Aucune entreprise égyptienne n'est implantée dans les Bouches-du-Rhône. En revanche, six sociétés provençales disposent de filiales en Égypte (CMA CGM, CMA CGM Agencies Worldwide, Bourbon Marine & Logistics, Bourbon Corporation, ACG Management et DUNE France).

Avec Marseille, les courants d'affaires connaissent une grande stabilité depuis 2015. Les échanges reposent essentiellement sur le gaz naturel, liquéfié ou gazeux, les véhicules automobiles, les produits de raffinage, pour l'export, et le pétrole brut, les engrais et le textile pour l'import.
Il faut donc les dynamiser et les missions croisées de mars puis de juin 2019 pourraient y contribuer.

Pas (encore) de ligne aérienne directe entre Marseille et l’Égypte

Outre la problématique de la langue - même si Denis Bergé affirme dans une belle formule, "les Egyptiens sont anglophones mais francophiles" - il faudra se renforcer sur plusieurs dossiers et notamment le transport pour favoriser les liens entre Marseille et l'Égypte. Aucune ligne directe régulière (hors charters et vols saisonniers) vers l'Égypte n'est proposée, depuis 2011, par l'Aéroport Marseille-Provence pas plus que par celui de Nice (la ligne vers Le Caire n'a pas été renouvelée) ou de Montpellier. Pour aller en Égypte en vol direct, la seule solution demeure de rejoindre Paris pour prendre un avion Air France, KLM, Egyptair ou Delta Air Lines à destination du Caire.

Depuis 2012, le trafic vers l'Égypte recommence pourtant à progresser sur le tarmac phocéen (12 946 passagers en 2018 soit + 3000 par rapport à 2017). Jusqu'à dépasser le chiffre de 2010 (10 784 passagers) d'avant la révolution. 80% du trafic entre Marseille et ce pays s'effectue de et vers Le Caire.

L'aéroport qui compte déjà six villes méditerranéennes dans son Top 10 en 2018, tentera-t-il prochainement d'ajouter la capitale égyptienne à ses 120 destinations ? "Nous devons disposer de la plus belle desserte sur l'Afrique et pas seulement sur le Maghreb. L'Égypte est bien un pays concerné par cette stratégie", indique Julien Boullay. S'il refuse de se prononcer sur une échéance, le directeur marketing et communication de l'Aéroport Marseille Provence précise cependant que "la destination figure dans notre plan de prospection." Il dévoile, "nous sommes en discussion avec Egyptair." Reste que, même si l'offre créé la demande, lancer une ligne avec cet encore faible trafic présente un risque. Ceci ne voulant pas dire que la compagnie aérienne nationale et l'aéroport ne le prendront pas.

Fresh corridor à l'horizon

Côté mer, le Grand Port maritime de Marseille (GPMM) offre quatre lignes directes pour les conteneurs (baisse de 20 000 EVP en 2018) vers l'Égypte : deux Fos-Alexandrie hebdomadaires desservis par Maersk (Sealand) en sept jours pour l'export et douze jours pour l'import et Arkas (Sealand) en dix jours, un Marseille-Port Saïd hebdomadaire avec Borchard et, nouveauté avec une première escale le 16 février 2019, un Marseille-Alexandrie hebdomadaire une fois tous les dix jours avec les compagnies Arkas, CMA CGM et Tarros.
Pour le service roulier, trois lignes directes existent (Messina, Neptune Lines, Grimaldi), mais avec transbordement.
En 2018, ce trafic Ro-Ro se trouve en forte augmentation (+48%), "notamment grâce aux véhicules neufs à l'export avec 2 400 véhicules transportés", précise le GPMM.

En 2017 (les chiffres 2018 ne sont pas encore disponibles), le GPMM a enregistré un tonnage de 2,11 millions de tonnes avec l'Égypte. Les vracs liquides constituaient la majeur partie des échanges (72%). Ils progressent de 34%, suivis par les vracs solides (13,5% du trafic) et les marchandises diverses (14%).

Les conteneurs ont représenté 23 503 EVP, soit une hausse de 33,5% qui lui permet un gain de six places en passant du 20e rang des pays pour ce trafic en 2016 au 14e en 2017.

Tous trafics confondus, l'Égypte se positionne au 14e rang des pays partenaires du GPMM en 2017 (8e rang pour les vracs liquides). Malgré l'évolution de 9,1% par rapport au précédent exercice, elle perd deux places.

L'idée d'un "fresh food corridor" commence même à germer sur les quais phocéens et fosséens. "Nous retrouverions un échange, notamment grâce à l'agro-alimentaire, très équilibré", estime Denis Bergé. Le GPMM confirme : "nous réfléchissons à mettre en place un "fruit corridor" ou tout autre convention permettant de soutenir l'export de fruits et légumes de l'Égypte vers Marseille. L'Égypte dispose d'un fort potentiel à l'export. Son marché naturel pour ses denrées périssables est actuellement le Golfe arabe. Mais, ses produits intéressent également nos importateurs français."

Ce trafic pourrait se calquer sur celui créer en mars 2016 par le GPMM pour les fruits et légumes israéliens. Avec pour résultat la réduction de moitié du transit time (temps de transport d'un point à un autre) grâce à la chaîne modale mer-fer lancée entre Israël et les marchés du Nord de l'Europe via le port de Marseille Fos.


Mardi 12 Février 2019

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