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Déficit écologique en Bassin méditerranéen : quel impact sur les économies locales ?

Par Alessandro Galli, scientifique principal et directeur du programme Méditerranée-Mena chez Global Footprint Network



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Déficit écologique en Bassin méditerranéen : quel impact sur les économies locales ?
Les finances publiques de la Grèce font l’objet d’une attention considérable depuis une dizaine d’années. Saga électorale, plan de sauvetage de 86 milliards d’euros, train de 49 réformes d’austérité cet automne, 2015 aura été une année particulièrement mouvementée. Il est frappant néanmoins de constater à quel point le déficit budgétaire de la Grèce a occulté un autre type de déficit, pourtant tout aussi crucial pour le devenir de son économie : son déficit écologique.

L’humanité est responsable d’un déficit écologique galopant depuis le début des années 1970, lorsque le volume des ressources naturelles et services écologiques consommés a basculé au-delà de ce que la planète est capable de régénérer. Les pays du bassin méditerranéen sont particulièrement concernés. Ils consomment actuellement deux fois et demie plus que ce que leurs écosystèmes peuvent fournir, selon le récent rapport de Global Footprint Network “Les pays méditerranéens peuvent-ils prospérer si les ressources viennent à manquer?” réalisé grâce au soutien du bureau de l’Unesco à Venise pour la science en Europe. En Grèce, cet écart est supérieur à trois (voir graphique ci-après).

A Athènes, les transports dominent l'empreinte écologique de la ville

Global Footprint Network mesure la consommation de ressources naturelles et de services écologiques d'une population donnée (empreinte écologique), et la capacité des écosystèmes naturels à régénérer ces ressources et à absorber les déchets dont les émissions de carbone (biocapacité). L’empreinte carbone de l’humanité, d’ailleurs, a plus que doublé depuis le début des années 1970 et constitue le plus gros facteur de l’écart croissant entre l’empreinte écologique et la biocapacité. A ce titre, l’accord international qui vient d’être signé à l’issue de la COP21 à Paris, peut apporter une contribution significative au ralentissement de la croissance de l’empreinte écologique et pourrait même réduire cette empreinte sur le long-terme.

À Athènes, par exemple, les transports dominent l’empreinte écologique de la ville et représentent 36% de l’empreinte écologique nationale. A elles-seules, les politiques municipales des transports pourraient donc conduire à une réduction notable de l’empreinte écologique de la Grèce.

L’amélioration de la qualité de vie observée dans la majorité des pays de la région ces dernières décennies, selon l’Indice de Développement Humain (IDH) des Nations Unies, s’est accompagnée d’une explosion de leur empreinte écologique. Or, afin de bâtir une économie solide sur la durée, il est essentiel de découpler la croissance économique d’une surexploitation systématique des ressources naturelles. En effet, cette dernière engendre des coûts élevés qui ne cessent d’augmenter—déforestation, sècheresse, dégradation des nappes phréatiques, érosion des sols, appauvrissement de la biodiversité, ou encore accumulation de carbone dans l’atmosphère. Cette dernière variable, en outre, serait un moteur d’accélération des autres phénomènes si l'on en croit les modèles actuels de changement climatique.

Optimiser les ressources naturelles dans les villes

Tous ces facteurs menacent notamment la sécurité alimentaire, ainsi que la balance commerciale et la stabilité des économies nationales. En conséquence, les gouvernements et autres décideurs qui prennent en compte les contraintes liées aux ressources naturelles seront mieux en mesure d’assurer un développement économique durable pour leur pays.

Considérons, par exemple, l’intensification des régimes alimentaires en protéines animales dans la région—un facteur important de l’augmentation de l’empreinte écologique du bassin méditerranéen, selon l’analyse de Global Footprint Network. Dans ce contexte, l’amélioration de la productivité agricole, la réduction des déchets alimentaires et la promotion de régimes alimentaires plus sains et moins intensifs en ressources représentent autant d’opportunités pour la réduction de l’empreinte écologique dans les pays méditerranéens.

Par ailleurs, l’utilisation des ressources naturelles dans les villes peut être optimisée grâce aux politiques appropriées de logement, de transport et de gestion énergétique. En effet, les villes fonctionnent comme un ascenseur social permettant aux habitants d’améliorer leur qualité de vie et donc d’accroître leur consommation. Aussi, la dynamique entre ces deux tendances doit-elle être pleinement comprise et prise en compte afin que les municipalités deviennent des moteurs de progrès, plutôt que des obstacles, sur le chemin du développement durable.

La Grèce, en particulier, sera d’autant mieux en mesure d’atteindre et de soutenir sur le long-terme ses objectifs économiques et fiscaux qu’elle incorporera ces considérations au sein même de sa stratégie de développement. Qui sait, elle pourrait même inspirer d’autres nations à suivre son exemple.

Lundi 21 Décembre 2015









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