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Du Roi du Maroc à la Société Générale, un même attrait pour les paradis fiscaux

Acte II : Maroc et France


Le Maroc et la France figurent en bonne place dans les 11,5 millions de fichiers du cabinet Mossack Fonseca que 370 journalistes du monde entier ont passé au crible. Les secrétaires privés et majordomes de certaines personnalités de ces pays ont une curieuse propension à ouvrir des comptes richement garnis dans les paradis fiscaux.


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Le secrétaire privé du roi du Maroc possède un beau voilier. Photo P.Shatz
Le secrétaire privé du roi du Maroc possède un beau voilier. Photo P.Shatz
MAROC/FRANCE. Chacun savait le roi du Maroc particulièrement riche. Mais les documents confidentiels du cabinet Mossack Fonseca révèlent que son secrétaire privé est à la fois fortuné et extrêmement généreux. Secrétaire personnel et bras droit du roi Mohammed VI en 2000, Mounir Majidi a occupé dès 2002 la présidence de la holding familiale royale. Avec en portefeuille des parts dans les plus beaux fleurons marocains des secteurs des mines, de l'agriculture, des télécommunications...

Mounir Majidi s’intéresse aussi à la voile. Selon les documents du cabinet Mossack Fonseca, il a créé dans les Iles vierges Britanniques une société qui a acheté une goélette américaine de luxe, Aquarius W, construite en 1930. N'écoutant que son bon cœur, il n'utilise pas ce splendide bâtiment devenu depuis El Boughaz et dont l'usage est réservé au roi du Maroc Mohammed VI.

Mounir Majidi a également, toujours selon les documents de Mossack Fonseca, créé une autre société dans un paradis fiscal, le Luxembourg cette fois. Orion S.A. a emprunté 42 M$ pour acheter et rénover un hôtel particulier à Paris. Le propriétaire et la compagnie qui a prêté l’argent restent inconnu. Le Monde révèle que le contrat précise que « l’emprunteur ne paiera pas d’intérêts sur le montant du prêt. En contrepartie, le prêteur, l’ayant droit économique du prêteur et ses proches pourront utiliser l’immeuble acquis par l’emprunteur à des fins personnelles et ceci aussi souvent qu’ils en auront besoin ». Mohammed VI est dont prêteur, emprunteur et bénéficiaire du montage.
 
Selon le Monde, Mounir Majidi a en réalité servi de prête-nom au roi du Maroc qui réalise des opérations financières dans des paradis fiscaux pour payer moins d'impôts au Maroc. « Les Panama papers consultés par Le Monde et ses partenaires permettent d’affirmer que le roi était bel et bien le bénéficiaire des montages » affirme Le Monde. Ces pratiques sont peut-être légales. Mais les Marocains apprécieront leur moralité.
 
Le Roi du Maroc n'est bien sûr pas le seul bénéficiaire de Mossack Fonseca. L'infographie créée par le Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ) indique que les « Panama Papers » concerneraient 2 clients marocains qui ont crée 41 sociétés offshores pour le compte de 11 bénéficiaires et 60 actionnaires.

France : les politiques d'abord

Contrairement à leur slogan politique, les dirigeants du Front National trouvent visiblement que la mondialisation a parfois du bon.
Contrairement à leur slogan politique, les dirigeants du Front National trouvent visiblement que la mondialisation a parfois du bon.
Un millier de noms de Français figurent sur les fiches de Mossack Fonseca. PS, Les républicains, le Front national. Les trois principaux partis français ont des élus cités qui apparaissent sur les comptes du cabinet panaméen.
 
Le Front national semble le plus englué par cette affaire. De « tous pourris » à « main propre, tête haute », le FN a fait du patriotisme et de la lutte contre la finance internationale son fonds de commerce. Or il semble bien que son fondateur comme sa présidente apprécient peu de payer des impôts en France. Selon le Monde, tous deux ont utilisé des prête-noms. Dans la famille Le Pen, le père emploie un majordome très fortuné, qui a dissimulé 26 lingots d'or, 97 000 € en liquide et 854 000 € de titres et quelques pièces d'or. Le patron de l'agence de communication du FN (Frédéric Chatillon) et l'expert-comptable qui certifie les comptes des candidats (Nicolas Crochet) utilisent également des sociétés-écrans basées dans des paradis fiscaux. Ils sont d'ailleurs déjà mis en examen pour escroquerie et financement illégal présumé de la campagne législative du Front national en 2012.
 
Le PS n'est pas épargné avec Jérôme Cahuzac et Dominique Strauss-Kahn. Ancien ministre des Finances, grand pourfendeur de l’évasion fiscale, Jérôme Cahuzac peut, au vu des documents analysés par le Consortium international de journalistes d’investigation, être considéré comme un expert de la question. Il possédait notamment une société aux Seychelles. Il attend actuellement son procès pour fraude fiscale.
 
