Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée



Deux ministres italiens veulent éloigner les croisières de Venise


La Fédération nationale italienne des agents de transport maritime accuse le gouvernement italien de vouloir "prononcer une condamnation à mort à la fois pour le port et la ville de Venise" avec la décision de sanctuariser le canal de Giudecca.


            Partager Partager

Le gouLes navires de croisières affluent dans le port de Venise au détriment de l'environnement (photo : F. Dubessy)
Le gouLes navires de croisières affluent dans le port de Venise au détriment de l'environnement (photo : F. Dubessy)
ITALIE. Federagenti, la Fédération nationale italienne des agents de transport maritime, et son association locale (AARMMV - Associazione agenti raccomandatari e mediatori marittimi del Veneto), accusent le gouvernement italien de vouloir "prononcer une condamnation à mort à la fois pour le port et la ville de Venise".

Sur le réseau social Facebook, le ministre italien des Biens et des Activités culturelles et du Tourisme, Alberto Bonisoli, soutenu par son homologue des Infrastructures et des Transports, Danilo Toninelli, suggère l'interdiction du transit de grands navires de croisière dans la lagune de Venise. "Ce gouvernement a à coeur la préservation et la protection de l'un des plus beaux endroits du monde et c'est pourquoi nous avons décidé de renforcer le niveau de protection de la ville. Nous commençons le processus qui conduira à la reconnaissance d'intérêt historique et artistique des cours d'eau urbains, en particulier du canal Giudecca, lieu actuel de passage des navires de grande taille, plus grande que le Titanic", indique le ministre Alberto Bonisoli.

Depuis plusieurs années, les habitants de la Cité des Doges se plaignent de l'affluence sans cesse croissante des navires de croisières. En juin 2017, un référendum d'initiative populaire contre l'entrée des paquebots de croisières dans la lagune avait recueilli 98% d'avis favorables. L'Unesco a également protesté contre la pollution marine (fioul lourd) mais aussi atmosphérique (avec la fumée sortant des cheminées) causée par ces mastodontes.

Déjà un plan pour 2019

La place Saint-Marc vue de et frôlée par un bateau de croisières (photo : F.Dubessy)
La place Saint-Marc vue de et frôlée par un bateau de croisières (photo : F.Dubessy)
L'annonce par Alberto Bonisoli d'une mise sous protection du canal Giudecca est une surprise qui vient chambouler tout un édifice porté par un plan adopté en novembre 2017 par le précédent gouvernement pour éloigner les grands navires (de plus de 96 000 tonneaux) du centre-ville. Une telle mesure avait déjà été prise fin 2014, après le naufrage du Costa Concordia, sans grand effet. 

Le plan prévoit que ces navires surdimensionnés devront accoster plus loin, à Marghera (de l'autre côté de la lagune, sur le continent) où sera construit un nouveau terminal dédié aux croisiéristes. Mais aussi ne plus passer par la place Saint-Marc (voir photo) mais par le canal de la Giudecca (comme le font les pétroliers et les porte-conteneurs), beaucoup plus au Sud. Cette obligation vaudra également pour les navires de 55 000 tonnes. Or, sanctuariser aussi le canal de Giudecca consisterait à carrément fermer la ville de Venise aux navires de croisières.

L'application du plan - soutenu par les compagnies de croisières et les autorités de la ville - était prévue début 2019. Déjà, les compagnies de croisières ont limité d'elles-mêmes l'accès des très grands navires avec comme conséquence une baisse significative du nombre de croisiéristes visitant la ville : 1,4 million en 2017 contre 1,8 million en 2013. Ce qui est relativement peu au regard des 25 millions de touristes fréquentant la ville - de seulement 50 000 habitants ! - chaque année.

"Condamnation à mort du port et de la ville"

Le port de Venise voit déjà son nombre d'escales de croisières réduit (photo : F.Dubessy)
Le port de Venise voit déjà son nombre d'escales de croisières réduit (photo : F.Dubessy)
"Nous sommes confrontés à une condamnation à mort du port, qui est la principale valeur économique de Venise et de toute la région de la Vénétie", se plaint Alessandro Santi, président de l'AARMMV. Le port représente, selon l'association, 18 000 emplois et plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires. Soit 20% de la richesse totale produite dans l'aire métropolitaine. "L'histoire de Venise enseigne que le lien entre le port et la ville est étroit et incassable. Mais, cette connexion, historique, économie et sociale, ne semble pas être perçue par deux ministres (...) qui se placent aux côtés de ceux qui veulent condamner Venise à l'immobilité", poursuit Alessandro Santi.

Les déclarations ministérielles font aussi réagir Gian Enzo Duci, président de Federagenti. "Pendant des années, les agents maritimes ont été engagés en première ligne avec des études, des recherches, des analyses toujours partagées avec toutes les institutions publiques et privées impliquées dans ce secteur, démontrant largement la compatibilité des activités portuaires avec la protection non seulement de Venise mais aussi de son lagon. Aujourd'hui, nous devons faire face à une folle hypothèse d'une heureuse décroissance soutenue par les ministres sur les réseaux sociaux.

Pour Pino Musolino, président de l'Autorité portuaire de Venise, "Ces déclarations me laissent doublement perplexe. Dans la méthode, parce que dans une démocratie qui peut être définie comme authentique et efficace, le dialogue inter-institutionnel est fondamental et la politique ne se fait pas uniquement sur les médias sociaux. Et sur le fond, car l’équilibre entre l’environnement et le port auquel se réfère le ministre est pratiqué chaque jour par l’Autorité du système portuaire.".

Selon la CLIA (Association internationale des compagnies de croisières), les bateaux de croisières génèrent 436 M€ de retombées économiques annuelles sur Venise dont 283 M€ dépensés par les touristes dans la cité ou dans les environs.



Lundi 1 Octobre 2018

Lu 1069 fois




Dans la même rubrique :
< >

Lundi 3 Décembre 2018 - 18:14 Moby Line saborde sa liaison Bastia-Nice €


Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

A lire avant de commenter !
Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Econostrum.info.
Pour assurer des échanges de qualité, un maître-mot : le respect. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.
Il n'est pas permis de choisir comme nom d'utilisateur le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.).
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, reproduisant des échanges privés, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos…).
Econostrum.info se réserve le droit d'éliminer tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier, contenant des invectives et des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
Une trop mauvaise qualité d’écriture (multiplication des fautes de frappe, absence totale de ponctuation, langage SMS, etc.) peut entraîner la non-publication des messages.
Les décisions des modérateurs ne peuvent être contestées. L’auteur de la contribution est responsable de son contenu. La fiabilité de l’utilisateur, son identité et sa moralité ne peuvent être garantis par Econostrum.info. Econostrum.info ne pourra en aucun cas en être tenu responsable.
Si vous désirez signaler un contenu illicite ou abusif, merci de le faire à l'adresse suivante : redaction@econostrum.info.


Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.







RÉFLEXIONS

Les territoires ont un rôle à jouer dans la lutte contre le changement climatique : Région SUD et opportunités de coopération sur le plan EU-Med

Constantin Tsakas, délégué général de l'Institut de la Méditerranée, secrétaire général du Femise
Grand angle


LE Guide euroméditerranéen des financements et de la coopération 2019
Guide euroméditerranéen des financements et de la coopération
 30,00 € 
  Prix Spécial | 19,00 €
FICHES FINANCEMENT - FICHES PAYS - ANNUAIRE


Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA

Suivez-nous
Facebook
Twitter
Rss