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Coup de force de l’État espagnol en Catalogne


À quelques jours du référendum d'autodétermination projeté par la Generalitat de Catalogne, et invalidé par le Conseil Constitutionnel, la justice espagnole frappe fort pour tenter de stopper l'organisation du scrutin. Quatorze fonctionnaires catalans et une quarantaine de sites ont été perquisitionnés mercredi 20 septembre 2017. Mais au delà de l'entêtement des autorités politiques catalanes, c'est la réaction spontanée de la population qui a surpris le gouvernement espagnol.



Les manifestations se sont prolongées tard le soir ce 20 septembre dans le centre de Barcelone (photo ANC)
Les manifestations se sont prolongées tard le soir ce 20 septembre dans le centre de Barcelone (photo ANC)

ESPAGNE. La tension est montée de plusieurs crans, mercredi 20 septembre 2017, entre la Generalitat de Catalogne et le gouvernement central espagnol, bien décidé à tout faire pour empêcher la mise en œuvre du référendum d'autodétermination prévu pour le 1er octobre 2017. Un scrutin jugé illégal par le tribunal constitutionnel espagnol.

Le ton s'est durci au cours des derniers jours, avec d'abord l'injonction d'interdiction de toute campagne électorale à travers la fermeture de sites Internet, et les interventions de la police espagnole (Guardia Civil) chez certains imprimeurs et jusque dans une entreprise de messagerie pour saisir du matériel électoral. Les fonctionnaires de la Poste ont même reçu comme consigne de ne pas distribuer en Catalogne tout document susceptible d'alimenter la propagande de ces élections, au mépris des règles de confidentialité du courrier.

Le ministre des Finances, Cristobal Montoro, a ensuite décrété la mise sous tutelle des dépenses de la Generalitat, pour vérifier qu'aucun euro ne sera dédié à l'organisation du scrutin du 1er octobre 2017. Face à ces attaques, les représentants indépendantistes du gouvernement régional catalan ont signifié tout refus de coopération, et réaffirmé leur volonté de concrétiser leur engagement dans les urnes.


« Lignes rouges »

Le président de la Generalitat Carles Puigdemont (à gauche) et son vice-président Oriol Junqueras ont dénoncé une suspension « de fait » du statut d'autonomie (photo ANC)
Le président de la Generalitat Carles Puigdemont (à gauche) et son vice-président Oriol Junqueras ont dénoncé une suspension « de fait » du statut d'autonomie (photo ANC)

Le gouvernement espagnol a donc choisi de sortir l'artillerie lourde, en interpellant au matin du 20 septembre 2017 plusieurs fonctionnaires de la généralité, à commencer par José Maria Jové, secrétaire général du département des finances publiques de la région autonome, et bras droit du vice-président du gouvernement catalan, Oriol Junqueras.

Quatorze personnes ont été détenues dans le cadre de cette opération menée conjointement par la Guardia Civil et les Mossos d'Esquadra (police catalane). Des perquisitions ont eu lieu dans le même temps dans une quarantaine de sites, avec à la clé la saisie de dix millions de bulletins de vote dans un entrepôt, au nord de Barcelone.

Toutes ces interventions mandatées par la justice ont provoqué la colère de l'équipe du gouvernement régional catalan. Le président de la Generalitat, Carles Puigdemont, a réagi en des termes très durs, jusqu'à mettre en cause la nature démocratique du gouvernement de Mariano Rajoy, estimant que «  des lignes rouges ont été passées » et que « le gouvernement espagnol a, de fait, suspendu le statut d'autonomie de la Catalogne », l'un des piliers de la constitution de 1978.


Opération « Anubis »

Mais la réaction la plus forte, et peut-être moins attendue de la part de Madrid, est venue des centaines de manifestants qui se sont retrouvés spontanément devant les bâtiments perquisitionnés et devant les domiciles des personnes interpellées, pour manifester leur opposition à des interventions jugées outrageuses.

À Barcelone, mais également dans d'autres villes de Catalogne, les forces de l'ordre ont été confrontées à des groupes de manifestants pacifiques et déterminés qui ont bloqué plusieurs heures les voitures de police intervenant dans le cadre de cette opération baptisée « Anubis », comme le dieu égyptien de la mort représentée par un homme à tête de chacal. Le choix de ce nom peut être révélateur de la faute commise par le gouvernement espagnol, qui a sans doute ici fait preuve d'une théâtralité un peu exagérée, et sans doute présomptueuse. L'interpellation des fonctionnaires de l'administration régionale soupçonnés de collaborer à l'organisation du référendum menée au petit matin, et parfois en pleine rue, prouve aussi la volonté erratique de mettre en scène le pouvoir de l'État.


Radicalisation

Slogans en faveur du référendum d'autodétermination lors des rassemblement du 11 septembre dernier, pour la Diada, journée « nationale » catalane (photo ANC)
Slogans en faveur du référendum d'autodétermination lors des rassemblement du 11 septembre dernier, pour la Diada, journée « nationale » catalane (photo ANC)

Le nombre grandissant de drapeaux indépendantistes dans les rues de Barcelone et principales villes de la Catalogne au fil de la journée montre tout le risque de cette politique d'affrontement, où défenseurs et opposants du référendum risquent de se radicaliser. En Catalogne même, la dureté affichée par le gouvernement de Mariano Rajoy pourrait grossir le flot des défenseurs du droit à l'autodétermination.

Le président du gouvernement espagnol ne semble pas douter en tout cas de ses choix. Il a réaffirmé dans la soirée du 20 septembre 2017, au cours d'un discours solennel, sa volonté de poursuivre les mesures pour interdire la mise en œuvre du référendum le 1er octobre, et a demandé au président de la Generalitat Carles Puigdemont de renoncer à ce projet pour « éviter de plus grands maux ».

Une heure après cette mise en garde, un immense concert de casseroles résonnait dans les rues de Barcelone, depuis les fenêtres, les terrasses et les balcons. Une façon pour la population de signifier sa solidarité envers les personnes interpellées le matin même, et son opposition aux méthodes appliquées par le gouvernement espagnol pour mettre fin à un mouvement qui risque, à partir de ce jour, de prendre une autre dimension, celle de la rue.





Jeudi 21 Septembre 2017



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