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« Dans le contexte actuel, les Méditerranéens font désordre »

Par Vincent Giovannoni. Anthropologue, commissaire d'exposition au MuCEM.



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Vincent Giovannoni. Anthropologue, commissaire d'exposition au MuCEM. Photo Laurent Garbit.
Vincent Giovannoni. Anthropologue, commissaire d'exposition au MuCEM. Photo Laurent Garbit.
Dans notre monde où tout s’accélère, il fallait s’attendre à ce que les inquiétudes grandissent quant aux questions d’identité et de spécificité, de ce qui fait que nous sommes nous, c’est-à-dire différents des autres. L’anthropologue que je suis observe que, cependant que les groupes humains, depuis la forêt amazonienne jusqu’aux îles du Pacifique, connaissent les dangers de la dégénérescence, de la reproduction par les mêmes dans l’entre-soi, ils savent dans le même temps que le métissage est la seule réponse viable.

Dans ce que l’on appelait autrefois les sociétés primitives, on savait parfaitement que la reconnaissance de l’autre devait aller jusqu’aux échanges et aux inter-mariages pour sortir de l’enfermement dans le groupe et parvenir à faire société.
La fin des époques coloniales a provoqué des revendications à la singularité qui se traduisent par des mouvements nationalistes plus ou moins bien perçus selon l’époque et les enjeux politiques en cours. En effet, qui contesterait aujourd’hui que les états du Maghreb aient eu raison au siècle dernier de manifester leur volonté d’indépendance ?

Il y a moins de vingt ans, nous, les Européens, avons très largement salué et même aidé l’indépendance des Slovènes, des Croates et des Bosniaques. Ces dernières années, la gouvernance européenne semble ne plus vouloir reconnaître que les programmes consensuels qui ne soulèvent pas d'objection. Dans ce contexte, il est clair que les Méditerranéens font désordre. Mais n’est-ce pas la justement ce qui fait leur singularité, leur force et leur vigueur ? Faudrait-il que les Méditerranéens baissent le ton et acceptent de vivre dans une uniformité qui n’a jamais été leur, qu’il n’ont jamais souhaité ? Enfin, pour paraphraser Clausewitz, les guerres pour la paix que nous, Européens, menons dans les pays méditerranéens ont-elles réellement un autre but que de les contraindre à exécuter nos volontés ?

Jeudi 14 Décembre 2017