DSK se pose également en expert. Il possède avec un associé un fonds d’investissements luxembourgeois, Strauss-Kahn & Partners (LSK). Selon les documents du cabinet Mossack Fonseca, LSK aurait monté des dizaines de sociétés-écrans pour des clients fortunés, les aidant ainsi à frauder le fisc.

Les républicains ont aussi leurs têtes d'affiche. Mais à la différence du PS, ils n'ont pas fait le ménage et les époux Balkany restent des cadres du parti en dépit d'une mise en examen de Patrick Balkany pour fraude fiscale, corruption passive, blanchiment de fraude fiscale et déclaration mensongère de patrimoine. Il faut dire que selon France 2, le cabinet d'avocats qui a aidé les époux Balkani à frauder le fisc n'est autre que le cabinet « Claude et Sarkozy », fondé par Nicolas Sarkozy et Arnaud Claude. En créant des sociétés-écrans, le cabinet « Claude et Sarkozy » les aurait aidé à dissimuler au fisc français un riad marocain. « Mossack Fonseca a enregistré, en juillet 2007, la société Hayridge Investments Group Corp, propriétaire indirect du riad, à la demande de la fiduciaire Suisse Gestrust, qui agissait elle-même pour le compte de Jean-Pierre Aubry - le bras droit du couple de Levallois-Perret » explique le Monde. Arnaud Claude est actuellement mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale.
 
D'autres noms français apparaissent dans les fiches secrètes de Mossack Fonseca. Michel Platini serait le propriétaire d'une société offshore créée l'année de son élection à la tête de l'UEFA. Cette société possède un compte bancaire...en Suisse. Selon France 2, la personne qui « dirige » cette mystérieuse entreprise dirigerait également plus de 7 000 sociétés.
 
Gérard Autajon, qui a fait fortune dans l'emballage carton, posséderait grâce à HSBC de multiples sociétés en cascade aux quatre coins du monde, qui lui auraient permis selon France 2 de dissimuler 24 M€ au fisc français. Dans un mail dévoilé par France 2, il justifierait le déménagement de ses comptes suisses vers des paradis fiscaux par « la perte indépendance de la Suisse par rapport à l'Europe ».

Les banques françaises en première ligne

« À ce jour, le nombre de structures actives créées par l’intermédiaire du cabinet Mossack Fonseca pour les clients est de l’ordre de quelques dizaines. Ces sociétés sont gérées comme des structures totalement transparentes » explique la Société Générale.
« À ce jour, le nombre de structures actives créées par l’intermédiaire du cabinet Mossack Fonseca pour les clients est de l’ordre de quelques dizaines. Ces sociétés sont gérées comme des structures totalement transparentes » explique la Société Générale.
À ce niveau, il ne peut y avoir de fraude fiscale et de blanchiment d'argent sale sans l'aide de banques. Les banques françaises semblent pratiquer ces disciplines de manière industrielle. Aux côtés du Crédit Agricole, de la BNP Paribas, la Société Générale se classe n°1 des établissements français qui travaillent le plus avec Mossack Fonseca. Elle possède ou a créé via sa filiale luxembourgeoise plus de 460 sociétés-écrans. Et même selon France 2 deux structures panaméennes destinées à faire écran aux sociétés-écrans...

En 2012, le patron de la Société Générale, Frédéric Oudéa, déclarait sous serment devant le Sénat Français que son groupe n'entretenait plus aucune activité avec le Panama. Or en 2012, plus de 230 sociétés créées par la Société Générale restaient actives. « La Société générale a en effet fermé ses implantations au Panama » explique Le Monde, « Mais elle figure bien dans le Top 5 des banques qui ont créé le plus de société offshore par l’entremise du cabinet panaméen Mossack Fonseca : pour ce faire, elle utilise des filiales immatriculées à l’étranger. Les « Panama papers » montrent qu’elle a bien immatriculé 979 structures au total, réparties entre le Luxembourg, la Suisse, les Bahamas, les îles Anglo-Normandes ou encore Monaco. La création de ces structures s’est ralentie depuis 2012 ».
 
La Société Générale s'est fait attraper avec la main dans le pot de confiture, mais il semble bien que tout le système bancaire français utilise les mêmes méthodes. Dans un article publié le 16 mars, Econostrum.info publiait les conclusions d'un rapport de trois ONG d'où il ressortait que BNP Paribas, le groupe BPCE (Banque Populaire et Caisse d’Epargne), la Société Générale, le Crédit Agricole et le Crédit Mutuel-CIC déclarent 5 mds € de bénéfices dans des paradis fiscaux où elles n'emploient parfois aucun salarié.


Gérard Tur

Jeudi 7 Avril 2016

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